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Le Cégep de Lévis critiqué pour sa gestion du harcèlement

Le stationnement et le bâtiment principal du Cégep de Lévis photographiés en automne.

Un jugement du Tribunal administratif du travail a plongé le Cégep de Lévis dans une crise de gouvernance sans précédent.

Photo : Radio-Canada / Sébastien Vachon

L’accompagnateur désigné par Québec pour résoudre la crise qui sévit depuis près de six mois au Cégep de Lévis est loin de faire l’unanimité. Les syndicats se demandent si sa nomination n’est pas un moyen de glisser sous le tapis le problème de harcèlement psychologique au sein de la haute direction.

Le 15 mai dernier, le Tribunal administratif du travail (TAT) a condamné le Cégep de Lévis à verser 42 000 $ à un ex-cadre qui a subi du harcèlement psychologique.

Le jugement visait principalement la directrice générale du cégep, Isabelle Fortier, et la directrice des ressources humaines, Anne Carrier. La première est en congé de maladie depuis le 28 mai, tandis que la seconde a quitté ses fonctions le 25 juin.

Le conseil d’administration (CA) du Cégep de Lévis a déposé une demande de révision judiciaire, estimant que le jugement du TATcomporte plusieurs erreurs manifestement déraisonnables .

Une enseigne murale du Tribunal administratif du travail.

Le conseil d'administration du Cégep de Lévis a demandé une révision du jugement du Tribunal administratif du travail (archives).

Photo : Radio-Canada / Alain Rochefort

La démarche a été très mal reçue par les syndicats qui représentent les professionnels, les professeurs et les employés de soutien du cégep. Ils auraient préféré que le CA prenne acte du jugement du TAT et s’attaque sans plus tarder au problème de harcèlement psychologique.

Relations tendues

Au cours des derniers mois, les relations entre le CA et le comité de direction, d’une part, et les syndicats, d’autre part, n’ont cessé de se détériorer. Plusieurs administrateurs et dirigeants ont remis leur démission ou sont partis en congé de maladie.

À la demande du CA, la ministre de l’Enseignement supérieur, Danielle McCann, a désigné au cours de l’été un accompagnateur au Cégep de Lévis. Le mandat de Serge Brasset consiste à aider l’établissement à  résoudre ses problèmes et à retrouver un climat de confiance mutuelle et de collaboration .

Mme Fortier accorde une entrevue au micro de Radio-Canada lors d'un point de presse en 2017.

La directrice générale du Cégep de Lévis, Isabelle Fortier, est en congé de maladie depuis le 28 mai (archives).

Photo : Radio-Canada

Le communiqué annonçant sa nomination ne fait aucunement allusion au harcèlement psychologique. Le Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ) y voit une preuve du refus de la direction et du Ministère à reconnaître l’existence du problème.

 Ça nous inquiète de voir que le monsieur qui a été envoyé n’a aucun mandat de se pencher sur la question et de la gouvernance et du harcèlement au travail, alors que c’est clairement ce qui est à l’origine des problématiques , déplore le secrétaire général du SPGQ, Adi Jakupović.

On se pose la question si vraiment il est là, peut-être, pour donner une absolution complète à la direction puis [...] étouffer l’affaire.

Adi Jakupović, secrétaire général du SPGQ
Plan rapproché d'une lettre portant la signature de Danielle McCann.

La ministre de l'Enseignement supérieur a écrit à la secrétaire du CA du Cégep de Lévis, le 17 juillet, pour l'informer de la nomination de Serge Brasset à titre d'accompagnateur.

Photo : Radio-Canada / Louis Gagné

Les syndicats soupçonnent les administrateurs de vouloir protéger la directrice générale, Isabelle Fortier. Ils rapportent qu’au cours d’une rencontre du CA, il a été évoqué que l’obligation de suivre une formation sur le harcèlement pourrait représenter une sanction appropriée à son endroit.

 On n’est pas à la maternelle 

La CSN, qui représente les professeurs et les employés de soutien, juge que cette proposition n’est pas du tout à la hauteur des fautes reprochées à Mme Fortier.

 On n’est pas à la maternelle là. On est dans un cégep, on fait affaire avec deux femmes [dont la directrice générale] qui étaient en autorité [...] Je pense qu’on est un peu plus loin que de simples cours de formation [sur le harcèlement] , plaide la présidente du Conseil central de Québec–Chaudière-Appalaches (CSN), Ann Gingras.

Ann Gingras lors d'une entrevue en visioconférence accordée à Radio-Canada.

Ann Gingras invite le Cégep de Lévis à reconnaître les conclusions du jugement du TAT et à en faire davantage pour lutter contre le harcèlement psychologique.

Photo : Radio-Canada

Le Cégep de Lévis se défend de  fermer les yeux  sur le problème de harcèlement psychologique et de chercher à protéger Isabelle Fortier. Le directeur général par intérim, Guy Patterson, soutient qu’il n’y a pas lieu de débattre d’éventuelles sanctions tant que le processus de révision du jugement du TAT suit son cours.

 Je peux comprendre que les représentants syndicaux sont peut-être insatisfaits de cet échange-là, mais en même temps, je trouve qu’il est prématuré pour présumer de ça, sans jugement , affirme le gestionnaire.

Il ajoute que les cas de harcèlement sont rares au Cégep de Lévis. L’établissement, assure M. Patterson, prend le problème au sérieux et veille au respect de sa politique visant à contrer la violence et le harcèlement.

Pas de lien avec le jugement, dit Québec

De son côté, le cabinet de la ministre de l’Enseignement supérieur tient à préciser que la nomination d’un accompagnateur n’a pas de lien avec la décision du tribunal.

La venue de Serge Brasset, précise-t-on, a pour objectif de résoudre les problèmes au sein du CA et des instances du cégep; problèmes que les récents événements ont fait ressortir et exacerbés au point de nuire au bon fonctionnement de l’institution.

Gros plan de Danielle McCann en conférence de presse.

Le cabinet de Danielle McCann (photo) estime que le CA du Cégep de Lévis sera en mesure de donner les suites appropriées au jugement du TAT (archives).

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

L’audition de la requête en révision du jugement du TAT doit avoir lieu le 20 novembre. Une fois que la Cour supérieure aura rendu sa décision, l’entourage de Danielle McCann mentionne qu’il reviendra au CA du cégep de prendre les décisions qui s’imposent.

 Le jugement est en révision. Nous sommes confiants que le conseil y donnera les suites appropriées. Par ailleurs, nous réprouvons vivement toutes formes de harcèlement psychologique , indique le cabinet de la ministre dans une déclaration écrite transmise à Radio-Canada.

L’accompagnateur nommé par la ministre de l’Enseignement supérieur a rencontré jusqu’ici une trentaine de cadres et d’administrateurs du Cégep de Lévis. Les présidents des trois syndicats ont toutefois décliné son invitation à le rencontrer individuellement.

Serge Brasset fera part de ses constats à la ministre de l’Enseignement supérieur à la mi-décembre, lors du dépôt de son rapport d’étape. À partir de janvier, l’accompagnateur s’intéressera aux solutions permettant de résoudre les problèmes observés.

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