•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Jimi Hendrix à Hawaï : argent, drogue et rock and roll

Jimi Hendrix, guitare à la main.

Jimi Hendrix lors d'un des deux concerts qu'il a donnés à Maui, à Hawaï.

Photo : Sony

Quelques mois avant de mourir d'une surdose de somnifères, il y a 50 ans, Jimi Hendrix s'est rendu à Maui, à Hawaï, pour s’y reposer. Il finira par y donner deux concerts légendaires devant 400 personnes assises selon leur signe astrologique. Ces concerts ont été « ressuscités » sur un disque par Eddie Kramer, gardien de la mémoire du guitariste.

Bonjour Monsieur, je parle un petit peu en français. Vous pouvez m'appeler Eddie.

Au bout du fil, l'ingénieur de son Eddie Kramer parle avec un ton familier de son acolyte Jimi Hendrix, un musicien qui a littéralement changé sa vie dès sa première rencontre avec lui, en janvier 1967, aux Studios Olympic de Londres. C'était pour l'enregistrement de l'album Are You Experienced

Dans votre vie, vous avez une ou deux expériences comme celle que j'ai vécue avec Jimi Hendrix, lance-t-il, sans jeu de mots.

« Il est arrivé en studio, il a branché sa guitare dans l'amplificateur et, dès les premières notes, j'ai été soufflé, renversé par le son. Je n'avais jamais rien entendu de tel. Dès ce moment, je me suis donné comme mission de rendre justice à tous ces enregistrements. De pousser le son à son maximum. »

— Une citation de  Eddie Kramer

Eddie Kramer a tenu parole. Depuis 1967, l'ingénieur de son a travaillé sur tous les albums de Jimi Hendrix ainsi que sur les nombreuses pistes inédites, puis sur les enregistrements de concerts enfouis dans les voûtes de la succession du guitariste.

Un homme avec les cheveux gris et une petite barbiche, avec des des lunettes sur le bout du nez.

Eddie Kramer est un célèbre ingénieur du son. Il a travaillé avec plusieurs musiciens, dont Jimmy Hendrix et Peter Frampton, mais aussi avec des groupes comme Led Zeppelin et KISS.

Photo : Sony / Chris Lopez

Son plus récent projet : la sortie de cet album issu des deux concerts donnés le 30 juillet 1970 à Hawaï, deux mois avant le décès de Hendrix. C'est pour montrer un autre aspect de ce qui s'est passé. Dans le documentaire Music, Money, Madness … Jimi Hendrix à Maui, qui accompagne la sortie de cet album, on voit à quel point toute cette histoire, c'était complètement fou!

Il faut en effet mentionner que les sorties prochaines de l’album et du documentaire ont en commun une chose : les problèmes financiers du gérant de Jimi Hendrix, Michael Jeffery. C’est à cause de – ou grâce à – ses soucis d’argent que ces deux œuvres « posthumes » verront le jour à la fin novembre.

Avant tout, une histoire d'argent

Il faut retourner au début des années 1970 pour bien comprendre cette histoire rocambolesque qui nous mène aujourd’hui à ces sorties qui concernent le grand maître de la guitare.

Alors qu’il était à court de liquidités pour la construction des studios Electric Lady de New York, Michael Jeffery a eu l’idée de sortir un film, dont la bande-sonore allait être signée par Hendrix. Son intention était d’empocher 500 000 $. Il a donc convaincu Jimi Hendrix de le suivre à Hawaï, où son équipe a tourné Rainbow Bridges (1971) sans scénario… mais avec beaucoup de drogues hallucinogènes.

Ce film aborde des thèmes de la contre-culture des années 1960 :  le surf, le yoga, la méditation et les extraterrestres. Il est désormais considéré comme l’un des pires navets de l'histoire du cinéma.

Les enregistrements des deux concerts d’Hendrix, donnés tout près d'un volcan sur l'archipel de Maui, devaient servir de bande sonore, mais seules 17 minutes de sa musique ont été reprises. L'intégralité de l’enregistrement des concerts est demeurée dans les voûtes jusqu'à aujourd'hui, et Eddie Kramer les a retravaillés malgré l’immense défi de restauration que cela a représenté.

Pochette d'album de Jimi Hendrix. On y voit un groupe de musique sur une scène, à l'extérieur.

Les enregistrements de deux concerts donnés le 30 juillet 1970 par Jimi Hendrix, à Hawaï, font l'objet d'un nouvel album à paraître le 20 novembre.

Photo : Sony

Ces gars étaient complètement fous, ils étaient drogués, soutient Kramer. Jimi leur a dit :"peu importe", et il a joué. Les conditions n'étaient pas idéales. Les organisateurs avaient réussi à réunir 400 personnes et les avaient disposées en se basant sur leur signe astrologique. Plusieurs d'entre eux étaient drogués avec des hallucinogènes. À cause du volcan, et du vent qui soufflait à 80 kilomètres à l'heure, il a fallu retravailler le son.

Le film Rainbow Bridges illustrait l'utilisation de drogues hallucinogènes chez les gourous de la contre-culture. La musique de Jimi Hendrix, avec ses notes étirées, sa distorsion et ses trémolos, était un carburant pour le mouvement. Dans quelle mesure Jimi Hendrix était-il inspiré par la drogue lorsqu'il enfourchait sa guitare?

C'est une question intéressante et qu'on me pose souvent, avoue Eddie Kramer. 

« Est-ce qu'il fumait de la marijuana en studio? Oui bien sûr, comme la plupart des musiciens de l'époque, mais ça ne l'a jamais empêché d'être à son meilleur lorsqu'il était en session d'enregistrement. Il savait ce qu'il voulait et il travaillait sans arrêt. »

— Une citation de  Eddie Kramer

Je ne l'ai jamais vu prendre des drogues dures, ajoute-t-il. Une fois arrivé en studio, il était concentré sur ce qu'il faisait. À la fin, il arrivait tous les soirs à 19 h pour travailler sur ses nouvelles chansons. Sans relâche.

50 ans plus tard, Hendrix est encore une source d’inspiration

En écoutant les deux concerts de Maui, on y entend un Jimi Hendrix en pleine possession de ses moyens. 

Il interprète avec une virtuosité inégalée des classiques (Purple Haze, Fire, Foxey Lady), mais aussi de nouvelles chansons qui figurent parmi ses meilleures (Dolly Dagger, Hey Baby (New Rising Sun), Ezy Ryder). 

Mort à l'âge de 27 ans, on ne peut que se demander ce que le guitariste aurait pu accomplir s'il était demeuré parmi nous encore un peu plus longtemps.

J'y pense souvent, confie Kramer. Juste avant son décès, nous discutions beaucoup de l'avenir. Il adorait son nouveau studio. Il voulait changer de gérant et se remettre en selle avec le producteur Chas Chandler. Dans l'album posthume The Cry of Love, on voit bien dans quelle direction il voulait aller.

« Jimi voulait faire du jazz et de la musique orchestrale. En 2020, il aurait été un géant de l'industrie musicale, il aurait eu sa propre compagnie de films et aurait encouragé les guitaristes de la relève. »

— Une citation de  Eddie Kramer

Au cours de sa longue carrière, Eddie Kramer a enregistré de nombreux chef-d'œuvres : Led Zeppelin II (1969), Alive! (1975) de KISS ou Frampton Comes Alive (1976) de Peter Frampton en sont quelques exemples. 

Jimi Hendrix demeure cependant encore aujourd'hui sa principale source d'inspiration. Tandis que les deux concerts du 30 juillet 1970 à Maui refont surface, sans vouloir trop en dire, il nous assure qu'il reste d'autres enregistrements inédits du mythique guitariste dans les voûtes.

 Je ne peux pas trop en dire, mais ce sera intéressant. Je travaille toujours là-dessus, mon ami, conclut-il. 

Jimi Hendrix, Live in Maui

Accompagné du documentaire Music, Money, Madness...Jimi Hendrix In Maui

Disponible dès le 20 novembre 2020

Sony Music

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !