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Analyse

Joe Biden aux commandes de l’économie

Le candidat démocrate Joe Biden s'adressant aux Américains depuis Wilmington, au Delaware.

Le positionnement le plus névralgique de Joe Biden, 46e président de l’histoire des États-Unis, porte sur l’environnement et l’énergie.

Photo : Reuters / KEVIN LAMARQUE

Les Américains ont finalement choisi de confier les clés de la Maison-Blanche à Joe Biden. C’est lui qui devra bientôt gérer la réponse gouvernementale à la crise de la COVID-19, qu’on espère mieux coordonnée, plus claire et surtout plus efficace.

C’est aussi lui qui guidera les choix de politique publique en matière de développement énergétique, de relations commerciales, d’économie et de fiscalité.

Le positionnement le plus névralgique de celui qui deviendra le 46e président de l’histoire des États-Unis porte sur l’environnement et l’énergie. Joe Biden a clairement exposé dans le deuxième débat présidentiel son intention de favoriser une transition des énergies fossiles vers les énergies renouvelables. Il a annoncé qu’il voulait mettre fin aux subventions versées à l’industrie pétrolière, ramener son pays dans l’Accord de Paris et investir 2000 milliards de dollars américains dans des projets verts, en particulier dans son programme d’infrastructures.

Ces projets d'investissement pourraient toutefois se heurter à un Congrès qui demeure divisé. Le président Biden pourrait devoir faire des compromis et revoir ses priorités.

Joe Biden a réaffirmé son engagement à maintenir la fracturation hydraulique, un procédé dénoncé par les environnementalistes, qui a permis aux États-Unis d’augmenter de façon spectaculaire sa production de gaz et de pétrole. Grâce à ce procédé, les États-Unis sont devenus les premiers producteurs de pétrole du monde et peuvent aujourd’hui en exporter.

Des tuyaux d'un oléoduc, empilés les uns sur les autres.

Les États-Unis produisent des millions de barils de pétrole brut par jour.

Photo : Getty Images / Andrew Burton

Il est à prévoir, cela dit, que le président élu voudra réinstaurer la réglementation environnementale qui a été broyée par l’administration américaine au cours des quatre dernières années, l’une des réalisations les plus marquantes du mandat de Donald Trump.

Une bonne centaine de lois et de règles ont été abolies ou abrogées, notamment sur les exigences en matière de gaz à effet de serre sur les nouveaux véhicules.

Rétablir de meilleurs liens commerciaux

Maintenant, Joe Biden aura des défis importants à surmonter sur le plan commercial. S’il veut rétablir des liens plus cordiaux avec le Canada, les pays européens et la Chine, il devra, en même temps, être en mesure de poursuivre une politique qui permet aux Américains de garder leurs emplois dans le secteur manufacturier.

La mondialisation a conduit à des excès qui ont, certes, enrichi des millions de personnes, mais qui ont aussi mené à un abaissement majeur du niveau de vie de millions de travailleurs.

Joe Biden veut mettre en place un plan nommé Made in America et créer 5 millions d’emplois manufacturiers au cours des prochaines années. Mais il semble entendu que le prochain président n'est pas favorable au maintien des tarifs douaniers imposés par l’administration Trump à la Chine depuis 2018. Cette stratégie a probablement ralenti l'économie américaine et non le contraire.

C’est en collaboration avec les pays alliés que les États-Unis de Joe Biden voudront maintenir une pression sur la Chine pour mettre fin au dumping, au vol de propriété intellectuelle et à l’espionnage industriel et technologique. On peut notamment s'attendre à ce qu'il maintienne la ligne dure avec le géant Huawei. Toutefois, l'abandon éventuel des tarifs douaniers pourrait avoir pour effet de relâcher la pression sur les entreprises américaines qui avaient choisi de délocaliser une partie de leur production en Chine.

Il faudra voir également si Joe Biden reviendra vers les politiques de Barack Obama pour ouvrir, de nouveau, des canaux de négociations avec l’Union européenne et le Royaume-Uni en vue de conclure de nouveaux accords commerciaux. Plusieurs experts sont d'avis que Joe Biden y sera favorable. Il faudra voir aussi s'il souhaitera réintégrer les États-Unis dans le Partenariat transpacifique, dont fait partie le Canada.

Voudra-t-il également nommer de nouveaux juges à l’Organisation mondiale du commerce pour lui permettre de jouer son rôle dans la régulation du commerce mondial?

Taxer les plus riches

Joe Biden veut remonter le taux d’imposition pour les entreprises, de 21 % à 28 % et le taux d’imposition pour les citoyens américains qui gagnent plus de 400 000 $ par année. Le président élu entend également augmenter l’impôt sur le gain en capital pour les millionnaires. C’est, sans doute, une bonne façon de réduire les inégalités et les écarts de richesse, mais toutes ces pressions ne seront pas sans conséquence sur les choix financiers des entreprises.

Cela dit, une fois de plus, la majorité républicaine au Sénat pourrait contrecarrer les projets fiscaux de Joe Biden.

Sous Donald Trump, les mieux nantis ont profité de la baisse d’impôt adoptée en 2017. Ainsi, si 65 % des Américains ont pu bénéficier d’une baisse d’impôt, il faut préciser que 60 % des gains d’impôt ont été enregistrés par les 20 % les plus riches de la société américaine.

Joe Biden, lui, est ouvert à faire passer le salaire minimum fédéral de 7,25 $ l’heure à 15 $. C’est une compétence qui relève des États, mais le gouvernement central impose un salaire minimum national. Le faire passer à 15 $ viendrait répondre aux revendications des syndicats et de la gauche du Parti démocrate.

L’ajout d’une option de couverture de santé publique et l’annulation de dettes étudiantes pourraient aussi contribuer à réduire la pression financière sur les moins nantis et la classe moyenne.

11 millions d’emplois manquants

Il y a encore près de 11 millions d’emplois à retrouver aux États-Unis, après une perte de 22 millions d’emplois en mars et en avril dernier. La deuxième vague de COVID-19 frappe fort, et il est possible que le président Biden impose des restrictions sociales et économiques plus sévères que son prédécesseur. Dans tous les cas, la croissance américaine sera plus faible qu’attendu il y a quelques mois.

Cela dit, un nouveau plan de soutien à l’économie pourrait être adopté d’ici Noël, un plan toutefois moins généreux qu'espéré par les démocrates. Le directeur de l'investissement pour BlackRock, Jean Boivin, a confié à Zone économie que ce plan devrait avoisiner les 1000 milliards de dollars américains, soit la moitié de ce que souhaitait Nancy Pelosi, présidente de la Chambre des représentants.

Le déficit budgétaire est passé de 587 milliards en 2016 à 984 milliards en 2019, puis à 3132 milliards cette année, en raison de la crise de la COVID-19. La dette atteindra 21 000 milliards pour passer de 76 % à 100 % du PIB sous l’administration Trump.

Il est loin d’être clair que le futur président sera meilleur pour l’économie, les marchés et le commerce que l’était Donald Trump. Il faudra voir. Mais il sera certainement plus prévisible et ouvert au respect des institutions, des engagements et des amitiés, essentiels à la paix et à la démocratie.

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