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La pandémie pousse des centres commerciaux de la région de la capitale vers le résidentiel

Une femme marche devant un magasin fermé

Les centres commerciaux ont vu leur achalandage fondre au cours des dernières années.

Photo : Radio-Canada / Guillaume Lafrenière

Des parcs, des lieux d’animation et du logement. La pandémie accélère le virage entamé par de mégacentres commerciaux de la région d’Ottawa et de Gatineau en misant plus que jamais sur le résidentiel.

En entrevue à Radio-Canada, le vice-président du développement immobilier chez SmartCentres pour l’est du Canada, Herbert Nunes, affirme qu’il est nécessaire pour l’entreprise de densifier rapidement les acres de terrains dont elle dispose.

En ce moment, il y a une demande pour du locatif à Gatineau. On va s’adapter au marché. On ne parle pas nécessairement de tours. On travaille aussi à des échelles différentes, affirme-t-il.

Herbert Nunes devant un commerce. Les bras allongés devant lui

Herbert Nunes entrevoit des changements importants dans les mégacentres commerciaux SmartCentres à Gatineau.

Photo : Radio-Canada / Guillaume Lafrenière

D’ici deux ans, l’entreprise souhaite changer le visage de ses centres commerciaux dans les secteurs du Plateau et du boulevard de la Gappe. Nous sommes à la table à dessin, confie M. Nunes.

La pandémie frappe (aussi) les centres commerciaux à ciel ouvert

En mars dernier, lorsque la pandémie a frappé de plein fouet, l’action de SmartCentres a perdu environ la moitié de sa valeur à la Bourse de Toronto et bon nombre de ses locataires ont éprouvé des difficultés financières.

L’entreprise estime que son taux d’occupation baissera d’environ 2 % d’ici la fin de l’année 2020 pour atteindre 95 % à l’échelle nationale.

Deux femmes marchent sur un trottoir et s'approchent d'un commerce ayant une porte extérieure.

Des mégacentres commerciaux à ciel ouvert changeront leur vocation dans les prochaines années.

Photo : Radio-Canada / Guillaume Lafrenière

Par exemple, la chaîne de vêtements pour homme Moores a annoncé la fermeture de nombreux magasins, tout comme le géant québécois du soulier Aldo. Ces deux entreprises étaient locataires de SmartCentres et leurs locaux n’ont pas été loués à d’autres bannières.

Je vous dirais qu’aujourd’hui, louer ce n’est pas la chose la plus facile, je pense qu’on doit laisser passer la pandémie.

Herbert Nunes, vice-président du développement immobilier chez SmartCentres pour l’est du Canada

La direction pouvait s'estimer chanceuse, dans les circonstances. Plus de 60 % de ses locataires sont des entreprises qui offrent des services primaires comme l’alimentation, des soins de santé ou autres grandes chaînes considérées essentielles par les gouvernements.

À travers ces eaux troubles, l’entreprise souhaite maintenant accélérer son virage pour consolider les 74 acres de terrain dont elle dispose dans ses centres du Plateau et de la Gappe.

Elle pourrait, par le fait même, répondre à une volonté de la communauté d’ajouter du logement et des espaces verts.

On veut toujours essayer de travailler autour d’un endroit de socialisation, d’avoir un secteur où on peut offrir un parc, un square. Donc, d’offrir aux gens, pas seulement un milieu où on habite, où on consomme, mais un endroit aussi où on peut se connecter, soutient M. Nunes.

Un panneau ''parc-o-bus- du Rapibus de la STO devant un magasin Golf Town

L'entreprise SmartCentres veut profiter de la proximité du transport en commun pour diversifier son offre commerciale et résidentielle.

Photo : Radio-Canada / Guillaume Lafrenière

M. Nunes cite en exemple la Laurentian Place, sur le chemin Baseline à Ottawa. Cet important projet commercial et résidentiel pour personnes âgées a été annoncé l’an dernier au coût de 150 millions de dollars en partenariat avec Groupe Sélection.

Les travaux devaient commencer au printemps dernier et l’ouverture était prévue en 2021. Or, la pandémie et les négociations avec la Ville d’Ottawa ont provoqué des retards et les travaux commenceront plutôt au début 2021.

Groupe Sélection travaille aussi sur un projet de résidences dans le secteur du Plateau, sur un terrain adjacent à celui appartenant à SmartCentres.

Cette vision rejoint la présidente de la Commission sur le développement du territoire, l'habitation et l'environnement de la Ville de Gatineau, Maude Marquis-Bissonnette, qui avait d’ailleurs organisé une consultation publique dans le quartier du Plateau sur l’avenir des centres commerciaux à ciel ouvert.

L’entreprise discute depuis des mois avec la Municipalité à ce sujet, mais aussi relativement au projet de tramway dans l’ouest de la ville.

[On essaye] de comprendre où ils s’en vont pour pouvoir s’adapter et avoir un projet qui est porteur pas seulement pour SmartCentres, mais aussi la communauté, dit M. Nunes.

Un mouvement national et international

Cela fait près de quatre ans que l’entreprise SmartCentres veut transformer ses immenses centres commerciaux à ciel ouvert en projets immobiliers commerciaux et résidentiels.

Durant la pandémie, la direction de SmartCentres s’est penchée sur l’avenir de ses 166 propriétés au Canada.

Une voiture stationnée devant un bâtiment où un enseigne ''Moores'' a été retirée.

Les magasins pour hommes Moores ont fermé bon nombre de succursales dans les derniers mois, y compris à Gatineau.

Photo : Radio-Canada / Guillaume Lafrenière

La COVID a eu sur le développement quelque chose de positif sur le fait qu’on a pu prendre une pause. On a pu bien réfléchir à nos sites, affirme Herbert Nunes.

Cette démarche de l’entreprise s’inscrit dans un mouvement national et international, selon la firme de services professionnels Deloitte.

Cet été, le groupe a publié une étude sur la transformation des centres commerciaux au pays. Deloitte a noté une baisse d’achalandage de 22 % en 2019 par rapport à 2018 et de 42 % en février 2020 par rapport à février 2019.

Un stationnement de centre commercial vide.

Le centre commercial SmartCentres situé boulevard de la Gappe pourrait accueillir des immeubles à logements dans les prochaines années.

Photo : Radio-Canada / Guillaume Lafrenière

On voyait déjà un engouement pour le commerce en ligne et une baisse d’achalandage au niveau des magasins physiques, explique Alexandra Genest.

Cette dernière est associée et leader du département de consommation pour Deloitte au Québec. La tendance notée dans les dernières années est, selon elle, en pleine accélération en raison de la pandémie. 

Pour les centres commerciaux, ça nécessite beaucoup d’investissements et qui ne peuvent pas se faire en quelques mois ou en une année. C’est pour cela qu’on commençait à voir des changements, mais le changement doit être plus rapide dû à la pandémie, dit-elle.

Il y a un empressement, il y a une volonté d’aller plus vite en termes d’investissements, parce que le commerce en ligne devient de plus en plus important, mais aussi plus permanent.

Alexandra Genest, associée et leader du secteur de la consommation au Québec chez Deloitte

Deloitte estime que l’industrie des centres commerciaux dépensera des sommes importantes dans les prochaines années pour requalifier ses installations.

Destination Vanier accélère la cadence

À 5 km à l’ouest du Centre commercial du Plateau, BBL Construction accélère la cadence pour livrer son mégaprojet commercial et résidentiel.

En février dernier, le promoteur du projet Destination Vanier prévoyait un échéancier de 10 ans. Aujourd’hui, il est de trois à quatre ans.

La vitesse est toujours une question d’offre et demande. La demande y est, donc pourquoi pas bénéficier tout de suite de l’opportunité qui se présente et c’est ce qui fait qu’on va aller plus rapidement que prévu, soutient Sylvain Bertrand.

Des voitures au milieu d'un chantier de construction. Il y a de la machinerie lourde, des fondations de béton et des morceaux de bois.

Le promoteur du projet Destination Vanier souhaite accélérer la cadence et prévoit la fin des travaux d'ici quatre ans.

Photo : Radio-Canada / Guillaume Lafrenière

S’il dit que la pandémie n’a pas influencé ses échéances, il convient que les besoins criants en matière de logements dans la région l’ont poussé à accélérer la cadence.

Ainsi, le promoteur négocie avec la Ville de Gatineau relativement à un édifice résidentiel de 10 étages. M. Bertrand souhaite désormais ériger un bâtiment de 15 étages. La Ville n’a toujours pas donné son autorisation.

Un homme devant un chantier de construction avec son casque de protection sous le bras.

Sylvain Bertrand est le président de BBL Construction et le promoteur du projet Destination Vanier.

Photo : Radio-Canada / Guillaume Lafrenière

Lorsqu’il sera terminé, le projet Destination Vanier devrait atteindre 92 900 mètres carrés utilisables, soit environ trois fois plus que les 27 870 prévus initialement.

Toute l’infrastructure a été développée pour densifier le site. On pourrait voir des bâtiments se construire à l’intérieur du stationnement  actuel.

Sylvain Bertrand, président de BBL construction et promoteur de Destination Vanier

Pour un promoteur, il y a un avantage à densifier. C’est le même terrain [sur lequel] on est capable de mettre plus de pieds carrés. La valeur du projet, du terrain, est nécessairement à la hausse affirme M. Bertrand.

Une pèle au milieu d'un chantier avec des montagnes de terres et de roche.

Le chantier du projet Destination Vanier

Photo : Radio-Canada / Guillaume Lafrenière

Selon lui, le taux d’occupation commercial est actuellement à 65 % et pourrait atteindre les 85 % le mois prochain.

Les discussions vont bon train, soutient M. Bertrand, qui souhaite avoir la totalité de ses espaces loués d’ici l’an prochain.

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