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Des gens sont réunis sur le bord d'une route. Plusieurs tiennent des affiches qui dénoncent de la fraude électorale.

Des partisans de Donald Trump manifestent après l'annonce de la victoire de Joe Biden, le 7 novembre 2020, à Beverly Hills, en Californie.

Photo : afp via getty images / David McNew

Le trumpisme ne mourra pas avec le départ de Donald Trump de la Maison-Blanche, pour la simple et bonne raison qu’il existait avant lui. Le trumpisme n’est que la nouvelle incarnation d’un mouvement populiste de droite qui est présent depuis longtemps en politique américaine.

Ce populisme a eu plusieurs incarnations. Sans remonter à la guerre de Sécession, on peut noter que, dans les récentes années, ses porte-parole principaux ont été des gens comme Newt Gingrich, l’ancien président de la Chambre des représentants, ou Sarah Palin, la candidate républicaine à la vice-présidence en 2008.

La plus récente incarnation de ce mouvement s’est d’abord manifestée avec ce qu’on a appelé le Tea Party, lors des élections de mi-mandat en 2010, deux ans après l’élection de Barack Obama à la présidence. Les techniques étaient assez similaires à celles d’aujourd’hui : saisir une question controversée, l’attaquer sans relâche quitte à déformer les faits et, surtout, ne jamais reculer, ne jamais accepter qu’on ait pu tripoter les faits.

L’élection à la Chambre des représentants en 2010 de plusieurs membres du Tea Party, qui se sont ensuite regroupés dans le Freedom Caucus, a causé un nouveau glissement populiste vers la droite, qui s’est manifesté par une guérilla législative de tous les instants contre les initiatives de l’administration Obama. Et des représentants au Congrès plus idéologiques et militants.

En 2013, cela a donné lieu à une fermeture de 16 jours du gouvernement américain, dont la mise à pied temporaire de 800 000 fonctionnaires, qui aurait pu entraîner un défaut de paiement sur la dette. Une fronde similaire, deux ans plus tard, avait été évitée in extremis, mais avait forcé la démission du président de la Chambre, John Boehner, un républicain trop porté au compromis au goût du parti.

Obamacare

À l’époque, les passions se déchaînaient à propos de la réforme de l’assurance maladie, connue familièrement sous le nom d’Obamacare. Les républicains tenaient des assemblées dans tous les coins du pays pour dire que la médecine socialiste allait donner naissance à des comités de la mort, formés de fonctionnaires qui décideraient quels patients seraient soignés et ceux qui ne le seraient pas.

Il a fallu plusieurs années avant que l’Obamacare devienne populaire auprès de la population. Cela a été l’une des principales raisons des reculs des républicains aux élections de mi-mandat de 2018. Mais même aujourd’hui, les républicains affirment toujours vouloir l’abolir et le remplacer, alors qu’ils n’ont jamais encore réussi à s’entendre sur un plan de rechange.

Donald Trump a longtemps joué à la périphérie de ce mouvement populiste. Il y est entré en force après l’élection d’Obama, quand il a pris la tête d’un mouvement informel visant à nier la légitimité du président en affirmant qu’il était né au Kenya. La constitution américaine exige, en effet, que le président soit né aux États-Unis.

Mais quand il a descendu l’escalier roulant de la Trump Tower en 2015, pour annoncer sa candidature à l’investiture républicaine, il avait déjà attiré l’attention de beaucoup de républicains.

D’autant que Trump semblait d’emblée être leur meilleur porte-parole sur des questions qui leur permettraient de former une coalition gagnante. L’Amérique d’abord, contrer l’immigration illégale, abandonner la mondialisation : que ce soit les accords commerciaux de libre-échange ou les accords environnementaux comme l’Accord de Paris sur le climat. C’est largement ce qui explique la victoire de Trump en 2016, en plus de la faiblesse de la candidate démocrate Hillary Clinton.

À la marge…

L’électorat de Trump en 2016 a largement appuyé le président sortant cette année encore. Mais il a perdu, à la marge, au cours de son mandat, des clientèles qui étaient essentielles à sa coalition, en particulier les femmes des banlieues des grandes villes.

Il existe toujours une base électorale du trumpisme. Selon certaines études encore préliminaires, il a fait des gains marginaux dans les groupes minoritaires, même si c'est encore auprès des hommes blancs qui n’ont pas fréquenté l’université qu'il a un avantage très important. La base de Donald Trump a peut-être perdu des appuis, mais elle existe toujours.

Il est probable que si Trump n’est plus là, le ton change. Plus besoin de mentir de façon systématique ou de relayer des théories du complot. Ainsi, dans la dernière semaine de la campagne, M. Trump a répété le bobard selon lequel les médecins obtenaient une prime s’ils disaient que la COVID-19 était la cause d’un décès.

Ce discours pourrait s’éteindre s’il ne jouissait pas d’un relais médiatique important. Et on ne saurait minimiser l’impact d’un véritable écosystème de médias qui servent à la fois de relais et de chambre de validation de leur idéologie. Avec, bien sûr, le réseau Fox News, mais aussi avec toute une galaxie de médias qui se citent les uns les autres pour se nourrir et se valider l’un l’autre.

De Fox News au New York Post, en passant par le Washington Examiner et plusieurs autres médias qui se citent mutuellement jusqu’à ce qu’on leur accorde une certaine crédibilité, cet écosystème ne disparaîtra pas. Et il est essentiel à la survie du trumpisme, quel que soit son nom, quand Donald Trump aura quitté la scène politique, d’une manière ou d’une autre.

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