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Une nouvelle consultation, mais peu d'espoir pour le caribou de la Gaspésie

Un caribou mâle, de profil, avance sur un sol rocheux, en hiver.

Il reste environ 70 caribous en Gaspésie. Environnement Canada estime que le troupeau pourrait disparaître d'ici 50 ans (archives).

Photo : SEPAQ/Denis Desjardins

Menacé d'extinction, le caribou de la Gaspésie fait couler de l'encre. Mais alors qu'Environnement Canada mène une consultation publique et que Québec planche sur une nouvelle stratégie, un expert se demande où sont les actions concrètes pour sauver le troupeau.

La situation du caribou de la Gaspésie vous tient à cœur? Jusqu'au 15 décembre, il est possible de participer par courriel à la consultation publique d'Environnement Canada.

Sur son site web, le Ministère explique que l'objectif est de recueillir les commentaires du public au sujet de la proposition du Programme de rétablissement modifié du caribou des bois, population de la Gaspésie-Atlantique, publié dans le Registre public des espèces en péril.

Ces commentaires doivent être pris en compte lors de l'élaboration de la version finale du programme.

Deux caribous montagnards de la Gaspésie en hiver.

Le caribou de la Gaspésie est classé au fédéral comme espèce en voie de disparition depuis l'année 2000, et au provincial comme espèce menacée depuis 2009, mais son déclin continue (archives).

Photo : Radio-Canada

Le Ministère précise cependant que la publication du programme ne déclenchera pas automatiquement la mise en place de mesures de protection additionnelles.

Pourtant, le caribou de la Gaspésie est classé comme espèce en voie de disparition depuis l'année 2000, et sa population continue de décliner. Selon les dernières estimations, il ne reste plus que 70 caribous sur la péninsule.

On sait depuis plusieurs années ce qu'il faut faire, mais ça prend du leadership.

Martin-Hugues Saint-Laurent, biologiste et professeur-chercheur à l'UQAR

Le biologiste et professeur-chercheur à l'UQAR, Martin-Hugues Saint-Laurent, estime que plusieurs solutions pourraient être mises en place pour rétablir le troupeau gaspésien.

Par exemple, la mise en captivité de certains individus pour leur permettre de se reproduire à l'abri des prédateurs, le déménagement de caribous issus de populations en santé vers des troupeaux qui vont moins bien, et le contrôle des prédateurs. Ces mesures ont déjà fait leurs preuves ailleurs au pays et en Europe.

Martin-Hugues Saint-Laurent lors d'une entrevue, en été. Il se tient sur un ancien chemin forestier bordé de feuillus et de conifères.

Le biologiste Martin-Hugues Saint-Laurent étudie le caribou de la Gaspésie depuis plus de 10 ans (archives).

Photo : Radio-Canada

Le contrôle des prédateurs est d'ailleurs déjà pratiqué en Gaspésie, mais de façon insuffisante, selon le biologiste.

Une intensification du programme est probablement nécessaire pour abaisser la densité de prédateurs dans la péninsule gaspésienne en entier, et pas juste en pourtour des montagnes, là où on fait actuellement du contrôle des prédateurs, avance M. Saint-Laurent.

La Gaspésie en entier fournit des prédateurs au parc national, il y a de la prédation par débordement; des prédateurs qui s'en vont dans le parc parce qu'on a fait un vide de prédateurs là et qui remplacent ceux qu'on vient de récolter, explique-t-il.

La coupe forestière : facteur ultime du déclin du caribou

Le biologiste prévient cependant qu'aucune mesure ne sera efficace si le gouvernement continue de permettre les coupes forestières dans l'habitat du caribou.

La coupe forestière joue un rôle central. Plus de coupes forestières, c'est plus de petits fruits et de petites proies qui gardent la densité de prédateurs élevée, qui s'attaquent aux caribous, explique M. Saint-Laurent.

Pourquoi on a une densité de prédateurs aussi élevée en Gaspésie? C'est essentiellement parce qu'on a écrémé les forêts matures et qu'on les a remplacées par de jeunes forêts dans les 30 à 40 dernières années, ajoute-t-il.

Même si on fait du contrôle de prédateurs, même si on introduit de nouveaux caribous, tant et aussi longtemps qu'on ne freine pas l'aménagement forestier qui rajeunit les forêts autour du parc national de la Gaspésie, ça ne marchera pas.

Martin-Hugues Saint-Laurent, biologiste et professeur-chercheur à l'UQAR

La perte des forêts matures prive aussi le caribou du lichen essentiel à son alimentation. Et c'est une perte qui ne se remplace pas facilement : il faut attendre au moins 60 ans avant qu'une forêt soit considérée mature.

Une nouvelle stratégie d'ici 2022

Québec travaille actuellement sur l'élaboration de la stratégie pour les caribous forestiers et montagnards, qui doit voir le jour d'ici 2022.

C'est beaucoup trop tard, déplore M. Saint-Laurent.

On va perdre de la marge de manœuvre pour toutes les hardes isolées, Val-d'Or, Charlevoix et Gaspésie, estime-t-il.

Le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) indique sur son site web que l'objectif de cette stratégie est de répondre adéquatement aux besoins des caribous forestiers et montagnards de manière à assurer à la fois la pérennité de l’espèce et la vitalité du Québec et de ses régions, sans impact sur l’industrie forestière et ses travailleurs.

Un caribou montagnard de la Gaspésie.

Le caribou montagnard de la Gaspésie vit en altitude, dans les sommets des Chic-Chocs. Il a également besoin de forêts matures pour se nourrir de lichen et se mettre à l'abri des prédateurs (archives).

Photo : Radio-Canada

Questionné sur la différence entre cette stratégie et le Plan de rétablissement de la population de caribous de la Gaspésie 2019-2029, le MFFP répond par courriel que le plan de rétablissement guide les actions du gouvernement mais ne crée pas d’obligation pour ce dernier. Le Ministère ne précise pas ce qui distinguera la stratégie.

Un flou qui inquiète M. Saint-Laurent.

Des plans, on en a, souligne le biologiste. Maintenant, comment ces orientations-là vont être prises en compte par le Ministère et les décideurs en charge? C'est une question qui interpelle plus le leadership politique que les connaissances scientifiques.

De la manière à laquelle je vois le dossier du caribou être relégué aux calendes grecques dans les priorités gouvernementales, c'est sûr que je suis pessimiste.

Martin-Hugues Saint-Laurent, biologiste et professeur-chercheur à l'UQAR

Est-ce que la protection d'une espèce menacée qui est inscrite dans la loi est vraiment une priorité? On peut se permettre d'en douter, avance M. Saint-Laurent.

S'il s'avoue pessimiste à contrecœur, le biologiste refuse de perdre espoir tant que le caribou aura encore une chance.

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