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En difficulté financière, Air Canada forcé d'annuler des commandes d'avions

Des avions d'Air Canada.

Air Canada fait état d’une diminution du nombre de passagers de 88 % comparativement à l’an dernier.

Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

La Presse canadienne

Toujours secouée par la pandémie de COVID-19, Air Canada annule des commandes d'avions, une décision qui a des conséquences pour l'A220 au moment où la cadence de production est déjà au ralenti chez Airbus à Mirabel, dans les Laurentides.

Le plus important transporteur aérien au pays, qui a dévoilé lundi une perte nette de 685 millions de dollars, ou 2,21 $ par action, au troisième trimestre, a décidé de retirer 12 appareils A220-300 de son carnet, soit environ le quart de la commande ferme passée au printemps 2016. Dix commandes de Boeing 737 Max 8 sont aussi concernées.

Air Canada a également repoussé des livraisons qui étaient attendues pour ces modèles au cours des deux prochaines années – 18 pour l'A220 et 16 pour le 737 Max 8.

« Grâce à cette restructuration de notre flotte et à d'autres initiatives [...], nous avons réduit les dépenses d'investissement prévues d'environ 3 milliards de dollars entre 2020 et 2023. »

— Une citation de  Calin Rovinescu, président et chef de la direction d'Air Canada, lors d'une conférence téléphonique avec les analystes

L'entreprise, qui a éliminé plus de 20 000 postes depuis le début de la crise, conserve ses options à l'égard de l'A220 et du 737 Max 8. Elle exploite actuellement 10 A220 et devrait recevoir cinq autres appareils d'ici la fin de l'année.

Cette décision d'Air Canada vient s'ajouter aux obstacles qui se dressent devant l'usine d'Airbus à Mirabel, où travaillent environ 2500 personnes, puisque les quelque 300 employés en situation de mise à pied depuis le printemps ont été licenciés à cause de la crise sanitaire, a indiqué une porte-parole de l'avionneur, Annabelle Duchesne.

Avant le confinement printanier, le site de Mirabel produisait mensuellement quatre appareils et le géant européen souhaitait que ce niveau atteigne cinq avions en milieu d'année. La cadence est plutôt à trois A220 depuis l'été et devrait le rester à moyen terme.

Nous repoussons de nouveau notre accélération de cadence, a écrit Mme Duchesne dans un courriel. Ce report est nécessaire étant donné que la crise s'aggrave et que la reprise est repoussée.

L'Association internationale des machinistes et des travailleurs et travailleuses de l'aérospatiale (AIMTA) soutient qu'étant donné les difficultés que traverse l'industrie, toute annulation de commandes représente une menace pour les emplois et la viabilité du secteur aérospatial et du transport aérien à long terme.

« Dans la situation actuelle, ce n’est pas une surprise, même si c’est le genre de mauvaise nouvelle dont on se serait bien passé. Reste maintenant à voir quel impact cela aura sur les activités de l’usine d’assemblage du A220 à Mirabel. »

— Une citation de  David Chartrand, coordonnateur québécois de l'AIMTA

Peu de mots sur l'annonce du ministre Garneau

Par ailleurs, M. Rovinescu a offert peu de commentaires au lendemain de la publication du ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, à propos d'une aide sectorielle au secteur aérien – ce que réclame l'industrie et plusieurs observateurs depuis le printemps – qui serait conditionnelle à un remboursement aux passagers dont les vols ont été annulés ainsi qu'au service régional.

Air Canada avait annoncé en juin la fin du service pour 30 liaisons au pays et huit escales régionales, une décision qui n'avait pas épargné le Québec. Elle a depuis identifié 95 autres liaisons à éliminer. Cela attendra toutefois en raison des discussions avec le gouvernement Trudeau.

Nous prenons connaissance avec intérêt des déclarations publiques du ministre [...] à propos d'un éventuel soutien financier spécifique au secteur de l'aviation [...] que les compagnies aériennes de la plupart des pays de l'OCDE ont reçu au cours des neuf derniers mois, s'est limité à dire M. Rovinescu.

David Chartrand déplore pour sa part que le Canada demeure le seul pays du G7 à ne pas avoir mis en place un plan d’aide spécifique pour le secteur aérospatial et le transport aérien.

On avance à pas de tortue dans ce dossier. Ce qui a été annoncé hier par le ministre Garneau aurait dû l’être bien avant, a-t-il déclaré dans un communiqué où il dit craindre qu'Ottawa soit en train de manquer le bateau.

On dirait que le ministre veut acheter du temps et calmer la grogne. Ce n’est pas le temps de faire des calculs politiques, c’est le temps d’agir, affirme le chef syndical. Plus on attend avant de mettre en place un plan stratégique pour le secteur [...], plus les conséquences seront graves.

Cinq ans avant de récupérer

Malgré des nouvelles encourageantes à propos de l'efficacité d'un vaccin de la pharmaceutique Pfizer contre la COVID-19, le grand patron d'Air Canada, qui tirera sa révérence en février, continue de croire que l'aviation commerciale pourrait mettre jusqu'à cinq années à se relever de la crise sanitaire.

Pour la période de trois mois ayant pris fin le 30 septembre, Air Canada a généré des revenus de 757 millions de dollars, alors qu'ils avaient été de 5,53 milliards $ au troisième trimestre l'an dernier – où Air Canada avait engrangé des profits de 636 millions $, ou 2,35 $ par action.

Le nombre total de passagers transportés a plongé de 88 % au troisième trimestre.

Air Canada a consommé 818 millions de dollars de liquidités, environ 9 millions de dollars par jour, pendant le troisième trimestre, ce qui s'est avéré inférieur aux prévisions oscillant entre 1,35 milliard $ et 1,6 milliard $. Le transporteur prévoit réduire sa capacité au quatrième trimestre d'environ 75 % par rapport au quatrième trimestre de 2019.

À la Bourse de Toronto, lundi avant-midi, l'action d'Air Canada s'envolait d'environ 24 %, ou 3,79 $, pour se négocier à 19,61 $, dans le cadre d'une session où les principaux indices bondissaient en raison des nouvelles à propos d'un vaccin contre le nouveau coronavirus.

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