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La Ville de Longueuil abattra la moitié des cerfs du parc Michel-Chartrand

Un chevreuil qui broute.

La Ville de Longueuil considère que les chevreuils détruisent l'habitat du parc Michel-Chartrand et menacent la biodiversité.

Photo : Radio-Canada

La Ville de Longueuil s'apprête à abattre la moitié des chevreuils du parc Michel-Chartrand parce qu'ils détruisent l'écosystème, en plus de causer d’autres nuisances.

En tout, une quinzaine de bêtes vivant dans cet écosystème seront tuées. L’intervention aura lieu à la fin novembre pendant la nuit et sera exécutée par des équipes spécialisées dans ce type de capture.

Carl Boisvert, porte-parole de la Ville de Longueuil, décrit le déroulement planifié des opérations : On capture la bête. On procède sur place à l'euthanasie pour éviter le stress. Par la suite, la viande va être transportée dans un abattoir, pour ensuite la redistribuer à Moisson Rive-Sud.

La Ville maintient qu’elle n'avait plus le choix, car la surpopulation de cerfs met en péril la biodiversité animale et végétale.

À force d’avoir beaucoup de chevreuils, ils piétinent tout ce qui est végétation autour, en plus de la manger, ce qui fait qu'il y a une moins grande diversification de la végétation dans le parc.

Une citation de :Carl Boisvert, porte-parole de la Ville de Longueuil

Le parc Michel-Chartrand abrite un habitat naturel d'une superficie de deux kilomètres carrés en plein cœur de Longueuil.

On comptait 32 chevreuils dans le parc en 2017, selon un inventaire aérien. Ils sont devenus deux fois trop nombreux pour permettre à la nature de se revitaliser, d’après la Municipalité. On dénombre actuellement une centaine de cerfs en tout sur le territoire de la Ville de Longueuil, ce qui inclut ceux vivant dans le boisé Du Tremblay.

Un panneau routier indiquant la présence de chevreuils.

Des dizaines d'accidents impliquant des chevreuils surviennent chaque année à Longueuil.

Photo : Radio-Canada

Leur forte concentration a des conséquences collatérales, comme les dommages causés aux haies des résidences voisines et le risque de collisions avec un véhicule aux limites du parc. En 2019, 38 accidents du genre ont été signalés sur tout le territoire de Longueuil.

Mécontentement

Cette décision de la Ville de tuer une partie des cerfs ne semble pas convenir à plusieurs usagers du parc.

Moi, je suis contre ça. Ils sont capables de les mettre ailleurs, lance une résidente qui fréquente régulièrement l’endroit.

Si ça peut aider d'autres gens, tant mieux, mais en même temps, je trouve ça dommage. On pourrait juste les déplacer ailleurs, estime une jeune femme rencontrée dans le parc.

Les retirer, cela ne me dérange pas; qu'on les mette ailleurs. Mais les tuer! […] Il y a d'autres possibilités, croit un homme croisé sur place.

C'est sûr que ce n'est pas une décision que je prendrais, mais je suis tout à fait conscient que ça peut poser des problèmes, dit un cycliste qui y circulait.

Déplacer le problème

Or, la Ville se défend en arguant que transporter les animaux ailleurs n'aurait fait que déplacer le problème.

Si les bêtes du parc Michel Chartrand sont affectées par une maladie, bien, à ce moment-là, on serait en train de contaminer un cheptel complet dans les Laurentides, indique Carl Boisvert.

Carl Boisvert devant des arbustes.

Longueuil s'attaque à sa population de chevreuils

Photo : Radio-Canada

La biologiste Anaïs Gasse, du ministère de la Forêt, de la Faune et des Parcs du Québec, assure qu’il est très difficile relocaliser les cerfs.

Le déplacement des cervidés est très stressant pour eux. Souvent, il y a plus de la moitié des cerfs qui vont décéder dans les heures qui suivent ou même les jours qui suivent leur déplacement, a-t-elle expliqué en entrevue à l’émission Le 15-18, diffusée sur ICI Première.

Aussi, c’est [difficile] de trouver un bon endroit d’accueil. Si on prend un cerf qui est habitué dans les conditions de la Montérégie et on aimerait le déplacer dans un endroit comme au Bas-Saint-Laurent ou dans les Laurentides, où les hivers sont plus rigoureux, c’est définitivement plus difficile pour le cerf de s’adapter à ces nouvelles conditions, ajoute-t-elle.

Anaïs Gasse explique entre autres la surpopulation de cerfs au parc par des conditions météorologiques hivernales clémentes.

Un chevreuil qui broute.

Déplacer les chevreuils dans un autre écosystème ne constitue pas une mince affaire.

Photo : Radio-Canada

En Montérégie, on se rend compte que les hivers sont doux. Cela va faire le bonheur de certains, mais malheureusement, les hivers doux et peu neigeux ont un impact sur le cheptel de cerfs qui, lui, n’aura pas de mortalité associée à des hivers plus rigoureux. Donc la régularisation ne se fait pas, observe-t-elle.

De plus, elle remarque une baisse du nombre de chasseurs dans la région et l’absence, voire la rareté de prédateurs naturels de l’espèce.

Un problème similaire ailleurs

La surpopulation de chevreuils ne touche pas seulement la Ville de Longueuil : c'est un phénomène qu'on constate ailleurs sur la Rive-Sud. Le parc national des Îles-de-Boucherville et le parc national du Mont-Saint-Bruno, tous deux gérés par la Société des établissements de plein air du Québec (Sépaq), font face au même problème. L’organisation a même créé un comité régional pour trouver des solutions.

En 2018, au mont Saint-Bruno, on a recensé 148 cerfs, ce qui représente une augmentation de 38 % par rapport à 2009.

Tanya Handa, responsable du comité scientifique de la Fondation du Mont-Saint-Bruno, soutient que la population de chevreuils a dépassé la capacité du milieu de se régénérer.

Tanya Handa photographiée dans le bois.

Tanya Handa est responsable du comité scientifique de la Fondation du Mont-St-Bruno.

Photo : Radio-Canada

On estime une densité de population d'environ 14 cerfs par kilomètre carré, ce qui représente [un chiffre] trois fois plus [élevé] que ce à quoi on s'attend pour avoir des populations de végétation en santé, a-t-elle affirmé.

Normalement, ici, dans la forêt, on aurait des étendues de plantes comme le trille et d'autres plantes printanières. On n'observe plus cette floraison. On observe très peu de sous-bois. Les cerfs broutent la revégétation, constate-t-elle.

La Sépaq n’a pas encore pris de décision concernant l’avenir de ces animaux, malgré des années à documenter le problème.

Avec les informations de Jean-Sébastien Cloutier et d’Annie Desrochers

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