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Analyse

Un budget pandémique à la sauce Doug Ford

Déficit record, niveau de dépenses soutenu et coup de pouce au secteur privé; le gouvernement Ford écrit un budget à l’encre rouge, unique en son genre.

Le premier ministre Doug Ford transporte un exemplaire du budget 2020-2021 en Chambre à Queen's Park.

Le gouvernement Ford n'avait pas déposé de budget complet depuis 18 mois, en raison de la crise sanitaire.

Photo : La Presse canadienne / Frank Gunn

ANALYSE | Nul doute, c’est un budget exceptionnel, en réponse à des circonstances exceptionnelles, qu’a déposé le gouvernement Ford cette semaine. La lutte au déficit qui était si chère au premier ministre est chose du passé et la cure minceur de l’appareil étatique est en quelque sorte suspendue. Mais au-delà du niveau vertigineux des dépenses, le gouvernement Ford reste fidèle à lui-même.

Malgré la pandémie, Doug Ford n’est pas dénaturé par ce deuxième exercice budgétaire. Oui, son gouvernement dépense beaucoup, mais le contexte actuel lui donne les coudées franches pour le faire. Oubliez les mesures d’austérité qui avaient été parsemées dans le budget en 2019, l’heure est à l’intervention gouvernementale.

Pour relancer l’économie, le premier ministre se tourne vers les entreprises, à qui il offre une série de cadeaux. Il subventionne des réductions des factures d’électricité des grands consommateurs industriels et commerciaux, il réduit les taxes foncières pour la presque totalité des entreprises de la province; le gouvernement fonde tous ses espoirs sur le secteur privé pour sortir sa province de la crise.

« Lorsque la pandémie sera terminée, l'Ontario reviendra avec vengeance, plus forte et plus prospère que jamais. »

— Une citation de  Doug Ford, premier ministre de l’Ontario, lors du dépôt du budget 2020-2021

Doug Ford n’aura pas à changer sa marque de commerce Ouvert aux affaires , puisqu’il poursuit ce qu’il avait commencé avec l’élimination de barrières à la croissance auxquelles se butent selon lui les entrepreneurs. Du même souffle, il continue de favoriser le milieu des affaires, qui représente une bonne partie de sa base électorale.

Le ministre des Finances Rod Phillips parle lors d'une conférence de presse avec Doug Ford à ses côtés.

Le ministre des Finances Rod Phillips en conférence de presse avec Doug Ford

Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

C'est un budget totalement en lien avec la philosophie de M. Ford. M. Ford n'a pas changé d'idée à cause la COVID, il maintient le cap. Oui, les taxes sont mal vues, donc il faut les baisser le plus possible , souligne la politologue à l’Université d’Ottawa Geneviève Tellier.

Doug Ford aurait pu mettre en branle de grands chantiers et s’engager dans de grands projets de société, mais outre les 14 milliards de dollars en infrastructures pour des écoles, des routes et les télécommunications, son budget ne fait pas de place aux idées audacieuses.

Des vœux pieux?

Doug Ford est-il un grand parleur, petit faiseur? Il promet mer et monde depuis des mois pour protéger les aînés dans les foyers de soins, mais tarde à livrer la marchandise.

Le premier ministre a annoncé en grande pompe que la province offrira quatre heures de soins par jour par résident d’ici 2024-2025. Or, il n’alloue aucune enveloppe pour concrétiser sa promesse. Pas un sou. Pourtant, l’Association des infirmières et infirmiers autorisés de l’Ontario évalue à 1,6 milliard de dollars le coût de cette mesure. Aucun moyen de connaître l’échéancier, même partiel, du gouvernement.

C’est à se demander si les progressistes-conservateurs ont l’intention d’augmenter le seuil minimum de soins des résidents d’ici aux prochaines élections.

La chef de l'opposition Andrea Horwath en point de presse.

La chef de l’opposition Andrea Horwath

Photo : La Presse canadienne / Frank Gunn

Comme l’a souligné la chef de l’opposition officielle à Queen’s Park, c’est comme si Doug Ford avait déjà jeté l'éponge et avait abandonné la lutte contre la COVID-19 dans les foyers de soins de longue durée. La reddition de compte devient certes plus facile lorsque les cibles sont inconnues.

« Si le premier ministre est sérieux avec la modernisation du système de soins de longue durée, il ne l'a pas montré aujourd'hui avec une promesse non financée.  »

— Une citation de  Mike Schreiner, chef du Parti vert

Avec ce budget, le gouvernement Ford n’a pas non plus lancé une campagne de recrutement massif, comme l’a fait le Québec, pour trouver et former des milliers de nouveaux préposés aux soins. L’absence de mesures robustes pour s’attaquer à la pénurie soulève des questions quant aux priorités des progressistes-conservateurs.

Le gouvernement avait tout même annoncé en octobre un programme de formation et de rétention pour 2000 jeunes Ontariens, mais la mesure est largement insuffisante devant l’ampleur de la pénurie dans le milieu des soins de longue durée.

On comprend aussi, en feuilletant le budget, que le gouvernement dispose d'une pile d’argent non alloué, pour les jours durs. Le terme Fonds de prévoyance apparaît d’ailleurs 52 fois dans le document. Le Directeur de la responsabilité financière, un officier indépendant de l’Assemblée législative, avait aussi soulevé des inquiétudes en septembre. Il prévenait alors qu’une coquette somme de 6,7 milliards de dollars pour lutter contre la COVID-19 dormait dans les coffres de la province, et que le gouvernement n’avait toujours pas alloué l’argent à des mesures spécifiques.

Doug Ford semble ici utiliser la même stratégie. Tous ces fonds de prévoyance pourraient ne jamais être utilisés pendant la pandémie. Le gouvernement pourrait éventuellement s’en servir pour réduire la taille de déficit, plutôt que pour aider les Ontariens et entrepreneurs qui sont en difficulté financière.

Où est la relance verte?

La relance verte est un concept bien en vogue ces jours-ci, alors que tous les gouvernements cherchent le meilleur moyen de redémarrer leur économie, mais en limitant leur empreinte carbone.

Justin Trudeau y a aussi fait allusion dans son dernier discours du Trône

Une voiture qui recharge à une borne électrique

Les ventes de véhicules électriques et hybrides ont chuté en Ontario depuis l'abolition d'un programme encourageant les acheteurs.

Photo : Oliver Walters/CBC

Doug Ford, lui, n’a visiblement pas saisi l’occasion qui se présentait pour accélérer la transition écologique dans sa province. Le seul député vert à l’Assemblée législative, Mike Schreiner, avait pourtant soumis plusieurs idées, comme un programme de subvention pour la rénovation écologique ou encore l’ajout de bornes de recharge de véhicule électrique pour accroître le réseau provincial.

Ne cherchez pas, ce genre de mesures ne fait pas partie du budget du gouvernement de Doug Ford.

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