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Abattage de cerfs à Longueuil : menaces contre la mairesse et débat houleux

L'abattage annoncé, défendu par plusieurs experts, continue de soulever les passions.

Un cerf semble chercher de la nourriture parmi les feuilles mortes sur le sol.

Un jeune cerf de Virginie, aussi appelé chevreuil, au milieu du parc Michel-Chartrand, à Longueuil.

Photo : Radio-Canada / Bernard Barbeau

Radio-Canada

La mairesse de Longueuil, Sylvie Parent, a reçu des menaces de mort à la suite de l’annonce de l’abattage prévu d’une quinzaine de cerfs de Virginie dans le parc Michel-Chartrand. Cette mesure qui horrifie de nombreuses personnes reste néanmoins la meilleure solution pour contrer la surpopulation menaçant le petit écosystème, estiment différents spécialistes.

Selon le chef du Service de police de l’agglomération de Longueuil (SPAL), Fady Dagher, une enquête a été ouverte pour des propos sérieux qui ont été tenus à l’égard de la mairesse.

Il n’a cependant pas voulu préciser la nature exacte des propos ni de quelle façon ils ont été proférés pour ne pas nuire au travail des enquêteurs.

Une protection policière devrait être offerte à la mairesse Parent, a indiqué le SPAL.

Ces menaces contre la mairesse s’inscrivent dans le cadre d’un débat houleux en cours à Longueuil après la décision de la Ville d’euthanasier la moitié des chevreuils qui vivent dans les boisés du parc Michel-Chartrand. Une quinzaine de bêtes en tout doivent être tuées. Leur viande sera offerte à des banques alimentaires de la région.

Sylvie Parent devant un panneau sur lequel figure le logo de la Ville.

La mairesse de Longueuil, Sylvie Parent.

Photo : Radio-Canada

Environ 27 000 signatures avaient été recueillies, à 20 h jeudi soir, sur une pétition citoyenne réclamant que ces cerfs soient épargnés. C'est trois fois plus que le nombre de signatures récoltées pour celle réclamant une enquête publique sur la gestion de la première vague de COVID-19 au Québec.

Nous pensons que les possibilités de relocalisation des cerfs n'ont pas été étudiées comme il le faut et nous demandons à la Ville de Longueuil ainsi qu'au ministère des Forêts, de la Faune et des Parc du Québec de revenir sur sa décision inhumaine, sur le principe que les êtres vivants ont tous le droit à la vie.

Extrait du texte de la pétition Contre l'abattage des cerfs du parc Michel-Chartrand de Longueuil

L'abattage annoncé il y a quelques jours vise à contrôler la surpopulation de cervidés dans le secteur, qui met en danger la régénération des arbres et des plantes dans le parc et ses environs.

En 2017, on dénombrait plus d’une trentaine de cerfs concentrés dans le parc d’une superficie de deux kilomètres carrés. C’est deux à trois fois plus que ce que l’écosystème peut supporter, selon la Ville.

Certains citoyens voisins du parc ont installé par le passé des poches de carottes ou de pommes sur leur terrain pour éviter que les cerfs ne mangent leur haie et leurs arbres. Les bêtes n'ont donc aucun mal à trouver de la nourriture, ce qui contribue par le fait même au problème.

En plus de la destruction de leur écosystème et des dommages que les cerfs causent sur les propriétés voisines du parc, la Ville évoque les risques accrus d’accidents routiers impliquant des cerfs ainsi que l’accroissement des risques de transmission de diverses maladies animales et humaines, dont la maladie de Lyme.

Et si on les transportait ailleurs?

Les citoyens qui s’opposent à l’euthanasie des bêtes estiment que la Ville pourrait recourir à d’autres méthodes qui épargneraient leur vie, notamment les capturer pour les installer ailleurs.

Certains refuges pour animaux se sont d'ailleurs manifestés pour les recevoir.

C'est le cas du Sanctuaire pour animaux de ferme de l'Estrie (SAFE), situé à Mansonville. Nous sommes, comme toujours, ici pour les animaux et ferons ce que nous pouvons pour les aider, a-t-il assuré sur Facebook. Nous attendons les retours du Ministère de la Faune et si nous recevons une réponse favorable, nous rédigerons une proposition à présenter au maire et au conseil municipal de Longueuil.

Le Miller Zoo, à Frampton, dans Chaudière-Appalaches, la Ferme 5 étoiles de Sacré-Coeur, sur la Côte-Nord, le Familizoo de Saint-Calixte, dans Lanaudière, et l'organisme montréalais Sauvetage animal ont aussi levé la main conjointement : Ultimement, la décision n'est pas la nôtre. Cependant, nous souhaitons offrir une alternative aux partis concernés.

Un cerf avec de petits bois sur la tête se tient debout sur la neige dans un boisé.

La douceur des hivers montérégiens contribue à l'essor des cerfs du parc Michel-Chartrand.

Photo : Radio-Canada / Bernard Barbeau

Toutefois, souvent, il y a plus de la moitié des cerfs qui vont décéder dans les heures qui suivent ou même les jours qui suivent leur déplacement, avait déjà expliqué plus tôt cette semaine à l’émission Le 15-18 la biologiste Anaïs Gasse, du ministère de la Forêt, de la Faune et des Parcs du Québec.

Marco Festa-Bianchet, écologiste et directeur du département de biologie de l’Université de Sherbrooke, a abondé dans le même sens, jeudi, en entrevue à Midi info : S’il y a des zoos qui veulent les accueillir, c’est peut-être une alternative. Mais c’est sûr qu’il va y en avoir qui vont mourir lors du déplacement, donc ça c’est quelque chose à prendre en compte.

La chose qu’il faut souligner aussi, c’est que c’est un problème récurrent. C’est-à-dire que ces animaux-là vont continuer à se reproduire, à se multiplier. [...] Il va y avoir des bébés cerfs l’an prochain. Donc, le problème risque de se représenter.

Marco Festa-Bianchet, directeur du département de biologie de l’Université de Sherbrooke

Quant à transporter les chevreuils dans d'autres forêts de la Montérégie, ça ne ferait par ailleurs que déplacer le problème, a souligné la Ville de Longueuil.

La surpopulation de cerfs de Virginie qui est un problème constaté dans l’ensemble de la Montérégie est essentiellement due au manque de prédateurs naturels comme le loup ou le coyote ainsi qu’aux hivers plus doux du sud du Québec, qui épargnent davantage de bêtes chaque année que dans les régions plus au nord.

Et si on introduisait un prédateur?

La députée indépendante de Marie-Victorin, Catherine Fournier, a proposé de réintroduire des coyotes de façon contrôlée dans le parc. Un bon nombre de chevreuils seraient ainsi tués, mais ce n'est plus l'humain qui en porterait l'odieux.

Un rapport de la Ville de Montréal a conclu en 2018 que les coyotes représentaient un bon moyen de limiter le nombre de cerfs de Virginie en milieu urbain.

Si on introduit un prédateur, ça cause une autre série de problèmes, a cependant signalé Marco Festa-Bianchet.

Chaque fois qu’on essaie de jouer à Dieu avec ces affaires écologiques, on pense qu’on règle un problème, mais on en crée d’autres. On ne peut pas introduire un coyote et lui dire de rester là.

Marco Festa-Bianchet, directeur du département de biologie de l’Université de Sherbrooke

Le parc Michel-Chartrand est entouré de secteurs résidentiels. Ceux qui y habitent – habitués aux cerfs, mais aussi aux marmottes, aux mouffettes ou aux lapins – pourraient ne pas être très à l'aise à l'idée de croiser un coyote en faisant une promenade avec leurs jeunes enfants ou même leur chien.

Ça peut tuer des chiens, des chats, ça peut faire peur au monde, a noté M. Festa-Bianchet.

Cela dit, la population de chevreuils pourrait bien finir par se réguler d'elle-même, sans aucune intervention, juste avec l’éventuel manque de nourriture qu'entraînerait sa croissance, mais probablement avec une densité plus forte que ce qu’elle est maintenant, a expliqué l'écologiste.

C’est sûr qu’à un moment donné, ils vont crever de faim pendant l’hiver, ce qui n’est pas nécessairement quelque chose, au niveau éthique, qu’on veut, selon Marco Festa-Bianchet. Ça n’arriverait toutefois qu’avec un nombre de cerfs beaucoup plus élevé que ce qu’on peut souhaiter pour préserver le reste de cet écosystème urbain.

À ce moment-là, [la population de cerfs] aura eu des impacts très négatifs sur l’environnement, parce que les espèces de plantes qu’ils préfèrent manger vont simplement disparaître, une situation déjà courante un peu partout au Québec, a-t-il déploré. Ils vont endommager le milieu, le sous-bois. Ça va prévenir la régénération des espèces végétales, ça va enlever l’habitat de reproduction des certaines espèces d’oiseaux, par exemple.

Il estime que la solution préconisée par la Ville de Longueuil est définitivement la bonne.

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