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Un test prometteur pour détecter le syndrome de fatigue chronique

Des éprouvettes contenant du plasma sanguin.

Les analyses sanguines de la cohorte de patients québécois ont été effectuées dans les laboratoires du CHU Sainte-Justine, à Montréal.

Photo : Radio-Canada / François Genest

Maude Montembeault

Le Scientific Report, une revue scientifique appartenant au groupe Nature, publie le fruit du travail d’un chercheur québécois. Alain Moreau et son équipe ont mis au point un test afin de détecter l’encéphalomyélite myalgique, aussi appelée syndrome de fatigue chronique. S’il est validé auprès d’autres populations dans le monde, le test sera le premier à diagnostiquer l’encéphalomyélite myalgique, une maladie qui afflige 600 000 Canadiens.

Il a fallu deux ans de maux et de tests avant que la Trifluvienne Marie-France Barry ne sache qu’elle était atteinte d’encéphalomyélite myalgique. Les médecins croyaient qu’elle souffrait de la sclérose en plaques. Il y a toutes sortes de maladies qui ressemblent à l’encéphalomyélite myalgique. Avant que tous les tests soient passés, ça peut prendre un à deux ans. Il y a beaucoup de médecins qui ne connaissent pas la maladie, ce qui rend ça encore plus difficile.

Les 600 000 Canadiens et deux millions et demi d'Américains qui l’ont doivent se soumettre à une série d’examens pour éliminer une à une les causes possibles de leur état de santé. La maladie cloue au lit les personnes touchées, qui sont envahies d’un malaise généralisé. Parce qu’il n’existe aucun diagnostic, il est impossible d’envisager pour le moment un remède pour l’encéphalomyélite myalgique.

Selon Santé Canada, l’encéphalomyélite myalgique est une affection débilitante et potentiellement invalidante. La maladie est plus fréquente chez les femmes de 40, 50 et 60 ans et se caractérise par une fatigue persistante, un malaise après effort, des douleurs et des troubles du sommeil.

Provoquer le malaise après un effort

Au printemps 2019, Marie-France Barry a fait partie d’une cohorte de 196 patients qui ont participé à l’étude d’Alain Moreau, professeur titulaire à la Faculté de médecine dentaire et à la Faculté de médecine de l’Université de Montréal.

Marie-France Barry en train de passer un test de dépistage du syndrome de fatigue chronique.

Les tests ont été menés en partenariat avec l’Association québécoise de l’encéphalomyélite myalgique (AQEM), qui a contribué au recrutement de candidats.

Photo : Radio-Canada / François Genest

Puisqu’ils sont incapables de se rendre dans les laboratoires du scientifique, au Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine, des infirmières se sont déplacées chez eux. L’équipe a analysé le sang des cobayes avant, pendant et après le test. Pendant ce test, un brassard qui sert à mesurer la tension artérielle se gonfle et se dégonfle pendant 90 minutes, pour créer un malaise après effort.

C’est le symptôme cardinal de la maladie, explique le chercheur. On les rend un peu plus malades pour les besoins de révéler ce qui se passe. Selon lui, c’est la première fois dans le monde qu’un test peut être mené auprès de patients sévèrement malades, ce qui permet d’en apprendre beaucoup plus sur la maladie. 

Alain Moreau en entrevue dans un laboratoire.

Le test mis au point par l’équipe d’Alain Moreau est attendu par plusieurs cliniciens.

Photo : Radio-Canada / François Genest

Les résultats des tests des patients atteints de l’encéphalomyélite myalgique ont été comparés à ceux de participants en santé. En analysant les fluides, surtout le sang, les scientifiques ont pu identifier une signature moléculaire pour la maladie.

Marie-France Barry, assise avec des oreillers dans le dos pour la soutenir.

Marie-France Barry a observé ses premiers symptômes de la maladie en 1999.

Photo : Radio-Canada / François Genest

Marie-France Barry, atteinte depuis vingt ans, se réjouit des progrès des chercheurs, surtout pour ceux qui viennent d'avoir la maladie. Pour l’instant, l’avancée scientifique ne permettra pas d’en guérir, mais de soulager les symptômes. 

Le test va nous amener une capacité à prédire la réponse thérapeutique à certaines médications pour améliorer les symptômes de l’encéphalomyélite myalgique.

Alain Moreau, professeur titulaire à la Faculté de médecine dentaire et à la Faculté de médecine de l’Université de Montréal

La COVID-19 et l’encéphalomyélite myalgique

Il a été démontré que le syndrome de fatigue chronique risque de se déclencher après une grippe, une mononucléose, l'infection par un coronavirus, etc. C’est d’ailleurs ce qui a été observé après la crise du SRAS en 2003, ce qui amène Alain Moreau à porter une grande attention aux patients atteints de la COVID-19, surtout ceux qui gardent des effets à plus long terme.

On pense qu’à court terme, notre découverte va servir aussi à mieux diagnostiquer et mieux comprendre ce qui se produit chez des gens ayant des symptômes persistants de la COVID-19, fait valoir le chercheur.

La patiente trifluvienne craint une épidémie d’encéphalomyélite myalgique. Elle surveille avec attention les réseaux sociaux où des Québécois s’expriment sur leurs séquelles qui ne disparaissent pas. On est inquiets parce que c’est une maladie qui ne se traite pas, dit-elle. Le nouveau test qui fait l’objet d’une publication dans le Scientific Report lui donne espoir.

On pense qu’on a plusieurs premières qu’on regroupe dans cette publication-là. On va rendre disponible le test aux cliniciens et aux équipes médicales qui en ont besoin.

Alain Moreau, professeur titulaire à la Faculté de médecine dentaire et à la Faculté de médecine de l’Université de Montréal

Il s'agit d'une avancée qui donnera un important coup de pouce aux médecins de famille qui doivent investiguer sur des patients potentiellement atteints et qui étaient jusqu’ici dans le néant pour poser un diagnostic clair.

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