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De plus en plus de travailleurs sociaux dans les autopatrouilles

Les deux femmes sont côte à côte, devant une voiture.

La psychoéducatrice Vicky Mégré et l'agente de police Marie-Christine Beaudin.

Photo : Radio-Canada / Davide Gentile

Débordés par l’augmentation du nombre d’interventions liées à des individus qui souffrent de problèmes de santé mentale, plusieurs corps policiers greffent des travailleurs sociaux à leurs effectifs. Mais des acteurs de la société civile souhaitent plutôt qu’on réduise les budgets policiers pour investir dans la prévention.

Vanessa Scraire est travailleuse sociale. Payée par le corps policier, elle intervient régulièrement avec le Service de police de la Ville de Saint-Eustache (SPVSE). Quand on se rend compte que c’est un dossier qui demande une approche sociale, il m’est référé, dit-elle.

Soulager les policiers

Quelques minutes plus tard, elle embarque à bord d’un véhicule de police pour se rendre sur les lieux d’une querelle de voisinage. Tout ce qu’on sait c’est qu’un locataire a frappé dans un mur, lance-t-elle aux policiers qui montent avec elle jusqu’au logement. Mon voisin tape dans le mur, faque j’ai décidé de faire pareil, dit l’occupant, une fois calmé par l’équipe.

Le besoin, ici, c’est plus une ressource au niveau du réseau de la santé pour tenter une résolution de conflit, affirme Mme Scraire.

Les policiers ne devraient d’ailleurs pas être impliqués dans la suite de ce dossier. Et c’était exactement le genre de dénouement recherché par le SPVSE lors de l’embauche de Mme Scraire.

Le SPVSE a en effet observé une hausse marquée du nombre d’appels reliés à des problèmes de santé mentale. En 2016, le corps de police a reçu 269 appels de ce type, un chiffre qui a gonflé à 370 en 2019, soit une augmentation de 38 %.

On a constaté que cette hausse de clientèle vulnérable venait monopoliser du temps pour les policiers, par exemple à attendre à l’hôpital.

François Bleau, directeur adjoint, police de Saint-Eustache

Apporter son expertise sans créer la confusion

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Des travailleurs sociaux, partenaires des policiers

Le problème touche aussi l’agglomération de Longueuil. En général, 15 % à 20 % des appels récurrents viennent des mêmes endroits et ça occupe 80 % des patrouilleurs, dit Fady Dagher, chef du Service de police de l’agglomération de Longueuil.

Son organisation s’est donc associée au CISSS de la Montérégie-Est pour former deux équipes d’urgence psychosociale. Ici, le réseau de la santé prête la psychoéducatrice Vicky Mégré, qui est jumelée à la policière Marie-Christine Beaudin. Souvent, nous les policiers, on va référer les gens au réseau de la santé. Mais en ayant l’intervenante avec nous, c’est beaucoup plus efficace, dit l’agente Beaudin.

Vicky Mégré y voit aussi un avantage. On rejoint plus de gens qui nous échappaient avec les autres services, dit-elle.

L’approche a de l’intérêt. Mais certains craignent un mélange des genres.

Il y a un risque de confusion si on veut mettre des travailleurs sociaux dans des voitures de police. Surtout que les acteurs demandent depuis des années moins de présence policière, dit Jade Bourdages, professeure à l’École de travail social de l’UQAM.

Comme plusieurs autres experts, elle estime qu’il faut réorienter une partie des budgets policiers dans la prévention. Si les policiers répondent maintenant à 80 % des situations de crise, c’est parce qu’on a réduit les budgets du travail de première ligne, dit Mme Bourdages.

Une police de concertation

Une idée qui fait bondir le chef du SPAL, Fady Dagher. Je suis contre. C’est de dire que nos services [...] ne peuvent pas s’adapter. On peut [...] et on va s’adapter, martèle M. Dagher.

Il travaille d’ailleurs à mettre sur pied une police de concertation. Chaque policier inscrira une dizaine de familles vulnérables. Elles auront son cellulaire et son horaire. Il est possible d’échanger avec lui pour régler les problèmes en amont.

Longueuil veut que la moitié de ses policiers fassent partie de ces équipes d’ici 10 ans. Le SPAL envisage même de modifier les critères d’embauche et de favoriser les candidats qui auraient des profils universitaires. On a développé des critères pour embaucher ceux qui ont des diplômes en sociologie ou criminologie, dit M. Dagher.

Les corps policiers doivent selon lui revoir leur approche qui consiste surtout à répondre à des appels. Et trouver des moyens pour mieux contrer la hausse des problèmes de santé mentale.

D’autres corps policiers ont signifié leurs inquiétudes face à ce problème dans le cadre de consultations menées à Québec. Le gouvernement Legault a mandaté un comité pour moderniser la Loi sur la police.

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