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Analyse

COVID-19 : les États-Unis, un navire sans capitaine pour la deuxième vague

Avant même l’élection présidentielle, le président Donald Trump, en poste jusqu’au 20 janvier prochain, ne faisait pas mine d’accorder un grand intérêt à la lutte contre la pandémie.

Le président sortant Donald Trump est debout devant une couronne mortuaire.

Le président sortant Donald Trump a assisté à une cérémonie commémorant l'Armistice au cimetière d'Arlington le 11 novembre 2020.

Photo : Getty Images / BRENDAN SMIALOWSKI

Deux fauteuils sur une scène à quatre mètres de distance devant un écran géant où figurent les 14 autres participants à cette conférence virtuelle. Les démocrates avaient veillé à tout. À l’image de la campagne électorale de Joe Biden et de Kamala Harris, la présentation de leur groupe de travail sur la COVID-19 répondait parfaitement aux mesures de distanciation physique.

Le même jour où le président élu amorçait la période de transition en annonçant faire de la lutte contre la pandémie sa priorité absolue, les États-Unis franchissaient la barre symbolique des 10 millions de cas. Le pays reste, et de loin, le plus touché dans le monde avec plus de 242 000 morts. Un chiffre qui augmente au rythme de 1000 nouveaux décès chaque jour.

La deuxième vague atteint ici des proportions sans commune mesure avec celle du printemps. Le pays enregistrait le 11 novembre plus de 144 000 nouveaux cas en une seule journée soit près de 4 fois plus que la pire journée de la première vague en avril dernier. Et la tendance est à la hausse dans 46 États.

Si le comité d’experts mis sur pied par Joe Biden et le programme annoncé par les démocrates sont salués par la communauté scientifique américaine, une vérité demeure : le prochain président n’entrera pas en fonction avant le 20 janvier au terme d’une transition qui s’annonce houleuse.

D’ici là, c’est l’administration Trump qui reste responsable de diriger le navire américain sur les eaux agitées que représente la deuxième vague de l’épidémie de COVID-19. Or, beaucoup se demandent aujourd’hui s’il y a un capitaine à la barre du navire.

Donald Trump ne s’est pas montré en public depuis une semaine, sauf pour une brève apparition lors des cérémonies du jour du Souvenir. Et même avant l’élection, alors qu’il multipliait les apparitions, le président ne faisait pas mine d’accorder un grand intérêt à la lutte contre la pandémie.

Anthony Fauci parle derrière un lutrin.

Le Dr Anthony Fauci est le directeur de l’Institut national des allergies et des maladies infectieuses des États-Unis.

Photo : Associated Press / Evan Vucci

Le mois dernier, le Dr Anthony Fauci, l’épidémiologiste américain le plus en vue, membre du collège d’experts sur le coronavirus, révélait que le président n’avait pas assisté depuis des mois à une réunion du groupe de travail de la Maison-Blanche sur la COVID-19.

En fait, le Dr Fauci allait même jusqu’à dire qu’il n’était pas étonné que le président ait attrapé la maladie étant donné son attitude désinvolte. Depuis la fête qu’il a donnée en septembre pour célébrer la nomination à la Cour suprême de la juge Amy Coney Barrett, au moins une vingtaine de proches de Donald Trump, d’employés de la Maison-Blanche, d’invités et de journalistes ont été contaminés.

L’épidémiologiste avait multiplié les mises en garde contre ce genre d’événements considérés comme très propagateurs, car la majorité des invités ne portaient pas de masque et les règles sanitaires minimales n’étaient pas respectées.

L’administration Trump n’en a visiblement pas tiré les conclusions qui s’imposaient, puisque le même laxisme s’appliquait lors de la soirée électorale à la Maison-Blanche, à laquelle assistaient des centaines de personnes. Une quinzaine d’invités ont depuis reçu un diagnostic positif à la COVID-19, dont Mark Meadows, directeur de cabinet du président, Corey Lewandowski, un conseiller de la campagne de Trump et Ben Carson, le secrétaire au logement.

Joe Biden et Kamala Harris sont assis chacun à un bureau et assistent à une réunion virtuelle.

Le président désigné Joe Biden et sa vice-présidente Kamala Harris ont tenu, le 9 novembre, une rencontre virtuelle du groupe de travail sur la COVID-19.

Photo : Reuters / JONATHAN ERNST

Des rassemblements de campagne qui ont contribué à infecter plus de 30 000 Américains

La désinvolture ou le déni affichés lors de la campagne électorale de Donald Trump ont certainement empiré la pandémie. Le président a multiplié les événements de campagne, tenant jusqu’à cinq rassemblements par jour, chacun réunissant des milliers, voire des dizaines de milliers de partisans, sans masque, à proximité l’un de l’autre.

Une équipe de l’Université de Stanford a étudié l’impact de 18 de ces rassemblements. Son rapport publié le 30 octobre dernier est sans appel : les scientifiques concluent que ces événements ont au minimum contribué à infecter 30 000 Américains et ont probablement tué plus de 700 personnes. Au vu de ce rapport, Donald Trump, responsable de la lutte nationale contre le coronavirus, apparaît davantage comme un pompier-pyromane.

Dans ces circonstances, les États sont bien souvent laissés à eux-mêmes pour contrer la pandémie. Les plus touchés que sont le Texas et la Californie, avec plus d’un million de cas chacun, réussissent à s’en sortir parce que ce sont des États riches et populeux.

Une femme s'apprête à insérer un écovillon dans son nez.

Du dépistage au volant est organisé comme ici à Staten Island, dans la ville de New York.

Photo : Reuters / BRENDAN MCDERMID

Pour d’autres, comme le Dakota du Nord et le Dakota du Sud, c’est beaucoup moins évident. Ces deux États du Midwest trônent tout en haut du palmarès des États les plus contaminés. Le nombre de cas recensés par habitant y est deux fois plus élevé que la moyenne nationale. Depuis l’élection, un tiers des gouverneurs au pays, tant républicains que démocrates, ont réitéré les appels à respecter les règles sanitaires de base. Les fermetures d’écoles et les mesures de confinement plus ou moins strictes, se multiplient. Autant de mesures qui souffrent du manque de coordination et de leadership sur le plan national.

Les scientifiques s’attendent donc au pire. Le Dr Fauci, qui n’est plus en odeur de sainteté à la Maison-Blanche parce qu’il ose contredire le président, en est réduit à utiliser son aura médiatique pour inciter les Américains à porter un masque, à se laver les mains souvent et à se tenir à distance les uns des autres.

Et même si Donald Trump s’attribue le crédit pour le développement accéléré de vaccins, plus de 200 000 autres Américains, selon les projections, pourraient mourir avant qu’ils soient disponibles.

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