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Analyse

La stratégie Trump : sauver la face au risque de tout perdre

Autant le dire tout de suite, il n’existe aucune obligation légale pour un candidat battu à la présidence de reconnaître sa défaite. La tradition et la bienséance ont toujours dicté toutefois cette obligation morale de saluer le succès du vainqueur et de lui souhaiter bonne chance pour la suite.

Gros plan sur le visage de Donald Trump.

Donald Trump avec des membres de la presse.

Photo : Reuters / Kevin Lamarque

Donald Trump étant ce qu’il est, un homme qui, comme il l’a dit lui-même, n’aime pas perdre, il ne lâche pas le morceau, croit (ou donne l’impression de croire) qu’il a gagné et qu'il pourra effectuer un deuxième mandat.

Bien avant que les résultats ne commencent à rentrer le soir du 3 novembre, il avait averti qu’il y aurait sûrement de la fraude électorale… s’il ne gagnait pas l’élection. Personne ne fut donc surpris lorsque, le lendemain du scrutin, malgré une avance raisonnable de Joe Biden dans les votes comptabilisés, il proclama qu’il y avait une fraude électorale massive.

S’ensuivit une vingtaine de poursuites devant les tribunaux, dont la plupart ont déjà été balayées du revers de la main par des juges, arguant que la poursuite n’avait aucune preuve démontrant ce qu’elle voulait faire croire. Car jusqu’à preuve du contraire, les poursuivants ont le fardeau de la preuve, n’en déplaise aux républicains qui suivent aveuglément Donald Trump. Un dossier judiciaire ne peut être basé sur une tirade verbale criblée d’accusations sans fondement.

La valse des recomptages

Trois femmes brandissent drapeaux et pancartes.

Les fidèles de Donald Trump défilent dans les rues en appui au président.

Photo : Radio-Canada / Frédéric Arnould

D’autres poursuites sont en cours d'examen, mais elles connaîtront vraisemblablement le même sort. En attendant, les témoignages les plus loufoques, imaginaires et parfois fabriqués de toutes pièces sur de supposées fraudes massives ont fait surface. La vérification de faits n’étant pas le fort de Donald Trump, il les retweete, continuant de miner la crédibilité du système électoral américain.

Des recomptages, il y en a toujours eu lors des élections. Si les trumpistes espèrent avoir une chance d’inverser les résultats, ils seront déçus. Car ces recomptages, étant donné les avances confortables de Joe Biden sur Donald Trump dans les États visés par les procédures, ne pourront changer quoi que ce soit au résultat final. On parle ici de peut-être quelques dizaines ou même centaines de votes potentiellement mal comptés qui ne feront rien face aux milliers voire dizaines de milliers de votes en faveur de Joe Biden.

Un calendrier inévitable

Des T-shirts, des tasses et autres à l'effigie de Joe Biden.

Des produits dérivés de l'assermentation de Joe Biden déjà disponibles en magasin.

Photo : Radio-Canada / Frédéric Arnould

Il reste que d’ici le 20 janvier 2021, un calendrier imparable ne laisse aucun doute sur la fin proche du règne de Trump à la Maison-Blanche. La première étape concerne la certification des résultats de l’élection par les 50 États. Celle-ci varie selon les législatures; certaines le font le 20 novembre, d’autres comme le Wisconsin attendent jusqu’au premier décembre.

La date butoir du 8 décembre a été mise en place en 1877 par le Congrès et sonne la fin de toutes les contestations de résultats. En effet, six jours plus tard, le 14 décembre, le Collège électoral procède alors au comptage final des 538 votes, confirmant dès lors dans ce cas-ci la victoire de Joe Biden, puisque ce dernier a dépassé les 270 votes (306 si la Georgie avalise le gain pour Biden).

Le fantasme selon lequel de grands électeurs seraient tentés de changer de camp d’ici là en devenant infidèles (unfaithful) reste un fantasme. Car si dans le passé certains ont déjà voté pour l’adversaire contre toute attente, dans ce cas-ci, il faudrait que ce soit le cas (improbable) pour plusieurs dizaines de grands électeurs.

L’étape finale demeure alors le 6 janvier, lorsque le Congrès officialisera le décompte des 538 votes octroyés à chacun des candidats, pavant la voie vers l’investiture du 20 janvier 2021.

Lâché par son parti?

Dès ce moment, il devient presque impossible pour un président battu d’argumenter contre les chiffres. Il serait d’ailleurs surprenant que les ténors républicains, qui ont soutenu indéfectiblement Donald Trump jusqu’à présent, décident d’aller plus loin.

Le mutisme dans lequel s’est emmurée la majorité des républicains est pour l’instant justifié jusqu’à un certain point. Personne n’ose encore se mettre dans le chemin d’un président sortant imprévisible, car cela pourrait ruiner les chances de certains candidats potentiels qui espèrent se présenter à la présidentielle de 2024.

Trump, lui-même probablement candidat pour un retour à la Maison-Blanche, fera ce qu’il a toujours fait face à la concurrence : la détruire en l'affublant de tous les sobriquets et autres fausses accusations possibles. Vous vous souviendrez sûrement de Little Marco Rubio, Low Energy Jeb Bush, Elizabeth Pocahontas Warren, Crooked Hillary, Sleepy Joe, la liste est longue…

Et il ne faut pas se leurrer, Donald Trump peut se targuer d’avoir réussi à fédérer plus de 72 millions d’Américains vers les urnes pour lui et son parti. L’homme et sa doctrine trumpiste ne sont pas près de disparaître, son influence au sein du parti est bien ancrée.

Au risque de perdre le Sénat?

Une affiche dit : Arrêtez de vous détester parce que vous n'êtes pas d'accord.

Un homme illustre avec son affiche les divisions de l'Amérique.

Photo : Radio-Canada / Frédéric Arnould

Mais il reste que, la veille de la date fatidique du 6 janvier 2021, aura lieu le second tour de deux élections sénatoriales en Georgie. Comme aucun des candidats dans les deux courses n’a obtenu 50 % des votes, ils doivent à nouveau faire campagne pour l’élection du 5 janvier 2021.

Le résultat aura une importance capitale pour le contrôle du Sénat. Si les démocrates remportent les deux courses, Joe Biden a donc les deux chambres en sa faveur et les coudées franches pour son programme politique. Car en cas d’égalité (50-50), la vice-présidente tranchera en faveur des démocrates. Si les républicains l’emportent, le démocrate aura donc bien de la difficulté à faire accepter projets de loi et autres mesures.

N’y a-t-il pas un danger pour les républicains à laisser durer le faux suspense d’une victoire improbable de Donald Trump face aux résultats certifiés par les États? Certains pensent que Trump et une majorité de républicains ne lâcheront pas le morceau avant ces élections spéciales afin d'éviter les déchirements et la désaffection de l'électorat républicain qui mèneraient probablement à une double victoire démocrate.

Dans tous les cas, attendez-vous à une campagne sénatoriale sans merci, dans laquelle les démocrates feront valoir que la Constitution est de leur côté, une Constitution souvent mise de l’avant par les républicains purs et durs qui veulent la défendre. Le risque politique est réel pour eux en jouant ce va-tout. Perdre la présidence, soit, mais prendre le risque de perdre aussi le contrôle de la Chambre haute?

Héritage politique

Des objets avec les photos imprimées de Kamala Harris et Joe Biden.

Des souvenirs de l'inauguration de Joe Biden prévue en janvier sont déjà en vente.

Photo : Radio-Canada / Frédéric Arnould

Bref, jusqu’à quel point l’héritage politique de Donald Trump vaut-il ce combat pour le parti? Faut-il s’attendre à ce qu’il soit sorti manu militari de la Maison-Blanche le 20 janvier 2021 s’il refuse toujours sa défaite? La réponse lui appartient. Et son parti a une responsabilité dans l’issue de toute cette histoire.

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