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La région d’Edmonton veut mener l’exploitation de l’hydrogène au Canada

Un complexe industriel en construction.

La région industrielle Heartland, au nord d'Edmonton, abrite des entreprises spécialisées en pétrochimie et en hydrocarbures.

Photo : La Presse canadienne / JASON FRANSON

La région industrielle de la capitale albertaine, l’Industrial Heartland, pourrait devenir le centre névralgique de l’hydrogène au pays et possède tous les atouts pour ce faire, selon un rapport d’un groupe de chercheurs appelé L’accélérateur de transition .

Qu’est-ce que l’Accélérateur de transition?

Il s’agit d’un organisme à but non lucratif fondé au printemps 2019. Il se propose de trouver de nouvelles solutions pour transformer des régions et des secteurs et répondre aux changements climatiques. 

En plus de l’hydrogène, l’Accélérateur dit aussi travailler sur les questions de transport personnel, d’agroalimentaire et d’électrification. 

L’Accélérateur s’appuie sur trois directeurs de recherche: James Meadowcroft, professeur en sciences politiques à l’Université Carleton, Normand Mousseau, professeur de physique à l’Université de Montréal et David Layzell directeur de l’initiative CESAR à l’Université de Calgary. Son travail le conduit toutefois à s’allier avec des municipalités, des entreprises et des chercheurs. 

L’organisme a été financé au départ par cinq fondations philanthropiques : la fondation Ivey, Jarislowsky, McConnell, la fondation familiale Trottier et la fondation communautaire d’Edmonton.

L'hydrogène est vu, partout dans le monde, comme une des sources d’énergie les plus prometteuses pour décarboniser l’économie.

Le gouvernement fédéral canadien, en retard dans le domaine, doit publier prochainement une stratégie pour développer sa production et son utilisation. L’Alberta est également en voie de le faire.

Le PDG de L’accélérateur de transition, Dan Wicklum, note toutefois que tous les projets en cours ont du mal à dépasser le stade du pilote parce que l’hydrogène n’est rentable que lorsqu’il est utilisé à grande échelle.

Il n’y a pas de réseau de distribution d’hydrogène parce qu’il n’y a pas de véhicules ni d’autres utilisations de l’hydrogène. Pas d’offre, donc pas demande et pas de demande, donc pas d’offre, explique-t-il simplement.

Briser le cercle vicieux

L’organisme à but non lucratif, composé majoritairement de chercheurs de l'Université de Calgary, croit cependant pouvoir briser ce cercle vicieux dans la région de l’Industrial Heartland.

Il faut amener l’offre et la demande en même temps.

Une citation de :Dan Wicklum, PDG de L'accélérateur de transition

La région concentre une quarantaine d’entreprises spécialisées dans le traitement des hydrocarbures. Dans ce processus, elle produit déjà de l’hydrogène en grande quantité, mais pas comme source d’énergie.

Le gaz est utilisé comme matière première pour les fertilisants, la pétrochimie et le raffinage du pétrole. Son extraction émet des gaz à effet de serre, mais une partie est déjà capturée, ce qui permet de créer de l’hydrogène bleu.

L’offre, encore faible, est déjà présente et pourrait être stimulée si la demande est là, note donc le rapport.

Autobus, transport lourd et chauffage

Dans la soixantaine de pages, le groupe de travail cherche à démontrer que la demande potentielle existe. Parmi les conversions possibles, la transition des flottes d’autobus municipaux de la région de l’essence ou du gaz naturel à l’hydrogène serait la plus facile à réaliser.

À cela s’ajouteraient les flottes de taxis, de véhicules en partage et surtout le transport lourd. Le groupe de travail doute que la technologie permette de mettre en place rapidement des camions fonctionnant exclusivement à l’hydrogène, mais il croit qu’une utilisation combinée du diesel et de l’hydrogène serait rentable.

Un autobus au centre-ville d'Edmonton.

Une partie des autobus d'Edmonton pourrait carburer à l'hydrogène, selon le groupe de travail.

Photo : Radio-Canada

La circulation dans ce couloir routier est assez élevée pour permettre l’établissement de plusieurs stations de distribution d’hydrogène à un coût comparable au diesel, estime le groupe de travail.

L’ajout de 20 % d’hydrogène dans le système de chauffage au gaz naturel est aussi une possibilité, note également le rapport.

Au final, cette demande pourrait soutenir la multiplication par quatre de la production d’hydrogène bleu dans la région.

L’agrégation de toutes ces demandes à un endroit, c’est ce qui permet d’obtenir un seuil critique pour produire de l’hydrogène à un coût assez faible, résume Dan Wicklum.

Le PDG de L’accélérateur de transition affirme que la mise en place de ce cercle vertueux est déjà bien avancée. Les trois ordres de gouvernement sont déjà en discussion, et des sous-groupes ont été créés pour favoriser la discussion dans le milieu de la production d’hydrogène, du transport lourd et du transport municipal.

Le rapport se garde toutefois de chiffrer l’argent public ou privé qu'il sera nécessaire d'investir pour établir ce centre névralgique.

Il n’y a pas de réponse simple parce que cela dépend du chemin que l’on prend pour remplacer les hydrocarbures par l’hydrogène, explique M. Wicklum.

Encore des obstacles

Des obstacles demeurent, cependant, au premier rang desquels on trouve les politiques environnementales. Même à 50 $ la tonne, la taxe carbone n’est pas assez élevée pour inciter les utilisateurs de gaz naturel à passer à l’hydrogène.

Une production à plus grande échelle d’hydrogène bleu demanderait aussi six fois plus de capacité de capture et de stockage du carbone que ce qui est en place en Alberta actuellement. Si la géologie de la province s’y prête, la technologie est coûteuse, et ses conséquences environnementales font encore l’objet de discussions.

Dan Wicklum reste cependant convaincu que son rapport pave la voie à une économie de l’hydrogène au Canada. Il ne reste plus, selon lui, qu’aux entrepreneurs et aux politiciens à l’emprunter.

Les couleurs de l'hydrogène :

L’hydrogène est codifié sous trois couleurs en fonction du processus d'extraction du gaz et des émissions de gaz à effet de serre qu'il produit.

  • L'hydrogène gris est extrait à partir du gaz naturel. Selon le groupe de travail, son exploitation libère 9 kg de CO2 par kilogramme d'hydrogène.
  • L'hydrogène bleu est extrait de la même manière que le gris, mais les émissions de gaz à effet de serre sont capturées et stockées dans le sol. Il produit environ 1 kg de CO2 par kilogramme d'hydrogène.
  • L'hydrogène vert est généralement produit à partir de l'électrolyse de l'eau. Il n'est pas polluant si l'électricité utilisée est produite à partir d'une source renouvelable.

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