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États-Unis : le scénario de fraude électorale massive écarté par les observateurs

Le président Donald Trump crie à la fraude électorale. Un refrain qu’il avait déjà entonné en cours de campagne. Alors que ses avocats multiplient les recours pour invalider des votes, les preuves fondées de fraude massive manquent toujours à l’appel. Quel est le constat des observateurs électoraux internationaux aux États-Unis?

Donald Trump s'adresse à la presse.

Donald Trump lors d'un discours à la Maison-Blanche le 5 novembre.

Photo : Associated Press / Evan Vucci

Ne tombons pas dans le piège de la caricature : les missions d'observation électorale ne se rendent pas uniquement dans les pays où gouvernent des régimes autoritaires.

À l’invitation du Département d’État, des centaines d'observateurs étrangers ont convergé vers les États-Unis au cours des dernières semaines. L’Organisation des États américains (OEA) a envoyé une trentaine d’experts et vient de publier son rapport préliminaire (Nouvelle fenêtre). Nulle part il n'y est question de fraude électorale à grande échelle.

Parmi les autres organisations internationales présentes sur le terrain se trouve aussi l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).

Sa cheffe de mission s’est entretenue avec l’équipe des Décrypteurs. Jointe à Washington, Urszula Gacek affirme que son organisation n’a jamais reçu autant de demandes d'entrevue. Elle l'admet d'emblée, le scénario est inédit. Un président qui refuse obstinément de reconnaître un résultat électoral est monnaie courante ailleurs dans le monde, mais moins aux États-Unis d’Amérique.


Votre organisation vient de terminer sa neuvième mission d’observation électorale aux États-Unis. Cette fois, quelle a été l’ampleur de votre implication?

Nous sommes arrivés aux États-Unis dès le début septembre et nous restons jusqu’au 15 ou 16 novembre. Il s’agit de notre procédure habituelle, puisque c’est une mission à long terme qui englobe la période pré-électorale. Nous avions une équipe de 15 experts basés à Washington à laquelle se sont greffés d’autres observateurs, ce qui nous a permis de couvrir 30 États en cours de campagne et d’assurer une présence sur le terrain jusqu’au jour du vote. Alors, au total, nous étions au maximum environ 100 personnes, ce qui peut paraître peu à l’échelle du pays. Mais le jour de l’élection, nous étions présents en Arizona, au Nevada, en Pennsylvanie et en Georgie. Nous étions en mesure d’être présents là où nous voulions être présents.

J’ai entièrement confiance en nos conclusions, qui englobent bien plus que le vote comme tel et qui tiennent également compte de l’ensemble de la campagne électorale, du financement des campagnes, de toutes les lois changées jusqu’au dernier moment et de toutes les contestations recensées dans la semaine qui a suivi le vote. À travers tout ça, nous avons été en mesure de tout couvrir sans compromettre notre mission.

Le rapport préliminaire de la mission de l'OSCE est disponible ici (Nouvelle fenêtre)

Avez-vous constaté une fraude massive, comme le prétend Donald Trump?

Non, nous n’avons pas trouvé de cas de méfaits. Bien sûr, avec près de 160 millions de personnes qui exercent leur droit de vote, vous ne pouvez pas exclure la possibilité de voir parfois des pièces d’équipement qui cassent, ou parfois des erreurs humaines, mais le système est solide ici et plusieurs garde-fous et contre-mesures sont en place. 

Nous avons bien entendu repéré quelques ratés, ce n’était pas parfait, mais il est faux de dire qu’il y a eu une fraude massive et systématique, ce n’est tout simplement pas ce que nous avons constaté.

Une citation de :Urszula Gacek, cheffe de mission d’observation aux États-Unis du Bureau des institutions démocratiques et des droits de l'homme de l’OSCE
Urszula Gacek.

Urszula Gacek, cheffe de mission d’observation aux États-Unis du Bureau des institutions démocratiques et des droits de l'homme de l’OSCE, en entrevue à l'émission Décrypteurs

Photo : Radio-Canada

Le vote postal a été au centre de bien des allégations de fraude, qu’en est-il?

Il s’agissait bien entendu d’un nouveau défi pour bien des électeurs qui votaient par la poste pour la première fois. C’est un système beaucoup plus complexe que le fait de voter dans un bureau de vote et chaque État a ses propres règles. Mais dans certains cas, et je l’ai moi-même observé, les électeurs étaient directement encadrés tout au long du processus.

On a aussi surveillé le système postal. Allait-il être en mesure de tout livrer? Il y a eu beaucoup de campagnes de peur en ce sens. Vers la fin, bien des électeurs ne voulaient pas prendre de risques et se sont déplacés avec leurs bulletins de vote postaux pour les remettre en personne ou les déposer dans des boîtes de dépôt installées dans plusieurs comtés. Alors au final, nous n’avons pas observé d’irrégularités à grande échelle.

Avez-vous observé des cas d’intimidation des électeurs?

Heureusement, non. Nous avons pu constater la présence d'observateurs affiliés aux partis politiques, mais ils adhéraient à un code de conduite similaire au nôtre. Nous avons par contre vu des travailleurs électoraux se faire intimider au moment du comptage des votes, et ça, c’est très préoccupant, et cet élément sera inclus dans notre rapport final, qui sera produit au début de l’année prochaine. C’est totalement inacceptable d’agir ainsi face à des personnes si travailleuses, engagées et loyales envers le processus électoral. Le fait de les menacer est inacceptable en toutes circonstances.

Une femme âgée se cache le nez et la bouche dans le col de sa polaire en déposant son bulletin de vote dans une boîte prévue à cet effet.

Dans le contexte de pandémie actuel, le vote par correspondance a été particulièrement populaire cette année aux États-Unis.

Photo : Reuters / Rick Bowmer

Quelle est la position de votre organisation face aux allégations de fraude électorale massive évoquées par le président Trump?

Séparons d’abord la rhétorique de la substance.

Premièrement, tout candidat, y compris le président sortant, peut faire appel des résultats électoraux. J’ai été témoin d’élections dans d’autres pays où on restreignait l’accès aux tribunaux pour certains candidats ou partis politiques. Alors, le fait que Donald Trump se tourne vers la justice pour présenter des requêtes est absolument normal.

Il revient maintenant aux tribunaux de déterminer si ces demandes sont admissibles et si elles sont fondées. Nous avons initialement observé un certain nombre de demandes en ce sens, mais la plupart se sont évaporées, soit parce qu’elles ont été retirées, soit parce qu’elles ont été rejetées par les tribunaux en l’absence de preuves. Même dans les cas les plus médiatisés, le nombre de votes potentiellement contestés est insuffisant pour renverser la vapeur. Mais je réitère le fait que le président Trump a entièrement le droit de porter des résultats en appel, personne ne peut le nier.

Cependant, la rhétorique nous inquiète, même si les preuves avancées sont dépourvues de fondement.

Ce discours mine la confiance des électeurs envers le système, et c’est quelque chose qu’il faudra rebâtir.

Une citation de :Urszula Gacek, cheffe de mission d’observation aux États-Unis du Bureau des institutions démocratiques et des droits de l'homme de l’OSCE

Nous sommes complètement apolitiques. Nous disons toujours que nous nous fichons de l’identité du vainqueur de l’élection; ce qui nous intéresse, c’est le processus électoral. Ce qu’on retiendra cette année de cette élection aux États-Unis, c’est que la rhétorique a empiété sur le processus électoral. La méthode de vote est devenue un enjeu politique et les allégations non fondées de fraude massive ont eu des effets sur le processus électoral. Nous ne commentons pas la politique, mais on ne se gêne pas pour se prononcer quand la crédibilité du système électoral est en jeu et quand la confiance envers ce système s’érode.

Mais au bout du compte, à notre avis, en dépit de tous les défis liés à la COVID-19, de la rhétorique et des débats enflammés, la structure a tenu le coup et a passé le test.

Vous pourrez voir une partie de l'entrevue de Urszula Gacek à l'émission Décrypteurs, samedi à 11 h 30 sur ICI RDI, en rediffusion le dimanche à 13 h et sur ICI TOU.TV (Nouvelle fenêtre).

Pour conclure, donnez-nous un aperçu de ce à quoi peut ressembler la vraie fraude électorale à grande échelle.

Il y a par exemple le fait d’empêcher une personne ou un parti politique de présenter sa candidature. Dans certains cas, des candidats bidon sont en lice pour donner l’apparence d’élections justes alors qu’un seul candidat a de réelles chances de l’emporter. On observe aussi parfois un contrôle total sur les médias pour garantir une couverture positive d’un candidat en particulier au détriment de ses opposants. J’ai aussi déjà été témoin d’une élection où les résultats étaient entièrement déterminés avant même le moment du vote.

La fraude peut être subtile ou carrément flagrante. Nous avons déjà constaté des cas où des centaines de bulletins de vote se sont retrouvés en bloc, entourés d’un élastique, dans des urnes, vous imaginez alors la surprise des observateurs internationaux face à de telles scènes!

Decrypteurs. Marie-Pier Élie, Jeff Yates, Nicholas De Rosa et Alexis De Lancer.
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