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Les musiciens appellent à l’aide pour survivre à la pandémie

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Karimah dans son salon en train de chanter.

Masques sur le visage, Karimah est en répétition.

Photo : Radio-Canada / Axel Tardieu

Avec les salles de spectacles fermées depuis le début de la pandémie, les musiciens souffrent beaucoup de l’arrêt des concerts et du manque de rémunération. Aujourd'hui, ils sont de plus en plus nombreux à vouloir arrêter leur carrière. Comment vivent-ils cette épreuve qui met en péril leur art? Comment le public peut-il les soutenir?

Le jour sans fin

Karimah est en pleine transformation de son salon. Elle va répéter avec son pianiste pour un spectacle rémunéré qui sera diffusé sur les réseaux sociaux. C'est une bonne nouvelle pour cette artiste, car les occasions se font rares.

La COVID a beaucoup changé ma vie. Pendant les 4 ou 5 dernières années, j’ai joué une fois par semaine. Ça fait 45 spectacles par an et cette année, c’est presque zéro, avoue-t-elle. J’aime faire mon art d'une autre façon, mais ça me manque beaucoup d’être devant une foule et de communiquer avec les gens.

Pour éviter de puiser dans ses économies, la Franco-Albertaine est retournée vivre chez sa mère, dans le sud d’Edmonton. La vie en temps de pandémie ne lui semble plus normale.

Karimah a l’impression de vivre dans le film Le Jour de la marmotte dans lequel l’acteur Bill Murray se retrouve bloqué dans une boucle temporelle revivant une mauvaise journée sans fin.

On essaie de garder l’espoir que notre travail vaut la peine. Chaque jour, je suis dans le brouillard, je me demande si je dois continuer la musique ou cliquer sur pause. Est-ce que ça fait une différence?

Tout arrêter

Cette auteure-compositrice n'est pas la seule à se poser cette question. Dans un sondage (Nouvelle fenêtre) réalisé en octobre par la Guilde des musiciens et musiciennes du Québec auprès de 755 artistes professionnels, 57 % disent envisager d’abandonner leur carrière.

Selon une étude similaire, relayée par le quotidien The Guardian (Nouvelle fenêtre) et menée par le Syndicat des musiciens au Royaume-Uni, un tiers des 2000 artistes britanniques interrogés envisagent de quitter l’industrie à cause des difficultés financières créées par la pandémie. Près de la moitié d’entre eux ont dû trouver un autre travail pour subvenir à leurs besoins.

Des plus connus aux artistes émergents, tous sont touchés. Juste avant la pandémie, la Canadienne Marlaena Moore s'était décidée à quitter son emploi dans la restauration pour se consacrer pleinement à la musique.

J'avais des dates dans tout le Canada, en Europe, dans des festivals. Toute ma tournée a été annulée, j'étais dévastée, avoue-t-elle depuis la Colombie-Britannique où elle continue d’écrire des chansons, malgré un avenir incertain. J’ai besoin de créer.

L'artiste Marlaena Moore devant un fond rouge.

Cette année, Marlaena Moore voulait se consacrer à la musique à temps plein.

Photo : Levi Manchak

Comment consommer la musique?

Pour gagner de l'argent, il reste bien les célèbres plateformes d'écoutes en continu comme Spotify, Apple Musique ou Amazon Prime, mais de plus en plus d'artistes dénoncent un système de rémunération injuste qui favorise les plus célèbres au détriment des moins connus.

Depuis fin octobre, une pétition en ligne demande au géant suédois Spotify une hausse des droits d'auteur. Elle a rassemblé plus de 18 000 signatures.

Les titres du duo canadien Faith Healer ont beau compter des centaines de milliers d’écoutes sur la plateforme, ses membres Jessica Jalbert et René Wilson, n’ont pas vu la couleur de cet argent. Le site Bandcamp, créé en 2007, serait plus avantageux pour les artistes.

Je reçois plus de droits d’auteur sur Bandcamp avec dix achats qu’avec des milliers d’écoutes sur les autres plateformes, dit Jessica Jalbert qui a décidé de reprendre ses études à défaut d’être sur scènes.

Jessica Jalbert assise par terre sur une colline.

Le futur est incertain pour Jessica Jalbert, du duo Faith Healer.

Photo : Levi Manchak

La pétition pour pousser Spotify à évoluer, Marlaena Moore l’a signée. En attendant que le système évolue, les artistes indépendants, comme elle, lancent un appel.

Le public doit continuer de partager nos chansons sur les réseaux sociaux et surtout il doit aller sur des sites plus équitables, comme Bandcamp, pour acheter notre musique ou des produits dérivés, explique-t-elle.

Pour soutenir les artistes, la plateforme en ligne a adopté une stratégie leur permettant de toucher un maximum de revenus issus de leurs ventes en retirant tous les premiers vendredis du mois, à l’occasion des Bandcamp Fridays, les commissions du site.

Plus de 20 millions de dollars américains leur ont été versés entre mars et juin. L'initiative a été prolongée jusqu'à la fin de l'année.

Les solutions existent

Certains appellent la profession à se réinventer pour survivre. Le président de l'Association des musiciens et musiciennes de Calgary et musicien depuis 30 ans, Mike Little, conseille à ses pairs d’avoir au moins cinq sources de revenus, au cas où l'une d’entre elles se tarirait, comme c'est le cas des spectacles depuis quelques mois.

Il faut s’adapter et trouver des solutions dans l’adversité, dit ce musicien de Calgary qui s'est reconverti en professeur de piano après avoir acheté des webcams et appris à se servir du logiciel de vidéoconférence Zoom.

Grâce à Instagram, il a pu trouver une vingtaine d’élèves qui lui permettent de vivre. Ça m’a sauvé, avoue-t-il. J’ai même un ami aux États-Unis qui m’a dit gagner tellement bien sa vie avec les dons reçus lors de spectacles sur internet qu’il ne voit pas l’intérêt de repartir en tournée un jour.

Mike Little pousse également les autres artistes à se renseigner auprès de la SOCAN, qui peut leur permettre de recevoir des droits d’auteur lorsque leurs créations sont diffusées ou utilisées.

Des mains jouent des notes de musique sur un piano.

Pour trouver d'autres sources de revenus, des artistes donnent des cours de musique en ligne.

Photo : Radio-Canada / Axel Tardieu

Et après?

Ces exemples de réussite sont néanmoins rares et les solutions ne sont pas toujours à la portée de tous. Les musiciens consultés s'entendent toutefois pour dire que la santé mentale est un enjeu important dans la profession ces temps-ci.

Même l’idée d’une réouverture des salles de concert n’apporte pas une lueur d’espoir à Graham Guest, un membre de l’Association des musiciens d’Edmonton, qui survit, jusqu'à maintenant, grâce à l’aide financière du gouvernement.

Après la pandémie, beaucoup de musiciens ne seront pas capables de retrouver leur niveau de vie d’avant, estime-t-il. Beaucoup de lieux resteront fermés et les spectacles seront moins bien payés.

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