•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

COVID-19 : Doug Ford dans la tourmente alors que l'Ontario établit un nouveau record

« La priorité est la santé, mais tout proche, il y a l'économie », dit Doug Ford.

Doug Ford avec un masque dans une usine de Milton, en Ontario

Le premier ministre Doug Ford.

Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

Radio-Canada

Malgré un nouveau sommet de 1575 cas de COVID-19 jeudi et accusé par l'opposition d'avoir « menti » aux Ontariens, Doug Ford et son gouvernement défendent leur plan de lutte contre la pandémie.

Le premier ministre ontarien et la ministre de la Santé Christine Elliott sont sur la sellette, jeudi, après la parution d’un article du Toronto Star selon lequel le gouvernement ontarien aurait rejeté les conseils de ses propres experts de santé publique dans l’élaboration de son nouveau système de code couleur pour ses réponses à la pandémie de COVID-19.

Le quotidien rapporte que Santé publique Ontario (SPO) a recommandé de fixer plusieurs seuils clés pour le niveau rouge — la gamme de restrictions la plus stricte avant un verrouillage complet — à des niveaux quatre fois inférieurs à ceux que le gouvernement a finalement choisis.

SPO a recommandé un seuil d'un taux d'infection hebdomadaire de 25 cas pour 100 000 personnes et un taux de positivité des tests de laboratoire de 2,5 %, a déclaré la coprésidente du groupe pour le consensus en matière de modélisation de l'Ontario, la Dre Shelley Deeks, au Toronto Star. Radio-Canada a confirmé cette information indépendamment auprès de Santé publique Ontario.

De plus, la Dre Deeks a déclaré au quotidien torontois que son groupe n'avait pas du tout été consulté sur les lignes directrices. Plusieurs autres experts de la table de commandement qui conseille le gouvernement Ford ont exprimé des inquiétudes quant à l'écart entre leurs recommandations et les décisions prises par les autorités provinciales.

Je peux vous dire, en tant que membre des tables scientifiques et de modélisation de la province, que la mesure dans laquelle nous pouvons fournir une couverture pour des conseils de santé publique imprudents a suscité beaucoup de préoccupations, a déclaré l'épidémiologiste David Fisman par courriel à Radio-Canada.

De son côté, l’expert en gériatrie Nathan Stall, un autre membre de la table de commandement qui conseille la province, a aussi pris la parole sur Twitter, jeudi, pour dénoncer l'hypocrisie du message diffusé par le gouvernement Ford selon lequel son nouveau système pour garder la province ouverte et sûre avait été conçu après une consultation et des conseils complets de deux groupes d'experts.

Un reportage inexact, selon Doug Ford

Le premier ministre salue de la main alors que la ministre Elliott se tient en retrait.

Le premier ministre de l'Ontario, Doug Ford, et la ministre de la Santé, Christine Elliott.

Photo : La Presse canadienne / Frank Gunn

En conférence de presse, jeudi, le premier ministre Ford a défendu les décisions de son gouvernement, en qualifiant le reportage du Toronto Star d’erroné.

« C'est tout simplement inexact et je suis un peu déçu. »

— Une citation de  Doug Ford, premier ministre de l'Ontario

C'est le point de vue d'un seul médecin qui se trouve sur la table de la prévention des maladies, a dit Doug Ford en référence à la Dre Shelley Deeks, qui s'est confiée au quotidien torontois.

Le Dr David Williams, médecin hygiéniste en chef de l'Ontario

Le Dr David Williams, médecin hygiéniste en chef de l'Ontario

Photo : La Presse canadienne / Chris Young

Nous écoutons le médecin hygiéniste en chef David Williams, ce qui est essentiel, a martelé Doug Ford, jeudi, en précisant que nous avons accepté le système qu’il a proposé, et il a lui-même approuvé ce système-là.

Selon le premier ministre, le gouvernement progressiste-conservateur de l’Ontario a toujours cherché à adopter une approche plus équilibrée dans sa réponse à la pandémie de COVID-19.

« Il doit y avoir un équilibre. La priorité est la santé, mais tout proche, il y a l'économie. »

— Une citation de  Doug Ford, premier ministre de l'Ontario

L'approche qui consiste à tout fermer n'est pas celle que nous adoptons, a-t-il soutenu.

Doug Ford a-t-il ignoré les experts et menti?

La chef de l'opposition, Andrea Horwath, en point de presse à Queen's Park.

La chef de l'opposition, Andrea Horwath.

Photo : Assemblée législative de l'Ontario

La chef néo-démocrate Andrea Horwath accuse le premier ministre Ford et sa ministre de la Santé, Christine Elliott, d'avoir menti au public.

« Doug Ford et Christine Elliott répétaient qu'ils suivaient les recommandations d'experts médicaux lorsqu'ils ont annoncé l'annulation de mesures de santé publique dans les zones chaudes. Ils nous ont menti et ont joué avec la vie des gens. »

— Une citation de  Andrea Horwath, chef du NPD

De son côté, le chef libéral Steven Del Duca affirme que Doug Ford a « ignoré les recommandations » d'un groupe provincial d'experts et a ensuite tenté de camoufler la situation en « mentant ».

Ses mensonges ont mené à une multiplication des cas de COVID. Au cours des dernières 24 heures, il y a eu 24 décès dans les centres de soins de longue durée en Ontario.

« Il nous a dit qu'il écouterait la science et qu'il protégerait nos grands-parents. Il nous a dit que c'était sécuritaire d'entasser les enfants dans les classes à l'école. Comment peut-on le croire maintenant? »

— Une citation de  Steven Del Duca, chef des libéraux ontariens

Au début du mois, le gouvernement Ford avait annoncé la réouverture des bars, des restaurants et des gyms le 7 novembre dans les régions de York, d'Ottawa et de Peel, et le 14 novembre à Toronto.

Face à l'augmentation des cas dans la région de Peel, la province a fait volte-face et le médecin hygiéniste local, le Dr Lawrence Loh, a imposé des restrictions supplémentaires.

La santé publique de Toronto a emboîté le pas et a annulé le déconfinement prévu pour samedi sur son territoire.

Ça ne surprend pas le professeur en épidémiologie de l'Université de Toronto David Fisman, qui fait partie du groupe d'experts de la province.

« On se demande à quel point on se sert de nous à tort pour justifier de mauvaises décisions de santé publique. »

— Une citation de  David Fisman, expert en épidémiologie

Selon lui, la province a « perdu la maîtrise de la situation » et son cadre « n'a pas de sens ».

La professeure Beate Sander de l'École de santé publique Dalla Lana de l'Université de Toronto, qui appartient au groupe de travail provincial sur la modélisation, affirme que le panel « n'a pas été consulté » non plus dans l'élaboration du plan du gouvernement Ford.

Le chef du Parti vert, Mike Schreiner, accuse Doug Ford de « mettre des vies et des gagne-pain en péril en trompant le public ».

Ford est coupable d'avoir gonflé les seuils recommandés par les experts en santé, pour ensuite faire semblant devant les caméras que ces experts avaient approuvé le plan, dit-il.

Nombre de spécialistes avaient critiqué le plan la semaine dernière, affirmant par exemple que le seuil de 10 % de tests de dépistage positifs comme facteur pour qu'une région passe en zone rouge était beaucoup trop élevé.

L'Ontario établit un nouveau record de cas

La controverse survient alors que l'Ontario établit un nouveau record de cas quotidiens pour une troisième journée consécutive.

Des 1575 cas confirmés jeudi, 472 sont à Toronto, alors que la région de Peel a 448 infections.

La région de York a 155 cas, Ottawa 91, Durham 61, Waterloo 58 et Halton 54.

Au cours de la dernière semaine, la moyenne du nombre de cas par jour dans la province a été de 1299.

Le nombre total de cas en Ontario depuis le début de la pandémie grimpe à 89 784.

La santé publique déplore par ailleurs 18 morts jeudi, portant le bilan à 3293 décès.

Malgré 917 nouvelles guérisons, le nombre de cas actifs augmente à 11 271, alors que les hospitalisations se chiffrent à 431 (+7), y compris 98 patients aux soins intensifs (+10).

Le nombre de cas en milieu scolaire augmente de 103, pour un total de 2120 au cours des deux dernières semaines. Plus de 650 écoles ont actuellement un cas déclaré, soit un peu plus de 13,5 % des écoles de la province.

Une école est actuellement fermée à cause d'une éclosion.

Plus de 39 500 tests de dépistage ont été effectués au cours des dernières 24 heures. Il s'agit d'une nette amélioration par rapport à la moyenne de la dernière semaine, mais toujours moins que l'objectif provincial de 50 000 tests par jour.

2000 cas en décembre?

L'Ontario doit dévoiler jeudi ses plus récentes projections de modélisation.

M. Del Duca et Mme Horwarth soulignent que certains experts prédisent que la province risque de recenser 2000 nouvelles infections par jour en décembre si rien n'est fait.

L'Association médicale de l'Ontario presse aussi le gouvernement, jeudi, de resserrer ses restrictions.

« Les docteurs sont inquiets. Il est clair que le nouveau plan ne suffit pas pour maîtriser le virus, qui se propage à de plus en plus d'individus. »

— Une citation de  Samantha Hill, présidente de l'Association médicale de l'Ontario

Le ministère de la Santé se défend

La porte-parole de la ministre de la Santé, Christine Elliott, rétorque que de multiples experts, y compris ceux du groupe de travail provincial et le Dr Williams, ont fourni leurs recommandations pour l'élaboration du plan provincial.

Toutefois, elle ne précise pas si le gouvernement a intégré ces recommandations dans son plan.

« Notre plan tient compte de plusieurs marqueurs de santé, y compris la santé mentale, les pertes d'emploi et le gagne-pain en général des Ontariens. »

— Une citation de  Alexandra Hilkene, attachée de presse de la ministre de la Santé

Elle ajoute que les directives de santé publique ont déjà été resserrées dans 10 régions en vertu du plan provincial, qui permet aussi des adaptations régionales des restrictions.

Il faut noter que ce cadre a été déployé seulement il y a une semaine, dit Mme Hilkene.

Pour sa part, la professeure en mathématiques et spécialiste en modélisation Caroline Colijn, de l'Université Simon Fraser, en Colombie-Britannique, est préoccupée par la situation au pays.

On ne semble pas être prêts à tirer des leçons de ce qui se passe en Europe, dit la présidente d'une chaire de recherche Canada 150. Et nous, sur la côte ouest du Canada, on ne semble pas tirer des leçons de la situation au Québec, en Ontario et au Manitoba. Ça n'augure pas bien.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !