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Au Mali, la contestation grandit contre l'emprise des militaires

Une coalition de partis appelle à « entrer en résistance » contre les militaires au pouvoir depuis trois mois.

Le président, vêtu en blanc, est assis à côté du vice-président, en treillis militaire. Plusieurs militaires en uniforme sont derrière eux.

Le président de transition du Mali, l'ex-colonel Bah N'Daw, lors de sa cérémonie d'assermentation, le 25 septembre, à Bamako. À ses côtés, le colonel Assimi Goita, assermenté à titre de vice-président.

Photo : Getty Images / AFP/MICHELE CATTANI

Agence France-Presse
Prenez note que cet article publié en 2020 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Les autorités de transition maliennes installées après le putsch du 18 août font face à une contestation grandissante, un acteur majeur de la crise politique se braquant à son tour contre la dernière manifestation de l'emprise des militaires.

Le Mouvement dit du 5-Juin a dénoncé dans un communiqué publié mercredi soir l'ascendant des militaires sur la transition sous un habillage civil. Il a appelé à entrer en résistance.

D'autres organisations ont, comme lui, exprimé leur refus de participer à la mise en place d'un organe législatif de transition.

Le Mouvement du 5-Juin/Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP) est une coalition de partis et d'organisations de la société civile qui a mené la mobilisation contre le président Ibrahim Boubacar Keïta, canalisant l'exaspération des Maliens face aux violences djihadistes et intercommunautaires, au marasme économique ou encore la déliquescence et la corruption de l'État.

Ce sont finalement des colonels qui ont renversé M. Keïta le 18 août.

Les militaires se sont engagés à rendre le pouvoir à des civils élus au bout de 18 mois, et ont installé un président et un gouvernement de transition. Toujours prédominants, ils viennent de s'attaquer à la mise en place du dernier organe, législatif, de cette transition.

C'est cet organe, appelé Conseil national de transition (CNT), qui suscite la grogne du M5-RFP et d'autres contre les militaires, dont le coup de force d'août avait été accueilli favorablement par de nombreux Maliens.

Le M5-RFP a perdu de sa force d'action dans la transition. Revendiquant la part prise à la chute de l'ancien président, il réclamait un rôle égal à celui des militaires, exigence largement ignorée par ces derniers.

Mais sa voix compte toujours. Le parti du chef de l'opposition sous le régime déchu, Soumaïla Cissé, en fait partie.

Les conditions de création du CNT ont fait tomber les masques et dévoilé la nature purement militaire de la transition avec un habillage civil qui ne trompe plus personne, dit le M5.

Des dizaines de soldats marchent en cadence, un bras en l'air.

Des soldats maliens ont défilé à Bamako à l'occasion du 60e anniversaire de l'indépendance du pays.

Photo : Getty Images / AFP/MICHELE CATTANI

Des décrets qui font grincer des dents

Les décrets publiés cette semaine et fixant les modalités de création du conseil octroient 8 représentants au M5 sur 121. Les forces de défense et de sécurité disposent d'un cinquième des sièges, avec 22 représentants. Les autres places se répartissent entre partis, anciens groupes armés, société civile, cultes religieux ou syndicats.

Le vice-président, le colonel Assimi Goïta, validera la liste des membres. Bien que discret, le colonel Goïta, chef de la junte au pouvoir dans l'immédiat après-putsch, continue à passer pour l'homme fort de la transition.

Le droit de regard du colonel Goïta et la prépondérance des militaires dans le CNT font grincer des dents.

Les décrets sont purement et simplement inacceptables, dit le M5, qui refuse de participer.

Les militaires sont de plus en plus accusés de chercher à caser les leurs. Plus d'un mois après la formation du gouvernement de transition, leurs détracteurs imputent le temps mis à instaurer le CNT à leur volonté de nommer à sa tête le colonel Malick Diaw, numéro deux de la junte.

Le M5 n'est pas le seul à grogner. Les partis de l'ancienne majorité se sont réunis hier, ils ont décidé de ne pas participer au CNT, a dit Yacouba Doumbia, un responsable du parti de M. Keïta. Espérance Nouvelle, qui dit regrouper plusieurs partis et associations, a aussi rejeté sa participation.

Un groupe de personnalités de la société civile et du milieu des affaires a signé récemment une lettre ouverte pour s'inquiéter de la lenteur de la transition et de la prééminence des militaires.

Après l'état de grâce initial, de premiers clignotants s'allument et alimentent de légitimes inquiétudes, prévenait-il, eu égard aux manifestations de grogne sociale et surtout à la persistance des violences.

Trois personnes ont encore été tuées jeudi par des hommes armés non identifiés dans la région de Mopti (centre), l'un des foyers de la violence, a indiqué un responsable de la sécurité.

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