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Le citoyen Donald Trump risque d’être moins libre sur Twitter

Le président américain Donald Trump.

Plusieurs médias américains et internationaux ont annoncé samedi la victoire de Joe Biden dans sa course contre Donald Trump vers la Maison-Blanche, un résultat que le président sortant compte bien contester.

Photo : Reuters / Joshua Roberts

Agence France-Presse

Gérer l'irascible Donald Trump fait partie pour les réseaux sociaux de ces combats sans issue, à la frontière brumeuse entre lutte contre la désinformation et respect de la liberté d'expression. Et le problème ne disparaîtra pas le jour où il ne sera plus président des États-Unis.

Quand il quittera la Maison-Blanche, ce qui devrait normalement arriver en janvier prochain lors de la passation des pouvoirs à Joe Biden, le milliardaire républicain redeviendra un justiciable comme un autre aux yeux de son pays, et un utilisateur comme les autres de Twitter, son canal de communication favori.

Il bénéficie actuellement de l'exception accordée aux dirigeants et dirigeantes politiques par le réseau des gazouillis : Notre approche concernant les leaders mondiaux, les candidats, les candidates et les responsables publics est fondée sur le principe que les personnes doivent pouvoir choisir de voir ce que disent leurs dirigeants et dirigeantes, avec du contexte clair, a expliqué un porte-parole du groupe basé à San Francisco.

Cette exception ne s'applique qu'aux leaders en exercice, ainsi qu'aux candidats et candidates, pas aux citoyens et citoyennes une fois qu'ils n'occupent plus ces positions, a ajouté Twitter, rappelant aussi que les personnalités politiques n'étaient pas au-dessus des lois du réseau en cas d'apologie du terrorisme ou de la pédophilie, entre autres.

Pas d'exception pour les simples citoyens et citoyennes

En clair : là où les tweets mensongers ou menaçants d'un internaute pourraient être supprimés, ceux du président sont simplement masqués.

Mais quand Trump retournera à son rôle de simple citoyen, s'il continue à appeler à la violence et à enfreindre le règlement, Twitter, Facebook, YouTube et tous les autres devront prendre le problème au sérieux et ne pas hésiter à le bannir en cas de besoin, commente Hany Farid, spécialiste des réseaux sociaux à l'Université de Berkeley.

Twitter peut, s'il le juge nécessaire, suspendre un compte de façon permanente et interdire la création de nouveaux profils en cas d'infractions graves et répétées.

Donald Trump se plaint déjà régulièrement que les réseaux, surtout Twitter, censurent son camp politique et ne respectent pas la liberté d'expression.

Mais un tel parti pris n'a jamais été prouvé dans les faits, au contraire, comme le montre la capacité de groupes de droite à mobiliser les foules sur les plateformes.

L’amplification n’est pas un droit fondamental

Surtout, les gens confondent le droit de dire des choses et le droit de les amplifier en s'adressant à davantage de personnes. Les réseaux sociaux, c'est l'amplification, et ce n'est pas un droit fondamental, analyse le professeur.

Quand vous créez un compte, vous acceptez les règles de ces entreprises privées, continue-t-il. Je ne vois aucune personne d’allégeance républicaine se plaindre de l'interdiction de la pornographie sur Facebook.

Faire déborder le vase

Le président a fait de Twitter sa tribune de prédilection. Elle lui a longtemps permis de s'adresser directement à ses supporteurs et à ses critiques, sans filtre... jusqu'à ce que les plateformes soient forcées de sévir, sous la pression de la société civile.

Mais les mensonges et emportements sur des sujets aussi graves que la santé, au début de la pandémie de COVID-19, ou sur les manifestations antiracisme cet été, ont fait déborder le vase.

Donald Trump ne peut donc plus vraiment partir en roue libre sur les réseaux, qui se comportent de plus en plus comme des médias, en prenant des décisions éditoriales.

Une élection marquée par d'autres tweets intempestifs

Plusieurs chaînes américaines ont interrompu jeudi soir la diffusion d'une allocution du président, estimant qu'il faisait de la désinformation.

À grands coups de lettres majuscules, le président américain tempête depuis mardi soir qu'il a gagné des États clés où le dépouillement est toujours en cours, que les démocrates organisent des fraudes électorales pour lui voler l'élection.

Tous les votes qui arrivent après l'élection ne seront pas comptés! s'exclamait-il encore jeudi, à tort, à l'attention de ses 88 millions d'adeptes sur le réseau à l’oiseau bleu.

Twitter a masqué ce message et une douzaine d'autres, y compris des vidéos, avec la même mention : Une partie ou la totalité du contenu partagé dans ce tweet est contestée et susceptible d'être trompeuse quant au mode de participation à une élection.

Les tweets ne peuvent pas être aussi facilement partagés que d'ordinaire, mais ils restent lisibles d'un clic, au grand dam de certaines ONG qui demandent leur retrait, au nom de la lutte contre la désinformation.

Casey Fiesler, professeure en sciences de l'information à l'Université du Colorado à Boulder, estime que c'est une stratégie raisonnable entre l'intérêt du public à savoir que le chef d'État prétend avoir gagné et l'impératif de ne pas les induire en erreur.

Mais les avertissements de Twitter, et ceux, similaires, de Facebook, n'ont pas empêché les vitupérations du candidat de se traduire en manifestations de militants et militantes du camp républicain, jusque devant des bureaux de vote, de l'Arizona à la Pennsylvanie, pour appeler à arrêter de compter ou à ne compter que les votes légaux, selon la formule de Donald Trump.

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