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Plus de 21 000 foyers sans accès à Internet haute vitesse en Mauricie et au Centre-du-Québec

L’école en ligne, les réunions de travail en visioconférence et l’apéro partagé via Zoom font désormais partie de nos vies mais, pour des milliers de citoyens de la région privés d’accès à Internet haute vitesse, ils relèvent encore de la fiction.

Une personne utilise un téléphone devant un clavier d'ordinateur portable.

L'accès à Internet haute vitesse est considéré comme un service essentiel par Québec et Ottawa.

Photo : iStock

Plus de 21 000 foyers de Mauricie et du Centre-du-Québec n’ont toujours pas accès à Internet haute vitesse, un service considéré comme étant essentiel depuis quelques années par Ottawa et Québec et utile plus que jamais en raison des mesures sanitaires mises en place pendant la pandémie.

Les derniers mois ont vu la montée en popularité, pandémie oblige, du télétravail et des cours en ligne. Les réunions en visioconférence et les bureaux improvisés à la maison font aussi désormais partie du quotidien de millions de Québécois.

Pour 21 322 foyers de la Mauricie et du Centre-du-Québec, ces nouvelles réalités sont encore fiction parce qu’ils n’ont pas accès à Internet haute vitesse.

Actuellement, 11,07 % des foyers du Centre-du-Québec et 6,28 % des foyers de Mauricie ne sont pas desservis par Internet haute vitesse.

Zones où moins de la moitié des foyers n'ont pas accès à la haute vitesse

* Carte nationale des services Internet à large bande du gouvernement du Canada (Nouvelle fenêtre)

Carte montrant des hexagones là où moins de la moitié des gens n'ont pas accès à Internet haute vitesse.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

En jaune : zones où 0 % à 25 % des foyers n'ont pas accès à Internet haute vitesse En orange : zones où 25 % à 50 % des foyers n'ont pas accès à Internet haute vitesse

Photo : Capture d'écran

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce ne sont pas que des secteurs ruraux ou reculés qui sont mal desservis. Bon nombre d'habitants de Drummondville, notamment, réclament accès à Internet haute vitesse.

Environ 10 000 foyers branchés d’ici la fin 2022

Une quinzaine de projets de connexion financés par Québec ou Ottawa sont en cours ou doivent commencer sous peu en Mauricie et au Centre-du-Québec.

D’ici la fin de l’année 2022, 3214 foyers en Mauricie et 6908 au Centre-du-Québec devraient être connectés par le biais de programmes pilotés par le gouvernement du Québec.

Un nouvel appel de projets pour desservir les foyers qui seront encore sans service doit être lancé cet automne, selon le ministère de l’Économie et de l’Innovation.

Le gouvernement caquiste du premier ministre François Legault s’était engagé en 2018 à ce que tous les Québécois soient branchés à Internet haute vitesse d’ici 2022.

Même si certaines données démontrent que la promesse sera difficile à tenir dans les délais annoncés, Québec tient officiellement le cap.

Un employé de Cogeco perché dans les airs branche un client à Internet haute vitesse.

En date d’octobre 2020, environ 330 000 foyers québécois, soit un ménage sur dix, n’avaient pas accès à Internet haute vitesse.

Photo : Radio-Canada / Yoann Dénécé

Le gouvernement fédéral finance aussi le branchement de foyers à l'Internet haute vitesse. Il a d’ailleurs annoncé lundi 750 millions de dollars de plus pour ses programmes.

En août 2020, le programme canadien Brancher pour innover a retenu des projets de connexion près de Drummondville à Saint-Pie-de-Guire (215 foyers) et à Saint-Lucien (nombre de foyers pas détaillé).

Internet haute vitesse, un service essentiel

Depuis 2016, le gouvernement fédéral reconnaît la haute vitesse de 50/10 Mbps comme un service essentiel que tous les Canadiens devraient avoir.

Selon le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC), une vitesse Internet de téléchargement 50 Mbps est nécessaire pour tirer parti :

  • des applications logicielles en nuage;
  • des services gouvernementaux;
  • des ressources d'apprentissage en ligne;
  • des transmissions vidéo haute définition (HD);
  • pour l'utilisation d'Internet par plusieurs utilisateurs.

3500 élèves sans Internet à la maison

Dans le contexte de la pandémie, toutes les écoles doivent se préparer à devoir offrir l’enseignement à distance, mais tous les élèves ne sont pas équipés pour le faire.

Environ 6 % des élèves de niveaux préscolaire, primaire et secondaire de la Mauricie et du Centre-du-Québec n’ont pas Internet à la maison, soit environ 3500 élèves.

Un enfant devant un ordinateur portable suit un cours à distance.

En date du 9 novembre, la liste des écoles du réseau public et privé touchées par la Québec comptait 35 établissements de la Mauricie et 33 établissements du Centre-du-Québec.

Photo : Getty Images / pinstock

C’est dans les écoles du Centre de services scolaire des Bois-Francs, au Centre-du-Québec, que l’on trouve le plus d’élèves n’ayant pas accès à Internet. Au moins 1210 élèves n’ont pas ce service à la maison, ce qui représente 10,2 % des élèves du territoire. Ce centre de services scolaire compte une cinquantaine d’écoles à Victoriaville et ses environs.

Les raisons précises pour lesquelles ces familles n’ont pas accès à Internet ne sont pas connues des autorités scolaires. Dans certains cas, il peut s’agir d’un manque d’argent pour payer ce service ou d’un choix des parents. Par contre, dans plusieurs cas, c’est qu’Internet haute vitesse n’est tout simplement pas disponible chez eux.

Pour pallier l’absence d’Internet, les centres de services scolaires fournissent des clés LTE [en français : technologie d'évolution à long terme] ou des tablettes avec LTE. Les élèves peuvent ainsi avoir accès à Internet en utilisant le réseau cellulaire.

Là où le réseau cellulaire ne se rend pas, rendant l’utilisation de la technologie LTE impossible, on invite les jeunes à venir à l’école, où il y a Internet, ce qui leur permet de suivre leurs cours en visioconférence.

L’utilisation de l’Internet a augmenté de 60 % sur les réseaux de Bell partout dans la province et de 40 % sur les réseaux de Telus.

Le casse-tête numérique quotidien

Nathalie Lévesque, fondatrice de La boîte interculturelle, et son conjoint, Hugo von Levetzow, sont partis de Toronto il y a un an pour venir s'installer à Saint-Adelphe, en Mauricie. Ils ont été charmés par l’endroit, mais ils n’auraient jamais pensé que l’accès à Internet haute vitesse représenterait un tel défi.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article
Les deux personnes debout ensemble, près d'une rivière, dans un décor enneigé.

Le reportage de Marilyn Marceau

Photo : Radio-Canada / Luc Lavigne

Écouter des films en ligne en basse résolution et se rendre chez des amis pour avoir accès à Internet haute vitesse font maintenant partie de leur vie, sans compter qu'ils ont dû adapter leur vie professionnelle à cette réalité.

Pour la famille de Marie-Andrée Désilets, qui habite à Bécancour, le quotidien numérique est aussi un casse-tête depuis le mois de mars.

Marie-Andrée Désilets assise chez elle devant un ordinateur portable.

La maison de Marie-Andrée Désilets, dans le secteur de Saint-Grégoire à Bécancour, n'est pas desservie par Internet haute vitesse.

Photo : Radio-Canada / Yoann Dénécé

Sa maison du boulevard des Acadiens se trouve juste en dehors de la zone desservie par la fibre optique. La connexion Internet se fait donc par satellite, ce qui est suffisant pour consulter ses courriels, mais pas assez rapide pour visionner une vidéo.

Au plus fort du confinement, ses trois enfants, respectivement à l’université, au cégep et en cinquième secondaire, devaient suivre des cours en ligne. Faute d’avoir Internet haute vitesse, son conjoint n’est pas en mesure de faire du télétravail.

Avec la COVID, on se sent un peu prisonniers de tout ça.

Marie-Andrée Désilets, habitante de Bécancour

À plusieurs reprises, Marie-Andrée Désilets a pris contact avec la Ville de Bécancour pour faire connaître sa situation. On ose croire que ça va se régler à moyen terme.

360 courriels pour un poteau

Le maire de Bécancour Jean-Guy Dubois connaît bien le dossier. Ça fait quatre ans que la Municipalité pilote un projet d’Internet haute vitesse, qui a été considérablement retardé par la complexité du processus d’autorisations des entreprises de télécommunications.

Le maire de Bécancour Jean-Guy Dubois devant l'hôtel de ville.

En 24 ans à la mairie de Bécancour, Jean-Guy Dubois estime que le dossier de l'accès à Internet haute vitesse a été l'un des plus difficiles.

Photo : Radio-Canada / Yoann Dénécé

Les normes du CRTC font en sorte que chaque poteau est une entreprise, explique le maire.

C’est que pour passer la fibre optique, il faut souvent s’arrimer aux poteaux déjà en place, propriétés d’entreprises de télécommunications. Pour pouvoir le faire, il faut obtenir les autorisations de tous ceux qui sont déjà locataires du poteau, comme Hydro-Québec ou d’autres télécommunicateurs.

Cette démarche peut prendre des mois, voire des années. À titre d’exemple, il a fallu un échange de 360 courriels pour un seul poteau à Bécancour. Et les poteaux, ils se comptent par centaines dans le projet de la Municipalité.

C’est extrêmement pénible. Je ne sais pas comment on va s’en sortir. Il y a besoin d’avoir de changements majeurs au niveau des réglementations.

Jean-Guy Dubois, maire de Bécancour

Le projet de Bécancour progresse. Sur un objectif de 6200 foyers branchés, 2450 le sont déjà et d’autres branchements doivent être faits d’ici la fin 2020.

Des embûches en Haute-Mauricie

En Haute-Mauricie, l’entreprise trifluvienne Ambra a été mandatée d’y installer un réseau LTE qui servira à la téléphonie cellulaire et à l’Internet, notamment le long de la route 155.

Le projet avance, mais un dossier pose problème. Quatre tours cellulaires doivent être installées entre le kilomètre 150 de la route 155, près de l’embranchement vers Lac-Édouard et le lac des Commissaires, au Saguenay-Lac-Saint-Jean, mais l’électricité ne s’y rend pas.

Un véhicule récréatif circule sur la route 155.

Quelques segments de la route 155, qui relie la Mauricie et le Saguenay-Lac-Saint-Jean, ne sont pas couverts par la téléphonie cellulaire.

Photo : Ville de La Tuque

La Ville de La Tuque, qui chapeaute le projet, souhaite amener les fils électriques jusqu’aux tours en les enfouissant, comme les équipes auront de toute façon à enfouir la fibre optique sur ce tronçon et qu’il ne s’y trouve pas de poteaux électriques. Québec, qui finance le projet avec Ottawa, considère que cette façon de faire ne correspond pas aux critères de la subvention et refuse de payer pour l’enfouissement des fils, une opération coûteuse.

Le maire de La Tuque, Pierre-David Tremblay, déplore qu’il revienne aux 11 000 habitants de sa municipalité de payer pour une démarche qui sert d’abord à la sécurisation d’un axe routier provincial qui relie deux régions. Il considère aussi que les normes devraient prendre en considération l’étendue du territoire de la Ville, un territoire équivalent en termes de superficie à celui de la Belgique.

La situation complique un dossier qui s’étire depuis des années en Haute-Mauricie et qui constitue un enjeu non seulement sécuritaire, mais aussi économique pour la région.

Parce qu’il n’y a pas que la route 155 qui pose problème. Même au centre-ville de La Tuque, il arrive qu’Internet et la téléphonie cellulaire ne soient plus disponibles, quand la fibre optique est sectionnée par un accident, par exemple, comme c’est arrivé il y a deux ans.

C’est un combat de chaque jour, se désole Pierre-David Tremblay, qui estime que le dossier de la connectivité est le plus important des dernières années pour la Ville de La Tuque.

Des critères trop stricts?

La plupart des programmes de connexion subventionnés par Québec et Ottawa sont destinés aux secteurs ruraux et leurs critères d’admissibilité sont stricts.

Une équipe de Cogeco s'affaire, dehors, à brancher un nouveau client à Internet.

Depuis le début de la pandémie, Cogeco constate que ses nouveaux clients choisissent davantage des forfaits leur offrant un service Internet rapide et illimité.

Photo : Radio-Canada / Yoann Dénécé

En mai dernier, le conseil municipal de Trois-Rivières a demandé au gouvernement du Québec de revoir ses critères d’admissibilité aux programmes de connexion pour permettre aux secteurs ruraux de la ville, notamment celui de Pointe-du-Lac, d’accéder à des services Internet haute vitesse à un coût comparable à celui des milieux urbains.

Le préfet de la MRC de Mékinac, Bernard Thompson, en a long à dire sur les critères d’admissibilité. Il travaille depuis dix ans à brancher les municipalités de sa MRC à Internet haute vitesse, mais certaines d’entre elles, comme Hérouxville et Saint-Adelphe, n’arrivent pas à se retrouver dans les projets retenus.

Dans le cas d’Hérouxville, dont il est aussi le maire, Bernard Thompson explique que la fibre optique est disponible pour ceux qui habitent le cœur villageois. Or bon nombre des citoyens habitent dans des rangs. Il peut y avoir cinq kilomètres entre deux agglomérations, rappelle le préfet de Mékinac.

Une bobine de fibre optique sur un camion stationné devant une ferme.

Les programmes de subvention pour l'accès à Internet haute vitesse touchent surtout les régions rurales.

Photo : Radio-Canada / Yoann Dénécé

Pour qu’une entreprise soit intéressée à aller brancher ces habitations plus éloignées, il faut qu’elle ait accès à des subventions. Le hic, c’est qu’il suffit qu’un seul foyer à l’intérieur d’une unité de la grille hexagonale utilisée par le CRTC ait Internet haute vitesse pour que les autres foyers de la même unité soient exclus des subventions. Un écueil qui paraît presque insurmontable après une décennie de pourparlers.

On a parlé à tout le monde, on connaît le dossier sur le bout des doigts, on sait exactement où est le bobo, mais ni le fédéral ni le provincial ne sont intéressés à s'entendre pour que ça se règle, déplore Bernard Thompson.

Le satellite, l'avenir d'Internet?

Un joueur pourrait venir changer la donne dans le dossier de l’accès à Internet haute vitesse en régions rurales. SpaceX, une entreprise appartenant à Elon Musk, a récemment reçu le feu vert des autorités canadiennes pour proposer un service Internet alimenté par de petits satellites mis en orbite par son entreprise.

De l’espoir et de la méfiance pour la suite des choses

Ces dernières années, quelques MRC ont tenté de prendre en main l’accès à Internet haute vitesse de leurs citoyens.

Certaines, comme la MRC de Drummond, ont jeté la serviette en cours de route devant la lourdeur et la lenteur des démarches. Il revient maintenant aux 18 Municipalités de la MRC de contacter des fournisseurs pour élaborer un projet de branchement sur leur territoire.

La MRC de Maskinongé, elle, fait partie d’une poignée de MRC québécoises à avoir persisté aux commandes de leur projet de connexion. Elle a créé l’organisation à but non lucratif (OBNL) Maskicom, chargée de brancher 5000 foyers répartis dans les 17 municipalités sur son territoire.

Le préfet de la MRC de Maskinongé et président de Maskicom, Robert Lalonde, a déjà dénoncé les embûches créées par Bell et d’autres entreprises de télécommunications, qu’il tient pour responsables du retard pour les branchements dans sa MRC.

Une table de coordination créée au printemps par le ministère de l’Économie et de l’Innovation du Québec et qui réunit différents acteurs a toutefois lissé les relations et accéléré le travail sur le terrain. Avec la table, ça s’est nettoyé, rapporte Robert Lalonde. On a encore des embûches, mais le gros du travail est fait. On a pu passer, on a pu travailler.

Camions de Bell et Telus à Baie-Trinité

Au cours de l'été, Bell et Hydro-Québec ont confié à des firmes d'ingénierie externes le mandat de revoir les normes en place et de proposer certains allégements afin de donner un accès rapide aux poteaux de Bell.

Photo : Radio-Canada / Benoît Jobin

Bell s’est par ailleurs récemment engagée à faciliter l’accès à ses poteaux pour accélérer le déploiement d’Internet haute vitesse au Québec, une démarche qui va dans la continuité de la table de coordination créée par Québec.

Robert Lalonde voit ces développements d’un bon œil, mais reste sur ses gardes. Un simple relâchement pourrait nous faire reculer de quelques mois. [...] Je n’ai pas encore la coupe de champagne aux lèvres, loin de là.

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