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Analyse

Nervosité au sein du caucus de la CAQ

Le premier ministre du Québec, François Legault, avec sa main droite devant sa bouche durant une conférence de presse.

La franchise de François Legault a créé de la nervosité au sein du caucus, nous dit Martine Biron.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

L’avertissement vient d’en haut, du premier ministre François Legault. À plus d’une reprise, lors des caucus hebdomadaires de l’automne, le chef Legault a dit à ses députés que rien n’était acquis pour les prochaines élections.

La Coalition avenir Québec (CAQ) a déjà identifié une vingtaine de circonscriptions plus fragiles. M. Legault en a nommé au moins deux : Châteauguay et Soulanges.

Le premier ministre est un livre ouvert, précise un de ses proches conseillers. Sa franchise a toutefois créé beaucoup de nervosité au sein du caucus. Surtout qu’on demande aux députés, semaine après semaine, de s’activer sur le terrain, d’accélérer le financement et de tâter l’humeur dans les circonscriptions. Pandémie ou pas, le rendez-vous électoral de 2022 approche et la machine caquiste est en marche.

C’est vraiment pas le fun de faire de la politique ces temps-ci, affirme un député. Je fais la plante verte, dit un autre élu, ajoutant que les députés sont tannés.

La politique est un sport d’équipe, mais la COVID-19 a bouleversé les façons de faire et isolé les députés. Ils travaillent très souvent de la maison et ne peuvent ni organiser des événements dans leur circonscription ni y participer. Difficile et même gênant, dans ce contexte, de demander à un entrepreneur, à un commerçant ou à tout autre individu, en zone rouge, de donner à la caisse du parti.

Sans compter que toutes les réunions du caucus organisées depuis mars dernier sont virtuelles; les députés ne se voient plus et se sentent loin des ministres. Non seulement ils s’ennuient, mais ils sont aussi inquiets pour leur avenir.

Le chef tente d’apaiser leur anxiété lors de longs caucus en ligne. Reconnu pour son impatience, François Legault est, selon plusieurs sources, très à l’écoute des doléances de ses députés. Il reste que, loin des yeux, loin du cœur, l’esprit d’équipe caquiste est mis à l’épreuve.

Les ministres aussi sont nerveux

Le congédiement, pour le moins brutal, de l’ancienne ministre des Affaires autochtones Sylvie D’Amours a créé une onde de choc. C’est après l’avoir désavouée publiquement que le premier ministre l’a rencontrée pour lui dire qu’elle perdait son ministère.

Fâchée et humiliée, elle est sortie du bureau en trombe et a immédiatement pris la route vers sa circonscription de Mirabel. On l’a laissée seule, dit l'un de ses proches, alors qu’elle pleurait sa vie. La rumeur a couru qu’elle voulait quitter le caucus, mais on ne l’entend plus depuis que la poussière est retombée.

La seule bonne nouvelle de cet épisode, selon un stratège politique, c’est que les ministres ont la chienne; ils savent qu’ils doivent se surpasser.

Le remplaçant de Mme D’Amours, Ian Lafrenière, ratisse large. On dit qu’il a reçu plus de 800 textos de félicitations lors de sa nomination. Il a des amis partout, dit un député qui a travaillé avec lui; c’est une véritable formule 1 qu’il faudra surveiller.

Mais d’autres sont sur la touche. Du renfort a été envoyé au cabinet de la ministre de l’Immigration, Nadine Girault, pour que cette dernière améliore ses communications. Le Parti québécois réclame depuis des mois le renvoi de Marie-Ève Proulx, responsable du Bas-Saint-Laurent, de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine. Et si Chantal Rouleau a peut-être encore le titre de responsable de la Métropole, il est clair pour plusieurs qu’elle n’est plus dans le coup.

Certains ministres sont donc inquiets, mais d’autres moins. C’est le cas de l’influent ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, blâmé pour un accroc aux règles d’éthique et de déontologie, qui conserve l’appui du premier ministre. Certains députés estiment qu’il bénéficie d’un traitement de faveur, mais pour François Legault, cette affaire aura peut-être un prix. En votant en faveur du rapport qui sanctionne son ministre, il achète la paix politique, mais sert un camouflet à son bras droit et ami personnel. En politique, certaines blessures ne guérissent pas toujours bien.

Parler de relance économique

La priorité, c’est la santé publique, répète le premier ministre régulièrement. Or la CAQ veut aussi parler de relance économique. C’est un peu compliqué. Des annonces de projets d’investissement importants ont dû être reportées. Le plan d’action pour la langue – qui prévoit la création d’un poste de commissaire à la langue française – est prêt, mais il ne sera vraisemblablement pas présenté avant janvier.

Pour l’heure, le gouvernement a deux priorités, mis à part la pandémie, cet automne. La mise à jour économique et budgétaire présentée jeudi par le ministre des Finances, Eric Girard, se veut le premier jalon du plan de relance. On espère que les mesures présentées apaiseront, du moins un peu, la morosité ambiante.

L’autre priorité est l’adoption du projet de loi sur l’accélération de certains projets d’infrastructure, piloté par la présidente du Conseil du Trésor, Sonia LeBel. Il prévoit notamment la construction rapide de nombreuses écoles et maisons des aînés dans plusieurs circonscriptions que la CAQ a ciblées.

Celles qui sont en danger, mais aussi d’autres… Celles que la CAQ pourrait prendre.

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