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Analyse

Concéder la victoire ou non?

Être perdant ou mauvais perdant, Trump devra choisir.

Donald Trump à la Maison-Blanche

Donald Trump à la Maison-Blanche

Photo : Reuters / CARLOS BARRIA

Il est une vérité cruelle pour un homme politique : plus sa carrière est longue, plus il y a de chances que l’on retrouve un jour dans les archives une déclaration ancienne de nature à le mettre dans l’embarras.

Dans le cas de Donald Trump, nul besoin de remonter très loin en arrière pour retrouver des contradictions, car l’homme est loquace, sans filtre et il a tendance à dire tout et son contraire, souvent d’un même souffle.

Le 23 décembre 2016, exaspéré par les recomptages et le manque d’empressement de son adversaire Hillary Clinton de reconnaître sa défaite, le nouveau président élu citait avec approbation sur Twitter une déclaration de Vladimir Poutine : À mon avis, c’est humiliant. On doit être capable de perdre avec dignité. Tellement vrai!

Mais perdre avec dignité ne fait pas partie du registre de l’actuel locataire de la Maison-Blanche. Perdre n’est jamais facile. Pas pour moi, en tout cas, disait-il devant son personnel de campagne le jour du vote. Il répondait par la négative à la question d’un journaliste qui lui demandait s’il avait rédigé un discours de défaite, discours dans lequel il concédait la victoire à son rival.

Donald Trump est combatif, vindicatif. Être traité de perdant est, à ses yeux, la pire insulte, qu’il réservait pour manifester son mépris, par exemple à John McCain.

Au vu du jusqu’au-boutisme dont il fait preuve depuis que le vent électoral a tourné en sa défaveur, il est peu probable que Donald Trump prononce un discours dans lequel il concède gracieusement la victoire à son adversaire.

Il n’existe aucune loi ni obligation en ce sens. Mais s’il refusait de le faire, Donald Trump mettrait un terme à une tradition vieille de 124 ans. Depuis le télégramme envoyé par le démocrate William Jennings Bryan au républicain William McKinley, deux jours après l’élection de 1896, tous les candidats défaits ont eu la courtoisie d’envoyer un télégramme de félicitations à leur adversaire ou de prononcer un discours pour reconnaître leur défaite et souhaiter la meilleure des chances au vainqueur.

Les résultats indiquent que vous avez été élu et je vous présente mes félicitations. Nous avons soumis la question au Peuple américain et sa volonté est souveraine.

William Jennings Bryan, Lincoln, Nebraska, 5 novembre 1896

Certains discours de défaite ont été prononcés tardivement. Comme celui d’Al Gore qui, après avoir appelé George Bush le lendemain de l’élection, le 4 novembre 2000, l’a rappelé pour se rétracter. L’histoire retiendra de cette élection le mince écart de 537 voix entre les deux hommes en Floride. Ce n’est que le 13 décembre 2000 qu’Al Gore reconnaît publiquement sa défaite, après la décision de la Cour suprême : Je viens de parler à George W. Bush pour le féliciter d’être devenu le 43e Président des États-Unis. Et je lui ai promis que, cette fois, je n'allais plus le rappeler.

Il ne doit y avoir aucun doute : même si je suis en désaccord avec la décision de la Cour Suprême, je l’accepte. Et ce soir, dans l'intérêt de notre unité en tant que peuple et de la force de notre démocratie, j'admets ma défaite.

Al Gore, 13 décembre 2000

Malgré l’amertume de la défaite, malgré la tension issue de la campagne électorale de 2008, où tous les coups semblaient permis, le sénateur John McCain a marqué l’histoire par la grâce avec laquelle il a rendu hommage à son rival, vainqueur de l’élection. Alors que ses partisans rassemblés à Phoenix se mettaient à huer Barack Obama, McCain a levé les bras pour les interrompre avant de vanter avec élégance celui qui deviendrait le premier président noir de l’histoire américaine.

Le sénateur debout devant un immense drapeau américain.

L'ex-candidat républicain à la présidence américaine et sénateur John McCain salue la foule le 11 août 2000 à l'Université de Portland, en Oregon.

Photo : Getty Images / PAUL J. RICHARDS

Son succès à lui seul commande le respect pour son talent et sa persévérance. […] C’est une élection historique et je reconnais sa signification particulière pour les Afro-Américains.

John McCain, 4 novembre 2008

Mais, comme il se plaît souvent à le dire, Donald Trump n’est pas un homme politique comme les autres. Il se moque du décorum, des traditions et prend même un malin plaisir à défier les conventions. Il ne craint pas de choquer. Bien au contraire.

En fait, bien avant son élection en 2016, il dénonçait déjà des élections truquées et refusait de s’engager par avance à reconnaître sa défaite si le verdict des urnes lui était défavorable. Un refus qui inquiétait Hillary Clinton et auquel elle avait fait référence dans son discours de défaite.

Notre démocratie constitutionnelle consacre le transfert pacifique du pouvoir et nous ne respectons pas seulement cela, nous le chérissons. Elle consacre également d'autres choses; la primauté du droit, le principe que nous sommes tous égaux en droits et en dignité, la liberté de culte et d'expression. Nous respectons et chérissons également ces valeurs et nous devons les défendre.

Hillary Clinton, 9 novembre 2016
Vue de profil de son visage sur fond noir.

L'ex-secrétaire d'État et ex-candidate à la présidence, Hillary Clinton

Photo : Reuters / Clodagh Kilcoyne

La principale raison empêchant Donald Trump de reconnaître gracieusement et publiquement sa défaite est qu’il ne peut pas concevoir d’être vu comme un perdant. Entrer dans le cercle réduit et peu enviable des présidents américains n’ayant pas réussi à se faire réélire est, à ses yeux, l'insulte suprême.

Dans les faits, étant donné la vision transactionnelle qu'a Donald Trump des rapports humains et selon laquelle tout geste qu’il pose envers un autre n’a de valeur que pour ce qu’il lui rapporte, pour accepter de passer la main de façon courtoise, il doit y voir un bénéfice.

Si l’idée d’être vu comme un perdant le révulse, le fait d’être perçu comme un mauvais perdant pourrait être plus lourd de conséquences. Cela risquerait en effet de nuire à son emprise sur le Parti Républicain ou même aux éventuelles ambitions politiques de ses enfants.

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