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Un bras de fer « indirect » entre Hydro-Québec et le gouvernement fédéral

Le siège social d'Hydro-Québec à Montréal.

Le siège social d'Hydro-Québec à Montréal.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

La situation est presque cocasse : deux sociétés d’État, une à Québec et l’autre à Ottawa, qui par un concours de circonstances se retrouvent dans deux camps opposés d’une bataille livrée aux États-Unis.

Hydro-Québec tente de vendre son hydroélectricité en Nouvelle-Angleterre et se bute à des opposants, comme des compagnies gazières américaines. Or, l'une d’elles, Calpine, a reçu en 2017 un investissement de 900 millions de dollars du Régime de pensions du Canada.

L’affrontement est indirect, puisque l’Office d’investissement du Régime de pensions du Canada (OIRPC) – l’équivalent de la Caisse de dépôt au Québec – est indépendant du gouvernement fédéral, et que son bras d’investissement n’a aucun contrôle sur les agissements des compagnies dans son portefeuille.

Mais la situation demeure ironique, selon plusieurs observateurs, puisque de l’argent des contribuables canadiens investi dans de l’énergie fossile se trouve à concurrencer un projet d’énergie verte qui pourrait rapporter des millions en dividendes aux contribuables québécois.

« Ça m’offusque »

La situation fait sourciller le député du Bloc québécois Mario Simard, qui se demande comment le gouvernement canadien peut continuer à investir dans une entreprise qui entre en contradiction avec Hydro-Québec.

Je m’offusque de la situation et je suis persuadé que les Québécois aussi vont s’offusquer de la situation.

Mario Simard, député du Bloc québécois dans Jonquière

Le bloquiste croit qu’une lumière rouge aurait dû s’allumer à Ottawa, qui dit avoir à coeur les changements climatiques. Le Canada se retrouve, un peu par inadvertance et de façon indirecte, à mettre des bâtons dans les roues d’un projet d’énergie renouvelable.

6 millions $ contre Hydro-Québec

Le projet d’Hydro-Québec en Nouvelle-Angleterre devrait permettre de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 3 millions de tonnes par année. C’est comme si on retirait des routes 700 000 voitures.

Le projet est cependant contesté, notamment par l'industrie récréotouristique du Maine, parce qu’une partie du nouveau corridor électrique doit traverser 85 kilomètres de forêts et 200 ruisseaux.

Les groupes qui s’opposent au projet ont reçu l’aide de deux compagnies gazières, dont Calpine, qui possède des centrales énergétiques au gaz naturel dans le Maine.

Calpine a investi 6 millions de dollars dans une campagne publicitaire pour faire valoir l’opposition au projet d’Hydro-Québec. Calpine est également impliqué dans une campagne de signatures dans le but de tenir un référendum en 2021.

De son côté, Hydro-Québec a dépensé 9 millions de dollars dans une campagne publicitaire pour défendre son projet. Les opposants déplorent que des intérêts étrangers tentent d’influencer une décision qui touche le public américain.

Réévaluer ces investissements

C’est dans ce contexte que les investissements canadiens dans Calpine sont remis en question par certains observateurs.

Le député bloquiste Mario Simard croit que le gouvernement fédéral et l’OIRPC devraient réévaluer s’il est approprié d’investir dans une compagnie d’énergie fossile qui s’oppose à un projet d’énergie verte.

Est-ce que l’Office ne devrait pas penser à se retirer de l’énergie fossile en appliquant véritablement des normes d’investissement durables qui visent une réduction des GES? C’est l'occasion avec le cas Calpine de faire cette réflexion-là , selon lui.

Un fonctionnaire du ministère des Finances à Ottawa réitère que l’OIRPC exerce ses activités sans lien de dépendance avec les gouvernements fédéral et provinciaux et que ses décisions ne sont pas influencées par les orientations politiques .

Réaction du Régime de retraite du Canada

À l’OIRPC, on a d’abord refusé de commenter la situation, en suggérant que c’était à Calpine de répondre à ces questions. Ensuite, le directeur des relations avec les médias, Darryl Konynenbelt, a indiqué que l’Office n’était pas responsable des décisions d’affaires prises par les milliers de compagnies dans lesquelles l’OIRPC investit l’argent des Canadiens. Nous investissons en masse, les compagnies opèrent, écrit-il.

Plus tard, l’Office a fait parvenir une déclaration officielle de Michel R. Leduc, directeur général principal et chef mondial, Relations publiques et communication. Nous basons nos décisions d’investissements à venir sur une myriade de facteurs et ce n’est jamais dans l'intérêt de nos contributeurs et bénéficiaires d’émettre des suppositions.

Notre approche d’investissements durables, conclut-il, ne se limite pas à un seul actif.

Mario Simard demeure insatisfait de cette réponse du fédéral. Si on est sérieux dans la transition énergétique, le gouvernement n’aura pas d’autre choix que de faire cette réflexion, avance-t-il.

De son côté, Hydro-Québec aussi refuse de commenter les investissements du Régime de retraite du Canada dans Calpine. Ce n’est pas à Hydro-Québec de se prononcer sur les stratégies de placement d’investisseurs, écrit la porte-parole Lynn St-Laurent.

Mais Hydro-Québec ajoute que les énergies renouvelables peuvent contribuer à l’atteinte des objectifs de réduction de gaz à effet de serre mis en place dans nos marchés voisins.

La compagnie Calpine n’a pas donné suite à notre demande.

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