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Analyse

Le BAPE et la volonté politique

Des personnes assises de dos font face à une petite scène où sont installés les membres de la commission du BAPE sur le projet de tramway à Québec.

Le BAPE a tenu des audiences au Centre des congrès de Québec dans le cadre de son étude du projet de tramway de l'administration Labeaume.

Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Cloutier

Il est arrivé au Bureau d’audiences publiques sur l’environnement d’être son pire ennemi. Il lui est aussi arrivé d’être ignoré alors qu’il était le canari dans la mine et qu’il avertissait du danger. Il a tantôt été le paravent pour des autorités politiques qui voulaient tuer un projet, parfois, la grand-voile qui le faisait avancer.

Mais dans tous les cas, le BAPE n’a jamais été un substitut à la volonté politique. Il a des pouvoirs de recommandations et pas de pouvoirs de décision. Ceux-ci appartiennent au gouvernement.

Cela veut dire que le BAPE peut servir de bonne excuse à un gouvernement qui ne croit pas à un projet. Ou encore qu’il peut être complètement ignoré s’il n’est qu’une opinion comme une autre pour un gouvernement pressé ou qui a déjà tout décidé d’avance.

Ce qui nous amène au rapport du BAPE sur le projet de tramway à Québec. Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’actuel gouvernement du Québec a un rapport plutôt ambigu avec le projet du maire Régis Labeaume. En fait, il est clair que son cœur — et au premier rang, celui de la vice-première ministre — ne penche pas de ce côté.

Le projet phare du gouvernement Legault, c’est plutôt le troisième lien. Ce tunnel entre Québec et Lévis dont il a promis d’effectuer la première pelletée de terre avant les élections d’octobre 2022. Un projet dont on ne connaît toujours pas le budget, alors qu'on sait déjà qu’il pose encore beaucoup de questions d’ordre technique.

Pas la même marge de manœuvre

En ce qui concerne le troisième lien, les questions budgétaires n’ont pas l’air de peser lourd. Par contre, le projet de tramway n’a pas du tout la même marge de manœuvre. Il doit absolument respecter son budget de 3,3 milliards de dollars. Et le gouvernement Legault, par la voix du ministre des Transports, François Bonnardel, ajoute même des exigences.

Le gouvernement ne donnera pas son aval à ce projet, tel que déposé, s’il n’y a pas amélioration, bonification de ce projet pour les dessertes pour les banlieues de Québec, a-t-il dit.

Le premier ministre Legault en rajoute : ce sera 3,3 milliards de dollars, pas un sou de plus. Et il suggère de raccourcir le tracé du tramway dans ses portions moins achalandées pour mieux desservir les banlieues.

Juste sur le plan de la logique d’un réseau de transport, il est certain qu’on ne peut pas couper dans le centre plus peuplé pour mieux desservir des banlieues moins densément peuplées.

Alors, on fait quoi? La Ville de Québec privilégie un tracé qui permet d’établir un centre de maintenance là où il y a des terrains disponibles et où un développement urbain intéressant est possible. La CAQ préférerait qu’on aille plutôt de l’autre côté, vers des circonscriptions où se trouve sa base politique. C’est une exigence qui a plus à voir avec la politique que l’aménagement ou le transport en commun, mais c’est là, semble-t-il, où il faudrait tout de même aller.

Mais dans un tel cas, il y a une question de respect des compétences : le gouvernement impose ses choix politiques à la Ville qui devrait pourtant être celle qui détermine les questions d’aménagement de son territoire.

Le REM

Comparons maintenant avec le Réseau électrique métropolitain, le REM — dont on vient d’apprendre qu’il ne sera livré ni dans les temps ni dans les budgets prévus.

Le BAPE avait remis un rapport soulevant plusieurs points dont le promoteur du projet — la Caisse de dépôt et placement du Québec — ne voulait pas tellement parler, entre autres sur des questions d’achalandage et de confort des passagers. Dans les petits trains du REM, beaucoup de passagers qui, dans les trains de banlieue actuels, pouvaient faire un assez long trajet vers le centre-ville confortablement assis devraient désormais le faire debout. Avec des effets, entre autres, sur l’achalandage.

Mais la volonté politique était là. Le premier ministre Philippe Couillard le voyait comme son legs, la grande construction pour laquelle on se souviendrait de lui et il n’avait pas envie de s’embrouiller dans des détails. Le maire de Montréal de l’époque, Denis Coderre — qui n’avait démontré aucun intérêt pour le transport en commun au cours de son mandat — y voyait l’aubaine d’un projet clé en main dont il n’aurait pas à s’occuper. Le BAPE, c’est pas le pape, avait-il déclaré pour se rallier au projet sans réserve aucune.

Aujourd’hui, les coûts augmentent, les délais s’accumulent — elle a bon dos, la COVID! — et on commence à voir la cicatrice dans notre paysage urbain que sera ce train sur pilotis de béton. Mais il est trop tard. Malgré l’avis du BAPE, la volonté politique était là et on est allés de l'avant.

En attendant, la simple prudence devrait inciter le gouvernement à ne pas promettre des extensions du REM un peu partout sur la Rive-Sud et à Laval avant que le premier train n’ait franchi son premier kilomètre. Mais il semble que la volonté politique soit déjà en noir sur blanc dans les plans de relance économique de la CAQ.

Tout cela pour dire qu’on fait toujours des rapports du BAPE ce que les gouvernements en place veulent. Quand la volonté politique est là, il suffit de les ignorer. Quand elle n’y est pas, ils deviennent facilement l’excuse la plus commode.

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