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À quoi s’attendre de la période de transition présidentielle?

Robert Malley, qui a conseillé les présidents Clinton et Obama, s’attend à une période « qui sera chahutée » d’ici le 20 janvier prochain, date à laquelle Donald Trump doit céder le pouvoir à Joe Biden.

Kamala Harris observe Joe Biden.

Le président élu Joe Biden rencontre la presse après avoir discuté avec son équipe qui aura à gérer la pandémie.

Photo : Reuters / JONATHAN ERNST

Robert Malley, président de l'International Crisis Group, a été conseiller dans des dossiers internationaux sous les gouvernements Clinton et Obama. Il a répondu aux questions de Radio-Canada sur l’importance de la transition présidentielle, à laquelle il a participé à deux reprises.

Comment se déroule généralement la transition entre deux administrations?

Je peux dire qu’en théorie ça doit se passer de façon assez transparente. Évidemment, l'administration qui doit entrer en poste ne veut pas commencer le 20 janvier sans avoir eu connaissance des dossiers, des risques de conflits, des dangers ou même des engagements qui auraient été pris par son prédécesseur et qui seraient confidentiels.

C’est un peu pour ça que cela prend 75 à 77 jours pour que des équipes discutent dans toutes les agences, que ce soit à la Maison-Blanche, au département d’État ou département du Trésor, pour qu’ils puissent commencer le jour J pour pouvoir s’acclimater à tout ce qui est nouveau.

Ce qui est particulier dans le système américain, c’est que vous avez beaucoup de gens qui quittent leur position. Oui, il y a un service civil, des gens restent. Mais toutes les positions les plus importantes sont occupées par des gens qui ont été nommés par le président. Ils partent, ils donnent leur démission. Donc vous avez beaucoup de nouveaux officiels qui n’ont pas trop de deux mois pour s’acclimater.

Portrait de Robert Malley.

Robert Malley a participé à deux processus de transition, sous Bill Clinton et Barack Obama.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

En général, ça se passe comme ça. Entre Clinton et Bush, il y a eu un problème, on n'a pas su avant décembre qui avait été réellement élu et la Cour suprême a dû intervenir. Donc ç’a été une période étriquée.

Sous Obama, j’avais participé à la transition. On a briefé tous les membres de l’équipe, tous ceux qui voulaient et qui avaient été nommés par le président Trump, pour les familiariser avec les dossiers. On leur a également donné par écrit des rapports sur tous les pays et tous les sujets desquels on traitait.

Donald Trump n’a toujours pas concédé la défaite. Cela complique-t-il la tâche pour l’entourage de Joe Biden?

Si le président Trump maintient cette position selon laquelle il a été élu et il y a eu fraude et tricherie, en théorie il faudra attendre jusqu’à la détermination par le collège électoral en décembre.

La période sera étriquée, mais il restera du temps comme ça s’est passé entre Clinton et Bush. Mais même à ce moment-là, on peut imaginer que son mot d’ordre pourrait être de ne pas collaborer, de détruire les dossiers. On peut imaginer le pire, parce que le pire n’est jamais inimaginable dans ces circonstances.

Même si ça ne commence qu’en décembre, ce qui serait malheureux, espérons qu’à ce moment-là les dossiers se transmettront de façon transparente. Espérons que les équipes puissent travailler non pas de façon amicale, c’est peut-être trop demander, mais avec un esprit de coopération.

Mais si le président Trump veut mettre des bâtons dans les roues, je ne connais pas les lois, mais j’imagine qu’il peut vraiment retarder les choses et peut-être dire qu’il a des cas légaux qui doivent se compléter. Dans ce cas-là, l’équipe de Biden aura un peu de mal à rattraper le temps perdu.

La situation actuelle pourrait donc avoir un impact sur la vitesse à laquelle la future administration Biden appliquera ses politiques?

Si on ne sait pas quelle est la réalité, on ne peut pas mettre en œuvre une politique adéquate.

Supposez qu’il y ait des engagements qui ont été pris à l'égard d’Israël ou des Émirats arabes unis dans le cadre des « Accords d’Abraham », ou à l'égard de l’Iran, et que l’administration Biden ne sait pas de quoi il s’agit. Le plus tôt on sait quels sont les plans, le plus tôt on peut soit les corriger, soit les appliquer. Si on attend le 20 janvier, il faut tout attendre le même jour. Et s’il n’y a pas de transparence, je ne veux pas prêter les pires intentions à l’administration, mais si c’est le cas, comment une administration peut mettre en œuvre quoi que ce soit?

Toutes les positions importantes sont renouvelées, sont changées. Donc vous avez des gens qui n’ont pas connaissance de tous les détails, si on ne les leur a pas transmis. Le chef de la CIA, le secrétaire d’État, le secrétaire à la Défense, tous ceux qui travaillent pour ces ministres sont nommés par la nouvelle équipe. Le plus tôt ils connaîtront la réalité des dossiers, le plus tôt ils seront préparés, le moins ils seront surpris et le mieux ils pourront prévenir des dangers.

Ce n’est pas nécessairement désastreux, mais c’est moins bon que d’avoir le temps nécessaire pour se préparer.

Joe Biden a présenté mercredi l’équipe qui le conseillera dans le dossier de la COVID-19. Quelle est la portée de cette annonce?

Il n’y a qu’un président à la fois. Le président élu Biden peut annoncer tous les plans qu’il veut et il le fera, mais il doit attendre d’être président pour le mettre en œuvre.

Il n’est pas question qu’il mette en œuvre un plan, même s’il a les meilleurs experts du monde, même s’il a le meilleur plan du monde. Il doit attendre. C’est plutôt une question de partage d’information, de partage de données. Il faut essayer de s’assurer que l’équipe qui arrive est pleinement consciente de l’état du monde et de l’état interne au pays.

Vous attendez-vous à une transition difficile au cours des prochains mois?

C’est une période de transition qui sera chahutée.

Le niveau de difficulté dépendra beaucoup de ce que feront le président Trump et son entourage. Est-ce qu’ils veulent vraiment le jeu de la terre brûlée et compliquer autant que possible la tâche du successeur de Trump? À l’écouter aujourd’hui, on peut l’imaginer. Des gens disent que d’ici quelques jours, quelques semaines, le président aura réalisé qu’il a perdu et qu’il voudra terminer sa présidence en protégeant son image.

Je laisse à chacun le soin de spéculer sur la voie que le président suivra.

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