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Faute de machinerie, 15 000 tonnes de verre au dépotoir

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Équipement de tri dans la cour du centre de tri de Lachine

Le reportage de Jean-Philippe Robillard

Photo : Radio-Canada

Un an après l'ouverture du centre de tri de Lachine, un équipement servant à trier le verre n'est toujours pas installé, a appris Radio-Canada. La machinerie, d'une valeur de 3 millions de dollars, repose en pièces détachées dans la cour, exposée aux intempéries. Au cours de la dernière année, le centre a donc acheminé environ 15 000 tonnes de contenants de verre à l’enfouissement, selon nos informations.

Un an après son ouverture, le nouveau centre de tri des matières recyclables de Lachine, construit au coût de 45 millions de dollars, demeure ainsi en « rodage ». Il reçoit pourtant chaque jour environ 80 camions remplis de matières recyclables que les Montréalais ont mises dans leur bac de récupération. Des tonnes de papier, de plastique et de verre à trier.

L’équipement de triage du verre, offert par Éco Entreprises Québec, devait permettre de produire un granulat d’une pureté suffisante pour approvisionner la fonderie Owens-Illinois.

Par courriel, la Ville de Montréal nous a fait savoir que le verre est utilisé pour l’instant comme recouvrement dans les sites d'enfouissement. Le verre est valorisé dans un lieu d'enfouissement comme matériau d'aménagement en substitution à des granulats naturels dans le respect des exigences en vigueur, écrit la porte-parole Gabrielle Fontaine-Giroux.

Le directeur général du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets, Karel Ménard, déplore cette situation :  Quinze mille tonnes de verre qui s'en vont au dépotoir, du verre que les Montréalais mettent dans le bac de récupération, je trouve qu'après un an, ce n'est pas acceptable.

Portrait de Karel Ménard.

Karel Ménard, directeur général du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets.

Photo : Radio-Canada

L'administration Plante fondait beaucoup d'espoir en ce nouvel équipement pour améliorer le recyclage du verre à Montréal. Lors de l’inauguration du centre de tri de Lachine, en mars 2019, la mairesse Valérie Plante affirmait qu’avec une installation comme celle-ci, [Montréal] va pouvoir valoriser le verre encore plus, parce que le système de nettoyage va être plus performant.

Mais le gestionnaire initial du site, Rebuts solides canadiens (TIRU), n’a jamais installé la machine tel que prévu. Il a cessé ses activités à Montréal plus tôt cette année.

C'est un dossier que Projet Montréal et l'administration Plante ont complètement bousillé.

Francesco Miele, porte-parole de l’opposition officielle en matière d’environnement, Ensemble Montréal

Le nouveau gestionnaire du centre de tri de Lachine depuis quelques mois promet que les choses vont changer. On est supposé installer la machine bientôt. On avance tranquillement pas vite avec tout ce qu'on a ramassé quand TIRU est parti, précise le président de Services Ricova, Dominic Colubriale.

Un centre de tri en rodage

Il n'y a pas que le triage du verre qui pose des défis au nouvel exploitant du centre de tri : des contaminants figurent dans les ballots de papier.

Parmi les contaminants, on trouve des matières autres que le papier, comme des plastiques, des métaux et matières non visées, incluant les mouchoirs, essuie-tout, serviette de table, cartables, etc., précise-t-on à la Ville de Montréal. Les statistiques pour les ballots de plastique ne sont toutefois pas disponibles.

Selon les informations obtenues auprès de la Ville de Montréal, au centre de tri de Lachine, la concentration de fibres dans les ballots de papiers mixtes est de 83 % [...] et la concentration de fibres dans les ballots de papiers journal est de 85 %. Le taux de contaminants est donc de 15 ou 17 %.

À titre comparatif, le taux moyen de contamination des ballots de papiers mixtes est de 25 % au Québec, selon une étude de caractérisation d’Éco Entreprises Québec.

La porte-parole de la Ville de Montréal Gabrielle Fontaine-Giroux précise que la période de rodage a débuté en novembre 2019 [...], la faillite du précédent titulaire du contrat a en effet retardé ces travaux. [...] L'entreprise Services Ricova a repris le contrat le 31 juillet dernier.

Karel Ménard s’étonne malgré tout qu’on ne parvienne pas encore à produire des ballots de meilleure qualité. Dix-sept pour cent, c'est énorme, parce que c'est au-delà de ce que les acheteurs peuvent accepter comme contamination. La plupart des pays d'Asie acceptent toujours les matières recyclables de l'Amérique, mais avec des taux qui frôlent 1 ou 2 %.

Pour Francesco Miele, porte-parole de l’opposition officielle en matière d’environnement à Ensemble Montréal, après un an, le rodage n’est pas terminé, la machinerie n’est pas complétée, et ce qu’[ils] entendent [les] préoccupe au plus haut point.

De son côté, le président de Services Ricova, Dominic Colubriale, est confiant de réduire le taux de contaminants des ballots de papier à moins de 5 %. Il faut investir beaucoup et il faut ralentir les lignes de tri, dit-il. C'est en réduisant et en ajouter plus de tri d'optique [...]. Moi, j'aimerais ça être capable d'arriver à 2 ou 3 %.

Portrait de Dominic Colubriale dans son bureau.

Dominic Colubriale est président de Services Ricova.

Photo : Radio-Canada

On essaye fort de faire réussir Lachine, parce que c’est malheureux. C’est un beau centre, c’est nouveau.

Dominic Colubriale, président de Services Ricova

L'objectif du centre est d'optimiser les revenus des ventes par rapport aux [frais d'exploitation], a tenu à rappeler Gabrielle Fontaine-Giroux, porte-parole de la Ville de Montréal. Pour cette raison, la Ville n'a pas imposé de niveau de pureté des ballots, pour assurer une plus grande flexibilité de l'infrastructure en fonction des évolutions du marché.

La Ville de Montréal n’a pas donné suite à notre demande d’entrevue avec le responsable politique du dossier du recyclage.

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