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Racisme anti-Noirs : Toronto en fait-elle assez?

Nous en sommes à la troisième année de mise en œuvre du Plan d'action de Toronto pour lutter contre le racisme envers les Noirs, qui s'étend jusqu'en 2022.

Thousands of people protest to defund the police in support of Black Lives Matter and all social injustice against racism in Toronto on Friday, June 19, 2020. THE CANADIAN PRESS/Nathan Denette

Les manifestations se sont multipliées cet été pour dénoncer le racisme systémique et demander une révision du rôle et du financement de la police de Toronto.

Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

Deux ans après l'adoption du Plan d'action de Toronto pour lutter contre le racisme envers les Noirs, la moitié des mesures recommandées ont été mises en place, mais des voix s'élèvent et estiment qu'il ne va pas assez loin.

Je ne suis pas satisfaite, dit l’avocate Saron Gebresellassi, connue pour son travail en lien avec la brutalité policière et la violation des droits de la personne.

Saron Gebresellassi dans un hall lors d'une entrevue.

L'avocate torontoise Saron Gebresellassi.

Photo : Radio-Canada

Elle salue le travail de l’Unité de lutte contre le racisme anti-Noirs, mais juge que le plan ne reflète pas complètement ce que plusieurs membres de la communauté noire réclament : la réduction du budget du Service de police de Toronto.

Des Canadiens ont de la difficulté à vivre. Le fait d’avoir plus d’un milliard de dollars pour la police pendant la pandémie c’est frustrant, raconte-t-elle faisant référence aux appels de membres de la communauté qu’elle reçoit.

Ils ont fait d’excellentes recommandations, mais il faut écouter la communauté [...] cette année. Ce n’est vraiment pas compliqué. Je comprends que c’est controversé, mais on coupe le budget de l’éducation, des arts et de la culture. La société a besoin de ce changement, croit celle qui était candidate à la mairie de Toronto en 2018.

Le Plan d'action de Toronto pour lutter contre le racisme envers les Noirs a été adopté à l'unanimité par le conseil municipal de Toronto à la fin 2017.

Ce plan de 80 mesures et 22 recommandations s’étale sur cinq ans au total. Il reste donc trois ans pour mettre en place 35 mesures, mais la pandémie a freiné certains efforts.

Des 22 recommandations, deux sont complétées et 18 sont en cours, précise la Ville de Toronto.

L'Unité de lutte contre le racisme anti-Noirs (CABR), qui s'occupe de mettre les mesures en place, collabore avec des agences, des conseils d'administration, des commissions et divers secteurs de la Ville comme la Commission des transports de Toronto (CTT) et le Service de police de Toronto dans l’objectif d’améliorer la qualité de vie des personnes noires à Toronto.

Au cours de la première année, 28 % des 80 mesures du Plan d'action de Toronto pour lutter contre le racisme envers les Noirs ont été mises en œuvre. Après la fin de la deuxième année, 50 % d’entre elles ont été mis en place, malgré les perturbations importantes causées par la COVID-19, peut-on lire dans la mise au point de la Ville de Toronto.

Ce rapport du Plan d'action de Toronto pour lutter contre le racisme envers les Noirs (Nouvelle fenêtre) (en anglais seulement) identifie les objectifs réalisés par le groupe de travail, les défis rencontrés et les prochains axes de priorité.

Les priorités pour cette troisième année seront :

  • Continuer de créer un changement de culture à Toronto (formation et recrutement)

  • Renforcer le développement communautaire (encourager les arts et améliorer l’accès au logement pour les jeunes personnes noires queer et trans, entre autres)

  • Sécurité communautaire, bien-être et alternatives aux services policiers

  • Résilience de la communauté noire (améliorer la qualité de vie des Torontois noirs et aider les entrepreneurs)

Les initiatives par et pour les membres de la communauté noire de Toronto resteront au cœur des objectifs du groupe de travail.

L'impact de la COVID-19 et du mouvement Black Lives Matter

La pandémie a perturbé les efforts du groupe de travail. L’Unité de lutte contre le racisme envers les Noirs affirme qu'elle n’a jamais été aussi débordée. La demande de soutien n’a fait que s’accroître au cours des derniers mois.

La mise en place des recommandations a été profondément affectée par la pandémie de COVID-19 et la résurgence du mouvement Black Lives Matter suscitée par la mort de George Floyd, Breonna Taylor et localement, Regis Korchinksi-Paquet, note le rapport de la Ville de Toronto.

Pour faire face à ces pressions, l'Unité recrute du personnel supplémentaire pour s'assurer que nous puissions continuer d'aider les organisations qui ont besoin de notre soutien et poursuivre la mise en place des priorités énoncées dans le plan d'action, écrit par courriel la directrice des ressources communautaire de Toronto, Aina-Nia Ayo'dele Grant.

L’amélioration des espaces de loisirs pour les jeunes dans les centres communautaires et les projets de rénovation dans les quartiers où habitent majoritairement des personnes noires ont été mises sur pause, par exemple. Ce sera un objectif pour la troisième année du plan.

Le nombre élevé de demandes d’aide confirme la nécessité d'investir davantage dans les efforts anti-Noirs à travers la ville et la nécessité d'un changement systémique intentionnel et important, selon la mise à jour.

Les impacts disproportionnés de la pandémie sur les résidents noirs et le mouvement Black Lives Matters à travers le monde ont mis en évidence l'urgence d'un changement systémique profond qui lutte contre le racisme anti-Noirs omniprésent dans notre société, peut-on aussi lire dans la mise à jour de la deuxième année du plan d’action.

Le directeur général du groupe Network for the Advancement of Black Communities (NABC) à l’Université York, Amanuel Melles, se demande justement quel est l’impact de la pandémie sur l’application des mesures et recommandations du plan.

Selon lui, les différents ordres de gouvernement doivent joindre leurs efforts pour tenter de limiter les conséquences de la pandémie sur les vies des personnes noires.

Toronto a un rôle crucial à jouer.

Amanuel Melles, directeur général du groupe Network for the Advancement of Black Communities

Les résidents noirs représentent 23 % des cas de COVID-19 à Toronto, mais seulement 9 % de la population totale.

La mise à jour cite également une étude de l’Université de Toronto selon laquelle les familles noires sont 3,5 fois plus susceptibles de souffrir d'insécurité alimentaire au Canada que les familles blanches.

Amanuel Melles espère que la Ville se posera des questions sur ces faits, et offrira le soutien nécessaire en ces temps difficiles.

Deux ans de travail auprès de la communauté

La première année du Plan d'action de Toronto pour lutter contre le racisme envers les Noirs a principalement été consacrée à la création du groupe de travail. Amanuel Melles a été impliqué dans la conception du plan et a fait partie de nombreuses consultations avec la Ville de Toronto.

Beaucoup de travail a été fait depuis le lancement du plan, dit-il, satisfait du travail accompli jusqu’ici.

En deux ans, Toronto a octroyé des centaines de milliers de dollars à des organismes pour des programmes destinés aux jeunes torontois. La création d’une rencontre en ligne entre la Ville et des partenaires privés sur l’emploi de personnes avec des antécédents criminels est une autre mesure qui a été appliquée, par exemple.

Des consultations avec des membres du quartier Little Jamaica, dans le secteur ouest de Toronto, sont d’ailleurs en cours en vue d’aider les entrepreneurs du quartier.

Au cours des deux dernières années de mise en œuvre, ce plan a été vu et utilisé comme un modèle pour lutter contre le racisme anti-Noirs partout au Canada, souligne le rapport.

Selon la Ville, plus de 800 personnes ont participé au développement du plan d’action.

L’Unité de lutte contre le racisme anti-Noirs réitère le besoin d'investissements dans la communauté noire et rappelle l’importance de la participation des personnes et des institutions non noires pour optimiser les efforts contre le racisme.

Le manque de nouvelles politiques d’intervention robustes et d’investissements contribue à faire de Toronto une ville où il y a de plus en plus de ségrégation raciale.

Extrait de la mise à jour du plan d’action de la Ville de Toronto

La Ville devrait assoir plus de joueurs à la même table et leur permettre de collaborer pour maximiser les résultats que nous voulons voir , croit M. Melles.

Ce rapport sera examiné par le comité de développement économique et communautaire à l’hôtel de ville, jeudi. Il sera ensuite présenté au conseil municipal le 25 novembre, dépendamment des actions du comité.

Plus de 440 000 Torontois sont membres de la communauté noire, selon la Ville.

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