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Attaque au camion-bélier : Minassian plaide la non-responsabilité criminelle

L'attaque a fait 10 morts et 16 blessés le 23 avril 2018 à Toronto.

Dessin de cour.

Alek Minassian à gauche, à droite la juge, Anne Molloy

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

Jean-Philippe Nadeau

Alek Minassian a plaidé la non-responsabilité criminelle dès l'ouverture de son procès relativement à l'attentat au camion-bélier survenu en 2018 à Toronto. L'accusé a déjà avoué son crime, mais aucun des faits reprochés n'a été prouvé devant les tribunaux.

Le plaidoyer d'Alek Minassian n'a rien de surprenant, puisque la juge a déjà dit que le procès porterait davantage sur l'état d'esprit de l'accusé au moment de l'attaque que sur sa responsabilité criminelle, étant donné qu'il a déjà avoué son crime.

Attention : la lecture de ce texte pourrait choquer certains lecteurs.

Alek Minassian fait face à 10 chefs d'accusation de meurtre prémédité et à 16 chefs d'accusation de tentative de meurtre, le tout contre une majorité de femmes.

En plaidant la non-responsabilité criminelle, l'homme de 28 ans se dit donc innocent des crimes dont il est accusé.

Dix personnes

Les 10 personnes happées mortellement par le camion-bélier en avril 2018. De gauche à droite, en partant du haut : Anne Marie D'Amico, 30 ans; Dorothy Sewell, 80 ans; Renuka Amarasingha, 45 ans; Munir Najjar, 85 ans; Chul Min (Eddie) Kang, 45 ans; Mary Elizabeth (Betty) Forsyth, 94 ans; Sohe Chung, 22 ans; Andrea Bradden, 33 ans; Geraldine Brady, 83 ans et Ji Hun Kim, 22 ans.

Photo : Radio-Canada

La Couronne a d'ailleurs fait allusion à ces aveux dans la déclaration commune des faits, qu'elle a présentée à la cour.

Il s'agit du déroulement incontestable des faits sur lesquels la Couronne et la défense de l'accusé s'entendent. La Couronne a donc présenté le modus operandi d'Alek Minassian le jour de l'attaque.

Le procureur Joseph Callaghan ajoute que Minassian est allé chercher la fourgonnette qu'il avait louée au téléphone vers midi et demi dans le nord de la ville.

Me Callaghan explique qu'Alek Minassian s'est ensuite dirigé vers la rue Yonge dans le quartier North York.

Le procureur soutient que l'accusé conduisait à 50 km/h sur la chaussée, puis sur le trottoir, et que, outre des piétons, il a tout heurté sur son passage : une boîte aux lettres, un banc public et un porte-vélo.

Dans le chaos qui régnait ce jour-là, l'accusé ne s'est jamais arrêté, alors que des passants lui criaient de le faire et qu'un bon samaritain courait après le véhicule pour atteindre la fenêtre du côté du conducteur, explique-t-il.

La Couronne a d'ailleurs présenté de courtes vidéos de passants qui ont filmé la scène en temps réel à l'époque. On y entend des cris, des hurlements, des klaxons et des bruits de fracas avant d'entendre des sirènes de police.

Les vidéos montrent l'ampleur de l'anarchie du drame et la désolation laissée par le passage du véhicule de location.

Le procureur Callaghan annonce en même temps l'identité des victimes, les rapports d'autopsie au sujet des causes de leur mort, sans compter l'identité des survivants.

Dessin de cour qui montre des gens assis dans une salle devant un écran divisé en 8 intervenants.

La salle de débordement au palais des congrès de Toronto permet au public de suivre le procès par vidéo, pandémie oblige.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

Me Callaghan a terminé la lecture de la déclaration commune en expliquant la façon dont Alek Minassian a été arrêté. Il explique que l'individu est sorti de son véhicule en brandissant son portefeuille qu'il tenait comme un revolver.

Une autre courte vidéo le montre en train de tenir en joue le premier policier arrivé sur les lieux. Le procureur précise que le policier lui a sommé de s'agenouiller sur le trottoir sans jamais ouvrir le feu.

Un suspect est menotté par des agents contre une voiture.

Alek Minassian a été arrêté une vingtaine de minutes après les faits.

Photo : Radio-Canada / Clark Hua Zhang / Twitter

Couché au sol, Minassian a par la suite été menotté avant d'être redressé à la verticale par des agents et plaqué contre le capot d'une auto-patrouille.

Interrogatoire de police

La Couronne a par la suite projeté à la cour la vidéo de l'interrogatoire de police d'Alek Minassian, dans laquelle ce dernier confesse dans les moindres détails être l'auteur de l'attaque.

On y apprend qu'il aime les jeux vidéos violents, qu'il a fait un bref passage dans l'armée canadienne parce qu'il voulait apprendre le maniement des armes et qu'il se passionne pour l'informatique.

À entendre ses réponses, livrées au détective Rob Thomas, l'homme nourrit surtout une frustration contre certaines personnes, parce qu'il avoue être encore puceau.

Des policiers flous au premier plan et la fourgonnette blanche nette à l'arrière plan.

Des policiers sur la scène du drame, peu après l'attaque au camion-bélier dans le quartier North York.

Photo : CBC

Alek Minassian lui explique ses premiers écueils avec les femmes lors d'une fête d'Halloween en 2013, où il dit s'être senti humilié à l'âge de 20 ans.

Il se dit par exemple contrarié de voir que les femmes sont attirées par des hommes qu'il qualifie d'odieux plutôt que par des gentlemen. Il s'affuble d'ailleurs lui-même d'un tel qualificatif, en disant qu'il est galant envers les femmes.

Minassian appelle d'ailleurs ces hommes des Chad, parce qu'ils sont athlétiques et populaires auprès des filles au collège et ces femmes de Stacy, ces filles qui sont attirées par ce genre d'hommes.

Capture d’écran montrant deux hommes assis l’un en face de l’autre dans une salle.

Alek Minassian, en haut, a été interrogé par le détective Robert Thomas pendant plus de quatre heures quelques heures après l'attaque.

Photo : capture d'écran

Il révèle ainsi à la police qu'il appartient à un groupe d'hommes frustrés qui n'arrivent pas à perdre leur virginité, les Incels, l'abréviation en anglais pour abstinents involontaires.

Il cite même l'Américain Elliot Rodger, le fondateur présumé de son groupe, qui a commis une attaque semblable à la sienne en Californie en 2014.

Il explique que l'objectif des Incels est d'abord de subjuguer les Chads et les Stacys, de les placer dans une position d'infériorité et de les mettre en prison.

Un homme menotté dans un poste de police

Alek Minassian à son arrivée au poste de police, avant qu'on ne lui demande de revêtir une tenue de prisonnier blanche.

Photo : Courtoisie

Alek Minassian ajoute qu'il a planifié l'attentat de Toronto un mois à l'avance, mais qu'il y réfléchissait depuis trois ans, lorsqu'il fréquentait le Collège Seneca.

Il a d'ailleurs écrit sur sa page Facebook que la rébellion des Incels vient de commencer juste avant l'attentat au volant de la fourgonnette qu'il avait louée.

L'interrogatoire de police se conclut sur une note sombre lorsque l'accusé affirme qu'il a accompli sa mission. Le détective lui demande alors s'il a l'intention de présenter des excuses aux familles. Honnêtement, je l'ignore, a-t-il répondu.

Alek Minassian a par ailleurs refusé de répondre aux questions du détective concernant sa santé mentale, sa situation d'emploi et sa famille.

Boris Bytensky entouré des caméras et des micros de journalistes

L'avocat d'Alek Minassian, Boris Bytensky, en mêlée de presse en septembre 2018

Photo : Radio-Canada

Le procès reprendra jeudi en raison du jour férié du Jour du Souvenir dans les tribunaux supérieurs de l'Ontario.

Il devait avoir lieu le 6 avril mais avait été reporté à cause de la pandémie. La juge, qui tenait à ce qu'il ne soit pas ajourné à nouveau, a décidé de le présider sur une plateforme numérique après plusieurs discussions avec la Couronne et la défense.

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