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Listes d’attente : on n’a pas toute l’info, dit le directeur de la santé mentale au Québec

Une intervenante portant un masque de protection écoute un patient.

Lors du premier confinement, 15 % des Québécois ont rapporté vivre une détresse psychologique problématique. Le taux était de 2 % avant la crise sanitaire.

Photo : iStock

Même s’il estime que les Québécois peuvent obtenir des services assez rapidement, le directeur national des services en santé mentale admet ne pas avoir tous les outils nécessaires pour bien mesurer l'attente sur les nombreuses listes au Québec.

En entrevue avec Radio-Canada cette semaine, le Dr Pierre Bleau, nommé directeur national en juin 2019, précise que les listes d’attente pour chaque service sont multiples. Le plus important, selon lui, est de connaître le temps que chaque personne doit attendre avant d’obtenir le service dont elle a besoin.

Vous me demandez c’est quoi, le temps d’attente pour voir un psychologue, par exemple? Je ne pourrais pas vous dire quels sont les gens en attente de tel ou tel service et combien de temps d’attente il y a, affirme celui qui est aussi psychiatrique au Centre universitaire de santé McGill.

Le Dr Bleau souligne qu’il s’agit de la première demande qu’il a faite à son arrivée au ministère. J’ai demandé où étaient mes tableaux de bord. Je n’ai jamais d’indices qui nous disent réellement combien de temps les gens attendent, poursuit-il.

Plan rapproché du Dr Bleau, assis dans un bureau.

Le Dr Pierre Bleau, directeur national des services de santé mentale et de psychiatrie légale

Photo :  Capture d’écran/Skype

La question des listes d’attente en santé mentale est revenue à l’avant-scène cet automne, en raison de la pandémie. Lors de la période de questions du 28 octobre, le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux (MSSS), Lionel Carmant, avait déclaré que la liste d’attente en santé mentale avait diminué de 20 % depuis le début de la crise sanitaire.

Le directeur national des services en santé mentale n’a ni infirmé ni confirmé cette information. De gros efforts ont été faits, et c’est pourquoi le ministre a annoncé de nouvelles ressources pour s’assurer que les gens obtiennent de l’aide, répond-il.

Par courriel, une porte-parole du ministère précise que des travaux sont en cours afin d'harmoniser la collecte de données pour les services spécialisés.

Marie-Hélène Émond écrit que les établissements comme les CIUSSS et les CISSS ont la responsabilité de simplifier l’accès aux services pour la population. Des travaux sont en cours dans les établissements afin d’améliorer l’accès aux services en santé mentale. Le MSSS soutient ces travaux et accompagne les établissements, est-il mentionné.

Psychologues : 27 nouvelles embauches sur 300

Le 6 mai, le gouvernement annonçait l’ajout de 300 personnes pour faciliter l’accès aux services psychosociaux et aux services en santé mentale au Québec.

Ce financement d’urgence de 31 millions de dollars pour cette année sera renouvelé en 2021, ce qui laisse penser que 300 nouvelles embauches pourraient aussi avoir lieu l’an prochain.

En réponse à nos demandes d’information, le MSSS a mentionné que, parmi les 300 nouvelles embauches en 2020, 60 % sont dans le secteur des services en santé mentale et 40 % dans celui des services sociaux.

Parmi les ressources ajoutées dans le réseau public, 9 % sont des psychologues et 39 % sont des travailleurs sociaux.

Cependant, seuls 27 psychologues ont été embauchés jusqu'à maintenant sur le total de 300. Cette donnée ne surprend pas la Coalition des psychologues du réseau public québécois. C’est un chiffre minime, estime la psychologue Karine Gauthier, porte-parole de la coalition. C’est un exemple concret des inquiétudes qu’on a. Il y a des difficultés d’attraction majeures des psychologues dans le réseau public. Il se pourrait même que des postes soient affichés, mais restent vacants.

La Dre Gauthier précise que tous les corps professionnels sont primordiaux en santé mentale et que l’ajout de travailleurs sociaux est tout aussi important que l’ajout de psychologues. Elle souligne que 80 % des professionnels de la santé habiletés à faire de la psychothérapie au Québec sont des psychologues.

Le directeur national des services en santé mentale fait remarquer que ce ne sont pas toutes les personnes en attente qui souhaitent obtenir des services en psychothérapie. Ce qu’on souhaite faire, c’est créer une culture de travail interdisciplinaire, avec des intervenants qui guident les gens vers les bonnes ressources. Ce ne sont pas tous les cas de détresse qui nécessitent de la psychothérapie, soutient le Dr Pierre Bleau.

Il ajoute que le ministère a également amélioré son approche en télémédecine, allant parfois même jusqu’à offrir des séances de groupe virtuelles en santé mentale. C’est là-dedans qu’il faut investir, note-t-il.

Ça se chiffre en mois

Au mois d’octobre, des données diffusées par Radio-Canada dévoilaient que certaines personnes devaient attendre jusqu’à 24 mois avant d’obtenir des services psychologiques, en pleine pandémie.

La Coalition des psychologues du réseau public québécois indiquait alors que, sur 8000 psychologues dans la province, 3000 œuvraient dans le réseau public.

Deux mois plus tard, il est difficile de vérifier si le temps d’attente s’est vraiment amélioré dans le système.

Selon le Réseau communautaire en santé mentale (COSME), l’attente se chiffre toujours en mois. Ça change d’une région à une autre et ça dépend de l’état d’urgence. Mais pour nous, c’est inacceptable de voir que le ministère n’a pas toutes les données nécessaires pour évaluer la situation, et on se demande aussi à quels types de services les gens ont accès. Ont-ils accès aux bons services? s'interroge le président du COSME, Charles Rice.

Le ministre Lionel Carmant, debout et derrière des micros, durant un point de presse.

Le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Depuis le début de la pandémie, ce dernier a annoncé l'investissement de plus de 130 millions de dollars en santé mentale pour la population en général, sans compter les investissements plus spécifiques pour les jeunes.

Le Dr Carmant souhaite rehausser l’accès aux services et améliorer la prise de contact auprès des personnes suivies ou qui attendent des services. Cela représente environ 800 000 personnes, selon le ministère.

Toujours d’après le MSSS, 37 % de la population rapportait présenter des symptômes d’anxiété lors d’une analyse réalisée en septembre dernier. Ce taux est deux fois plus élevé que celui observé au cours de la première vague de la pandémie.

Il ne nous a toutefois pas été possible de parler avec le cabinet du ministre Carmant avant la publication de cet article.

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