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Des demi-classes pour freiner la COVID, recommande l'OMS

Les partis d'opposition et les syndicats du Québec demandent aussi de réduire la taille des classes. « Impossible », estime le gouvernement.

Des mains levées dans une classe.

Il n'est pas rare d'avoir des classes de 30 élèves au Québec.

Photo : Getty Images / skynesher

Le directeur responsable de l'enfance et de l'adolescence à l'Organisation mondiale de la santé (OMS), le Dr Anshu Banerjee, recommande au Québec de limiter le nombre d'élèves par classe, dans une entrevue accordée à Radio-Canada.

S'ils sont 30 élèves ensemble et que la salle est petite, ils seront encore à risque de s’infecter les uns les autres, et ça, on veut l’éviter.

Le Dr Anshu Banerjee, directeur responsable de l'enfance et de l'adolescence à l'OMS

Alors que les écoles sont la source de près de 30 % des éclosions qui surviennent au Québec, deux visions s'affrontent parmi les experts de la santé publique provinciale au sujet des mesures à prendre pour les élèves de la troisième à la cinquième secondaire.

D'un côté, le gouvernement et le directeur national de santé publique, Horacio Arruda, estiment qu'il faut maintenir les groupes-classes tels quels, sous forme de bulles, même s'il y a 30 élèves dans la même salle. Une classe vient à l'école un jour sur deux.

De l'autre côté, l'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) estime que la priorité doit être donnée à la réduction du nombre d'élèves par classe, pour assurer plus de distanciation physique dans les salles, même si cela demande un peu plus d'organisation. Une moitié de classe viendrait à l'école une journée et l'autre moitié, le lendemain.

Ce débat a soulevé les passions récemment alors que le gouvernement a été accusé de ne pas avoir suivi les recommandations des experts de l'INSPQ.

C'est impossible d'alterner l'enseignement avec des demi-classes, avait rétorqué le premier ministre François Legault, même si des écoles québécoises y sont pourtant parvenues.

En Ontario, la taille des classes a été limitée en rendant la présence physique facultative et en permettant la webdiffusion des cours. Au Nouveau-Brunswick, le nombre d'élèves dans un même local a également été réduit.

Au Danemark, en Autriche et en Italie, la taille des classes a été diminuée pour permettre d'espacer les pupitres.

Réduire le nombre d'élèves... ou tout faire pour les distancier

Anshu Banerjee, directeur du département de la santé, de la maternité, des nouveau-nés, de l'enfance et de l'adolescence à l'OMS

Anshu Banerjee, directeur du département de la santé, de la maternité, des nouveau-nés, de l'enfance et de l'adolescence à l'OMS

Photo : OMS

Lors d'une entrevue avec lui, nous avons présenté au Dr Anshu Banerjee la façon de faire québécoise, avec un groupe-classe maintenu dans une seule bulle.

Le ministère de l'Éducation du Québec vante l'effet d'une telle mesure sur la réduction du nombre d'élèves dans les corridors et à la cafétéria. Or, cela ne change rien dans la salle de classe, rétorque le Dr Banerjee.

Si j'ai une classe de 30 élèves, j'aimerais alterner et créer des bulles, explique-t-il. Quinze élèves viendraient en classe aujourd'hui, pendant que 15 suivraient la classe en ligne, depuis la maison. Et demain, on fait l'inverse. La classe est ainsi divisée en deux bulles de 15.

Selon le Dr Banerjee, si on n'a pas le choix d'avoir 30 élèves dans la classe, il faut tout faire pour distancier les élèves les uns des autres d'au moins un mètre.

Enlevez les meubles inutiles dans la salle pour avoir plus d’espace et éloignez les étudiants les uns des autres. Si on n’a toujours pas un mètre de distance entre eux, dans ce cas, il faut peut-être réduire le nombre d’élèves dans la classe. On peut couper la classe en deux avec une alternance de présence à l'école un jour sur deux ou le matin et l'après-midi.

Le Dr Anshu Banerjee, directeur responsable de l'enfance et de l'adolescence à l'OMS

En ce qui concerne les bulles, le Dr Banerjee recommande 10 élèves qui forment un groupe, prennent leur repas ensemble, étudient ensemble... Et, s'il y a un cas de COVID-19, on a seulement à faire le dépistage de la bulle, explique-t-il.

Le directeur de l'OMS précise que tout dépend de l'école, du cadre et de ce qu'il est possible de faire. Il y a plusieurs stratégies que les écoles peuvent utiliser et elles doivent décider ce qui fonctionne pour elles.

Quand le ministre de l'Éducation citait le Dr Banerjee

Le 20 octobre, le ministre de l'Éducation du Québec a participé à une vidéoconférence internationale offerte par l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO), durant laquelle le Dr Banerjee a fait une présentation.

Le même jour, à l'Assemblée nationale, Jean-François Roberge a fait référence au directeur de l'OMS : Il nous disait essentiellement qu'il fallait faire des mesures dans les écoles, pour les garder ouvertes, de distanciation sociale; appliquer l’étiquette respiratoire; faire de l'alternance entre des jours à l'école et des jours à la maison pour les plus grands; avoir des horaires différenciés; appliquer les bulles-classes; donner des masques pour les élèves de 10 à 12 ans et plus; nettoyer davantage; avoir des tables séparées dans les cafétérias; et faire de la sensibilisation et davantage de surveillance.

Jean-François Robert au Salon bleu.

Le ministre de l'Éducation du Québec, Jean-François Roberge

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

C'est exactement ce qu'on fait. On suit la recommandation de l'OMS. J'ai eu la confirmation ce matin.

Jean-François Roberge, ministre de l'Éducation du Québec, le 20 octobre, à l'Assemblée nationale

Nous avons demandé au bureau du ministre pourquoi, au regard des propos du Dr Banerjee, il ne suit pas les recommandations de l’OMS et de l’INSPQ.

Plusieurs discussions ont eu lieu entre la direction de la santé publique et le ministère de l’Éducation entre le moment où le premier plan de la rentrée scolaire a été déposé en juin et au moment de l’actualisation du plan, a répondu par courriel l'attachée de presse du ministre, Geneviève Côté.

Au final, la solution retenue devait passer le test de la réalité terrain et convenait parfaitement aux autorités de santé publique, a-t-elle ajouté.

Mercredi, en entrevue à l'émission Première heure, à Radio-Canada Québec, le ministre de la Santé n'a pas complètement fermé la porte à revoir les façons de faire. Si on doit regarder notre plan, on regardera. S'il y a d'autres recommandations de la santé publique, on s'ajustera, a réagi Christian Dubé.

S’il y a des mesures qui doivent être mises en place pour faire en sorte de sécuriser nos élèves et que les écoles demeurent ouvertes, on va les prendre.

Isabelle Charest, ministre déléguée à l'Éducation, à l'Assemblée nationale, mercredi

C'est possible de le faire, clame l'opposition à Québec

Christine Labrie

Christine Labrie, porte-parole de Québec solidaire en matière d'Éducation

Photo : Radio-Canada

À l'Assemblée nationale, mercredi, la porte-parole du Parti québécois en matière d'Éducation, Véronique Hivon, a de nouveau demandé au ministre Roberge de réévaluer la question.

Les élèves vont être à l'école, donc, une journée en présentiel et une journée en virtuel, mais, au lieu que ça soit une classe, une classe, on fait des demi-classes, ce qui fait en sorte qu'il y a moins d'élèves dans la classe, a expliqué la députée du PQ.

Pourquoi on ne suit pas la recommandation de l'OMS? Ça prend des scientifiques qui parlent librement, pas qu'on formate selon les préférences du gouvernement.

Paul St-Pierre Plamondon, chef du Parti québécois

Il faut donner le choix aux élèves de faire la fréquentation scolaire, soit en ligne soit en classe. [...] C'est tout à fait possible, ça ne prend pas du personnel supplémentaire, a réagi la porte-parole de Québec solidaire en matière d'éducation, Christine Labrie.

L’Université Harvard, l’Université Laval, l’INSPQ, l’OMS... vous avez besoin de combien d’études [avant d’agir]?

Marwah Rizqy, porte-parole libérale en matière d'éducation

La Fédération des syndicats de l'enseignement (FSE-CSQ) réclame aussi des demi-classes depuis ce printemps. Tout comme la Fédération autonome de l'enseignement.

Si on a été capables d'envoyer des êtres humains sur la Lune, on doit être capables, au Québec, d'organiser des demi-groupes.

Sylvain Mallette, président de la Fédération autonome de l’enseignement

En attendant une éventuelle réévaluation des mesures, des écoles du Québec se préparent à ventiler leurs classes en plein hiver.

Au Centre de services scolaire de l'Énergie, en Mauricie, les fenêtres seront ouvertes de 5 à 10 minutes toutes les heures, car la grande majorité de ses écoles n'ont pas de système de ventilation.

À Québec, le Centre de services scolaire de la Capitale demandera aux élèves d’apporter et de porter au besoin une couche de vêtement supplémentaire pour plus de confort.

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