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Malgré la pandémie, Montréal réussit à geler les taxes et à éviter les compressions

La mairesse Valérie Plante tentera l'an prochain de ménager ses concitoyens, déjà malmenés par la COVID-19.

Valérie Plante et Benoît Dorais tiennent chacun un exemplaire du budget 2021 de la Ville de Montréal.

Les Montréalais, qui doivent déjà composer avec la pandémie de COVID-19, pourront à tout le moins profiter d'un gel des taxes municipales en 2021.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

L'administration Plante-Dorais peut dire merci au gouvernement Legault.

Les 263,5 millions de dollars (M$) annoncés par Québec le mois dernier − combinés aux compressions de 123 M$ dévoilées en avril et à un accroissement de la dette − ont permis jeudi à la Ville de Montréal de présenter un budget équilibré pour 2021 et d'annoncer qu'elle réussirait à terminer l'année en cours sans faire de déficit, comme le prévoit la loi.

Le tiers du montant versé par le gouvernement Legault (85 M$) servira à éponger la hausse des dépenses et la baisse de revenus engendrées par la pandémie en 2020.

Le reste du montant (178,5 M$) sera dépensé l'an prochain, notamment pour financer un nouveau plan de relance post-COVID dont le budget sera deux à trois fois plus élevé que celui de 22 M$ présenté en juin dernier.

Les dépenses maîtrisées

Le budget présenté jeudi au Marché Bonsecours − qui, étant donné les circonstances, était également retransmis virtuellement − fait état de revenus et de dépenses atteignant 6,17 milliards de dollars (G$) pour 2021, soit sensiblement le même montant que l'an dernier, à 1,5 M$ près.

À titre de comparaison, les trois premiers exercices comptables du mandat de Projet Montréal prévoyaient des hausses de 5,2 % (pour 2018), 4,3 % (pour 2019) et 8,1 % (pour 2020), ce qui avait fait dire à l'opposition que l'administration Plante-Dorais était dépensière.

Avec la pandémie, le contexte était différent cette année. Mais la tenue d'élections municipales dans 12 mois n'a pas influencé l'élaboration du budget, a affirmé la mairesse Plante en conférence de presse jeudi.

C'est d'abord et avant tout un budget COVID [...] plutôt qu'un budget électoral.

Valérie Plante, mairesse de Montréal

Montréal battait des records en termes de croissance économique avant que la pandémie frappe, a-t-elle rappelé. Nous sommes confiants de pouvoir retrouver ce dynamisme en prenant des décisions éclairées basées sur une vision plus pertinente que jamais.

Les conventions collectives des quelque 26 000 employés municipaux, qui prévoient en moyenne des augmentations salariales de 2 % en 2021, seront honorées malgré la précarité des finances de Montréal, a assuré la Ville jeudi.

Pour diminuer leurs effets, les services ont reçu le mandat d'assumer à même leur budget de fonctionnement la moitié de ces augmentations. Les cadres ont aussi été prévenus qu'ils ne recevraient pas de boni cette année, ce qui devrait générer des économies de 6,7 M$.

Pour donner l'exemple, les élus ont eux aussi fait une croix sur les augmentations de salaire de 2,1 % qu'ils devaient toucher pour 2020. Cette décision permettra à la Municipalité d'épargner un montant symbolique de 130 000 $.

Montréal renonce également à pérenniser le télétravail et à résilier certains baux dans les immeubles qu'elle occupe et qui ne font pas partie de son parc immobilier. La plupart de ces baux étant situés au centre-ville, l'administration a préféré les reconduire afin d'épargner un secteur déjà lourdement touché par la pandémie.

Un agent de sécurité discute avec une manifestante.

Des manifestants réclament le définancement de la police de la métropole et la redistribution d'une partie du budget du Service de police de la Ville de Montréal à des organismes communautaires.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Malgré ces efforts − et même si la possibilité avait été évoquée lors des consultations prébudgétaires −, le budget consacré au Service de police de la Ville de Montréal ne diminuera pas l'an prochain. Il grimpera même de 2,2 % pour s'établir à 679,1 M$ en 2021.

Cette décision a été dénoncée par une quinzaine de manifestants qui ont retardé le début de la conférence de presse de la mairesse Plante en faisant irruption au Marché Bonsecours et en scandant des slogans appelant à définancer la police.

En temps de pandémie, il ne serait pas responsable de réduire le budget du SPVM et de provoquer des bris de services, a expliqué Mme Plante lorsqu'elle a finalement pris la parole, une demi-heure plus tard que prévu.

Des revenus similaires à l'an dernier

Les 446 pages de documents distribués jeudi confirment le gel des charges fiscales promis par la mairesse le 1er octobre dernier.

Ainsi, la taxe foncière générale, la taxe relative à l'eau, la taxe relative à la voirie et la taxe relative à l'ARTM n'augmenteront pas en 2021, tant pour les immeubles résidentiels que non résidentiels. Une hausse au niveau de l'inflation aurait pourtant permis à la Ville d'engranger des revenus supplémentaires de 56 M$, calcule la mairesse.

En fait, seules les taxes des arrondissements, qui représentent environ 20 % de la facture totale, seront ajustées. En moyenne, ces rectifications feront grimper l'avis d'imposition des immeubles résidentiels de 0,2 %. C'est à Verdun que la hausse sera la plus importante (1,8 %), alors que c'est à Anjou qu'on retrouve la baisse la plus marquée (3,5 %).

En moyenne, les propriétaires de résidences montréalaises, dont la valeur médiane a été fixée cette année à 534 825 $, verront leur avis de cotisation grimper de 7 $ l'an prochain, passant de 4161 $ en 2020 à 4168 $ en 2021.

De nombreux commerçants bénéficieront aussi d'un nouvel allègement fiscal, l'administration Plante-Dorais ayant décidé pour une troisième année d'affilée de moduler certaines taxes en fonction de la valeur des immeubles non résidentiels.

Ainsi, la première tranche de valeur foncière passera de 625 000 $ à 750 000$ et le taux de taxation de celle-ci sera légèrement revu à la baisse, ce qui devrait permettre aux propriétaires des plus petits immeubles non résidentiels de Montréal de réaliser des économies d'au moins 5 % par rapport à 2020.

Cette mesure devrait encore une fois se faire à coût nul en raison de son caractère progressif. Les propriétaires d’immeubles non résidentiels valant plus de 10 millions de dollars verront par exemple leur charge fiscale augmenter de 1,3 % en 2021.

Par ailleurs, la Ville de Montréal a profité de la présentation du budget jeudi pour annoncer qu'elle reportait la tarification volumétrique de l'eau pour les immeubles non résidentiels, une mesure d'écofiscalité qu'elle prévoyait mettre en place en 2021. Les factures à blanc, qui devaient être envoyées cette année aux propriétaires, ne l'ont même jamais été.

La Ville a aussi fait savoir jeudi qu'elle avait demandé à l'ARTM d'instaurer de nouvelles mesures de tarification à la STM à compter du 1er juillet.

Si sa demande est acceptée, le transport collectif deviendra gratuit pour les Montréalais de 11 ans et moins et les tarifs imposés aux personnes âgées de 65 ans diminueront de moitié. Les revenus de la Ville devraient en contrepartie diminuer de 9,3 M$.

Enfin, la Municipalité a fait savoir que les ordures ménagères continueront d'être collectées une fois par semaine dans la presque totalité des arrondissements, alors que certains élus de Projet Montréal avaient laissé entendre récemment qu'elles pourraient bientôt être ramassées toutes les deux semaines.

Une telle mesure, qui pourrait permettre à la Ville d'épargner des millions de dollars, ne sera pas implantée avant 2022, a fait savoir l'administration.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article
Valérie Plante présente le document papier du budget.

Budget équilibré à Montréal, malgré la pandémie

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Un PDI à la place d'un PTI

Fait nouveau : le budget était accompagné cette année d'un programme décennal d'immobilisations (PDI) et non d'un programme triennal d'immobilisations (PTI) comme le veut la tradition. Cette pratique permettra une meilleure prévisibilité des investissements dans les infrastructures, explique l'administration. Le PDI 2021-2030 est évalué à 18,7 G$.

Mais il ne s'agit que d'un subterfuge pour repousser certains investissements, déplore l'opposition.

Par exemple, le prolongement du boulevard Cavendish sera financé à hauteur de seulement 1,5 M$ entre 2021 et 2023, alors que le projet est évalué à 245 M$.

Dans le même esprit, le parc-nature de l'Écoterritoire de la falaise, dont l'aménagement devrait coûter 67,6 M$, ne sera pas financé avant 2023, et encore : cette année-là, seuls 4 M$ seront consacrés au projet.

À 1 % d'une décote

De manière générale, le parti Ensemble Montréal, qui forme l'opposition officielle à l'Hôtel de Ville, estime que l'administration Plante aurait dû procéder à une réduction plus responsable des dépenses. Il qualifie le gel des taxes et la baisse des tarifs de la STM de cadeaux électoralistes à la veille du scrutin de novembre 2021.

Lionel Perez en mêlée de presse.

Le chef par intérim d'Ensemble Montréal, Lionel Perez, aurait préféré que l'administration Plante procède à « une réduction plus responsable des dépenses ».

Photo : Radio-Canada / Jérôme Labbé

Son chef Lionel Perez, qui dirige la formation politique par intérim depuis maintenant trois ans, dénonce en outre une coupure féroce dans le paiement au comptant des immobilisations, qui passera de 631,6 M$ en 2020 à 394,6 M$ en 2021.

Cette façon de faire, explique l'opposition, met beaucoup trop de pression sur la dette municipale. Selon le budget présenté jeudi, le ratio de la limite d’endettement (dette/revenus) passera de 110 % en 2020 à 120 % en 2021, alors que la politique de la Municipalité prévoit qu’il ne devrait pas dépasser 100 %.

Normalement, quand on est dans un trou, la meilleure façon d'en sortir est d'arrêter de creuser. Mais là on voit que l'administration creuse toujours.

Alan DeSousa, porte-parole en matière de finances de l'opposition officielle

On est à 1 % d'une décote, a averti M. Perez, qui était accompagné jeudi de son porte-parole en matière de finances, Alan DeSousa. Passé le seuil fatidique de 120 %, les agences de notation comme S&P et Moody's n'hésiteront pas à abaisser la cote de crédit de la métropole, avec à la clé une hausse des taux d'intérêt sur les emprunts, a-t-il signalé jeudi.

C'est pour cette raison, selon le chef intérimaire d'Ensemble Montréal, que la mairesse Plante a annoncé il y a quelques jours le report d'une vingtaine de chantiers majeurs pour 2021. Ce n'est pas parce qu'ils voulaient donner un répit aux Montréalais [...], c'est parce qu'ils ne pourraient pas emprunter plus!

Le ratio de la limite d’endettement avait pourtant légèrement diminué avant l'arrivée au pouvoir de Projet Montréal. Mais depuis 2017, il est passé de 89 % à 120 %. La Ville prévoit actuellement que le ratio limite sera rétabli à 100 % en 2027.

Le mécontentement demeure dans les villes liées

Les documents budgétaires présentés jeudi devront maintenant être analysés par la Commission des finances. Ils seront ensuite soumis au conseil municipal et au conseil d'agglomération.

Leur adoption ne fait aucun doute, les deux instances étant sous le contrôle des élus de Projet Montréal.

Les maires des villes défusionnées, regroupés au sein de l'Association des municipalités de banlieue (AMB), ont manifesté leur mécontentement une fois de plus, jeudi, à l'égard de la méthode servant à calculer les quotes-parts des municipalités de l'agglomération, qui augmenteront en moyenne de 3 % l'an prochain.

La méthode utilisée pour déterminer le partage de la facture entre les différentes villes est contestée par [l'AMB] depuis plusieurs années, notamment parce que celle-ci est inéquitable, ont-ils rappelé par voie de communiqué jeudi.

Cela étant dit, Montréal continuera de payer en 2021 82,6 % des dépenses de l'agglomération, soit la même proportion que l'an dernier.

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