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Départ du président Pat Fiore : un indice sur la fragilité des finances de GNL Québec

Une carte indiquant l'emplacement projetée de l'usine Énergie Saguenay.

La carte montre l'emplacement projeté du projet de l'usine Énergie Saguenay.

Photo : Radio-Canada

Prenez note que cet article publié en 2020 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Les changements à la structure de direction de l’entreprise GNL Québec, provoqués par le départ du président, Pat Fiore, ne sonnent pas le glas du projet, croient la mairesse de Saguenay et le directeur général de Promotion Saguenay.

Toutefois, le geste en dit long sur la fragilité des finances de l’entreprise, estiment Josée Néron et Patrick Bérubé.

Patrick Fiore a quitté son poste de président pour devenir simple consultant pour l'entreprise. ll est remplacé de façon intérimaire par le vice-président finances et développement, Tony Le Verger, dont le poste n'est pas pourvu.

Promotion Saguenay et la Ville ont toutes deux pris position en faveur de la construction d’une usine de liquéfaction de gaz naturel au port de Grande-Anse. La mairesse et le DG sont d’avis qu’Énergie Saguenay a encore des chances de voir le jour, mais conviennent que l’argent est le nerf de la guerre. Depuis le retrait du principal bailleur de fonds de GNL Québec au printemps, la compagnie américaine Berkshire Hathaway de Warren Buffet, l’entreprise est à la recherche de financement.

J’ai vu d’autres projets qui ont vécu la même restructuration au niveau de leur organigramme, question justement de passer des périodes où on est en recherche de financement. Il faut quand même être rationnel. Si on se doit de diminuer les dépenses, il y a des choix à faire et le choix qu’ils ont fait c’est de s’assurer que la présidence et la vice-présidence ne soient qu’en une seule personne. On verra pour la suite , a commenté la mairesse Néron, qui a reçu un appel de Pat Fiore mardi soir, avant que l’annonce de son départ ne soit rendue publique dans le journal Le Quotidien.

Le rapport de la commission du BAPE sur GNL, dont les travaux ont pris fin la semaine dernière, sera aussi déterminant pour la suite des choses. Il sera remis à la mi-janvier. La plupart des mémoires déposés par les quelque 250 intervenants qui ont pris la parole lors des audiences virtuelles étaient défavorables au projet. Au total, la commission d’enquête a reçu plus de 2500 documents.

Un homme est une femme sont assis à une table. Il y a des affiches de GNL Québec derrière eux.

Pat Fiore, président de GNL Québec, et Marie-Claude Lavigne, vice-présidente Affaires publiques, avaientt rencontré les médias en octobre 2018.

Photo : Radio-Canada

On le savait que le BAPE marquerait la fin d’une étape pour l’entreprise. L’enjeu actuellement, on le voit et ils le disent publiquement, c’est le financement , analyse Patrick Bérubé.

La COVID-19 et le contexte financier mondial ont fait en sorte qu’un changement de garde s’imposait à la tête de l’entreprise, selon le directeur.

Pas surpris du tout

Patrick Bérubé et ses collègues de Promotion Saguenay n’ont pas été surpris par le changement de poste de Pat Fiore.

On avait déjà des signaux à l’interne que l’organisation s’en allait vers d’autres orientations , a confié le directeur, au cours d’une entrevue accordée à Radio-Canada.

À l’instar de Josée Néron, le DG n’interprète pas le départ du président comme une démission. Il y voit plutôt un changement stratégique.

« Ça prenait quelqu’un qui était capable d’avoir accès à des financiers et qui était capable de négocier en toute connaissance de cause avec eux. »

— Une citation de  Patrick Bérubé, directeur général, Promotion Saguenay

Selon les constats tirés par Patrick Bérubé, GNL Québec doit dénicher des dizaines de millions de dollars.

Généralement, un projet comme ça, ça a 400 à 600 millions de dépensés avant que le projet reçoive une approbation finale pour investissement. C’est les chiffres qui sont dans l’industrie et qu’on a vus avec d’autres projets dans le monde , poursuit Patrick Bérubé.

Promotion Saguenay est favorable au projet de construction d’une usine de liquéfaction de gaz naturel à La Baie, mais pas à n’importe quel prix. L’organisme demande, entre autres éléments, que soit créé un comité de maximisation des retombées économiques régionales, que les infrastructures de GNL Québec puissent servir au développement ou à l’essor d’autres entreprises de la région et que le siège social demeure à Saguenay.

Un président à la double fonction

Le départ de Pat Fiore et la fusion de son poste avec celui du vice-président, Tony Le Verger, en disent long sur la fragilité des finances de GNL Québec, relève l’économiste Éric Pineault, vertement contre le projet Énergie Saguenay. Lui et une quarantaine d’économistes ont d’ailleurs signé une lettre ouverte il y a quelques mois pour affirmer que le projet ne recèlerait pas autant de retombées que le laisse présager GNL Québec.

On a donc deux fonctions fusionnées en une. C’est clair que c’est une réduction de masse salariale probablement parce qu’on a vraiment des difficultés financières. Par ailleurs, le PDG s’en va. C’était le porte-parole principal du projet. Ce qu’il nous reste, c’est une personne plutôt junior, qui connaît bien les marchés et les dossiers et qui va défendre le projet, mais qui n’a pas du tout la stature du PDG, qui a fait ses preuves dans d’autres domaines industriels, qui connaît très bien la région et qui était très respecté comme chef d’entreprise , a déclaré l’économiste et professeur en sciences de l’environnement à l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

L’élection de Biden déterminante

Le député péquiste de Jonquière, Sylvain Gaudreault est lui aussi d’avis que le projet a du plomb dans l’aile. Comme plusieurs experts, il croit que le marché mondial du gaz naturel est voué au déclin. De nombreux experts ont d’ailleurs signifié aux commissaires du BAPE qu’il s’agira d’une source marginale d’énergie à l’échelle mondiale d’ici 2050.

L’élection du démocrate Joe Biden chez nos voisins du sud aura aussi un impact sur le projet puisque le président élu a promis que les États-Unis réintégreraient l’Accord de Paris sur le climat. Donald Trump avait pris la décision de se retirer de l’entente qui vise à limiter l’augmentation de la température moyenne mondiale à 1,5 degré Celsius d’ici 2050.

Avec Michel Gaudreau et Jean-François Coulombe

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