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Quel impact aura l’absence de Salon du livre de Rimouski sur l’industrie?

Une femme range des livres dans un rayon d'une librairie

Dans les trois semaines suivant un salon du livre, les librairies à proximité connaissent une augmentation moyenne de12 à15% de ventes de livres.

Photo : Radio-Canada

Si le marché du livre est l’un des secteurs culturels choyés depuis le début de la pandémie, il devra tout de même composer avec l’absence, cette année, des grands rassemblements et célébrations littéraires qui viennent normalement avec les salons du livre, dont celui de Rimouski.

Pour nous, c’est un gros choc, qu’il n’y ait pas de Salon du livre physique cette année. On s’y attendait, mais c’est un choc monétaire.

Geneviève Gagnon, copropriétaire de la librairie-boutique Vénus

Dans les trois semaines suivant un salon du livre, les librairies à proximité connaissent une augmentation moyenne de 12 à 15 % de ventes de livres.

Et certaines régions [vont] bien au-delà de cette moyenne. C’est ce que rapporte Christian Reeves, directeur des ventes et du développement pour la Société de gestion de la banque de titres de langue française (BTLF), d’après une analyse réalisée entre 2015 et 2017 pour le compte de l’Association québécoise des salons du livre.

Une salle bondée de citoyens attentifs devant Alain Deneault.

Alain Deneault en conférence, au Salon du livre de Rimouski de 2019. Loin de ce type de rassemblements, des activités littéraires en ligne sont proposées au grand public cette semaine.

Photo : Radio-Canada

Les libraires de Rimouski, partenaires de plusieurs événements normalement organisés dans le cadre du Salon, tiennent également les kiosques de plusieurs grands distributeurs de livres du Québec. C’est une source de revenus annuels qu’on n’aura pas cette année, évidemment, indique Mme Gagnon.

À l’Alphabet, on ne s’inquiète pas outre mesure d’échapper à l’engouement qui suit normalement le Salon du livre. La participation de la librairie demande habituellement beaucoup d’effectifs, d’énergie et de frais. Disons qu’avec la pandémie, dans le contexte actuel, c’est un soulagement, estime Guillaume Lamarche, dg de la librairie L’Alphabet.

Des rencontres qui manqueront

Aux éditions Alto, l’équipe prend le soin d’être présente à tous les salons du livre, d’année en année : une façon pour elle de développer et entretenir sa relation avec les lecteurs.

Le Salon du livre de Rimouski en est un qui est très important, parce qu’on a créé des liens avec des gens qui reviennent chaque année et ça, c’est hyper précieux.

Antoine Tanguay, président et directeur général aux éditions Alto
Antoine Tanguay.

Antoine Tanguay, pdg des éditions Alto (archives)

Photo : Radio-Canada

Il y a un esprit au Salon du livre de Rimouski, avec l’équipe de Robin et tout le monde, qui est particulier. C’est un salon qui est sympathique, qui est bien fréquenté et où les affaires, il faut le dire, sont très très bonnes, affirme l’éditeur de Québec Antoine Tanguay, qui évalue qu’environ 10 % des ventes aux éditions Alto sont effectuées en salon du livre.

Seulement à Rimouski, l’an dernier, la maison d'édition a vendu 700 livres auprès des visiteurs du salon.

C’est des choses qui sont à peu près perdues cette année, mais ça, ce n’est pas trop grave, on se retrouvera l’année prochaine, relativise M. Tanguay.

Ce qui lui manquera davantage toutefois, cette année, c’est l’aspect humain, le contact avec la communauté. Celui qui publie une quinzaine de titres par année soutient que la participation de son équipe dans les salons du livre permet aussi de mettre en valeur des livres moins récents, et dont la visibilité s’affaiblit après quelque temps en librairie.

Geneviève Gagnon.

Avec les ventes en ligne qui ont nettement augmenté pendant le confinement, Geneviève Gagnon a dû réengager pour répondre à la demande.

Photo : Radio-Canada

L’aspect du développement de clientèle est également non négligeable pour la libraire Geneviève Gagnon. On sait qu’à la fin de l’année, il y aura une diminution parce que le Salon du livre, ça amène beaucoup de gens de l’extérieur aussi, ça amène une masse de clientèle qu’on n’a pas habituellement. Donc, c’est cette répercussion-là que ça va avoir principalement, prévoit-elle.

De son côté, le chasseur d’épaves bas-laurentien Samuel Côté, qui vient de publier Le monde des épaves au Québec, l’aboutissement d’un travail de plusieurs années, a trimé dur pour éviter de subir les contrecoups de la pandémie.

Comme il ne pouvait participer au Salon du livre tel qu’il en a l’habitude, il s’est chargé d’organiser, de A à Z, une précommande de son nouveau livre, qui a très bien marché.

Samuel Côté.

Plusieurs centaines d’exemplaires se sont envolés grâce à la précommande organisée par Samuel Côté, ce qui a mené à la réimpression de son livre.

Photo : Radio-Canada

Samuel Côté estime tout de même que ces efforts ne remplacent pas la dimension humaine des salons du livre, dont il profite pour élargir son public.

C’est certain que sans Salon du livre de Rimouski cette année, il y a un manque dans ma vie. Je fais des tête-à-tête avec mon ordi à l’année, j’ai besoin de rencontrer des gens, des lecteurs qui me suivent, et je m’ennuie de ces gens-là. Tous les auteurs qui ont lancé des livres dernièrement sont dans le même bateau.

La jeune poète Laurence Veilleux, lauréate du prix Émile-Nelligan cette année pour son recueil Elle des chambres, voit la situation comme une longue attente.

Laurence Veilleux dans une librairie.

« Je n’ai pas l’impression que ça a un impact grave sur la vie du livre. Surtout que vivre avec un livre, ça nous permet d’être plusieurs tout en étant seul. »

Photo : Radio-Canada

Malgré tout, on a un milieu littéraire serré au Québec, donc les contacts se gardent, les discussions continuent d’avoir lieu... Je ne verrais pas ça comme une perte. [...] Je sais que ces rencontres vont arriver de toute façon, seulement plus tard dans le temps. C’est l’état d’esprit dans lequel j’essaie d’être pour pouvoir m’encourager et passer au travers, souligne-t-elle.

Le milieu du livre, loin d’être menacé

La tendance qui se dessinait cet été dans les librairies a persisté ces derniers temps, avec des ventes de livres en hausse totale de 9 % auprès du grand public, sur la même période l’an dernier, selon la BTLF.

Leur résultat global demeure tout de même en deçà des chiffres de l’année passée, avec une baisse de 2,7 %, comme les ventes auprès des bibliothèques et des institutions scolaires, par exemple, ont ralenti de 16,2 %.

Il reste que les gens du milieu du livre sont loin d’être moroses, devant l’intérêt grandissant des Québécois pour les publications d’ici.

Guillaume Lamarche, directeur général de la librairie L'Alphabet.

Sept librairies de la région offrent une remise de 10 % pour stimuler l'achat de livres québécois en fin de semaine.

Photo : Radio-Canada

La librairie L’Alphabet, qui constate aussi que le livre répond encore au besoin d’évasion et de réconfort du public, observe une hausse de 27 % des ventes depuis le mois de juin, et de 36 % seulement au mois d’octobre.

La direction voit effectivement que les achats dans les écoles sont toutefois en baisse. C’est là que la situation est plus incertaine, mentionne Guillaume Lamarche, qui précise que cette baisse de ventes aux collectivités – les bibliothèques ont pour leur part continué de faire le plein de nouveautés – n’est pas trop inquiétante pour le moment.

Antoine Tanguay, des éditions Alto, rappelle par ailleurs que les librairies ont redoublé d’efforts, notamment pour faire mousser les ventes en ligne et répondre à l’engouement du public.

On a les mêmes ventes cette année à même date qu’en 2019. La pandémie n’a pas affecté notre industrie, elle a peut-être juste affecté notre façon de nous adresser aux lecteurs et aux lectrices., indique-t-il.

On a une fierté envers le livre québécois. [...] Ici, au Québec, on fait de très très bons livres, et on les encourage bien.

Antoine Tanguay, président et directeur général aux éditions Alto
Une pile de livres québécois dans une librairie de Matane.

Depuis 2014, le mouvement du 12 août, J'achète un livre québécois a contribué à nourrir l'engouement dans les librairies (archives).

Photo : Radio-Canada / Marie-Jeanne Dubreuil

Il croit toutefois que tout doit être mis en œuvre pour mettre en valeur le travail des écrivains, et favoriser les rencontres entre les créateurs et les lecteurs, même si ce doit être fait de façon virtuelle.

Du côté du Salon du livre de Rimouski, le directeur général, Robin Doucet, indique que les finances de l’organisation se portent très bien. Et l’objectif pour nous c’était de terminer l’année avec opération blanche, donc il n’y aura problème à ce niveau-là, a-t-il mentionné en début de semaine.

Sa priorité a été d’assurer le salaire de ses employés, pour tenir des activités, malgré tout. On a eu un budget assez étonnant pour être capable de travailler en virtuel et d’offrir un produit de très haute qualité au niveau technique, ajoute M. Doucet.

Revoir le modèle des salons du livre?

Le bédéiste et animateur Tristan Demers, qui aurait entamé sa 36e tournée dans les salons du livre cette année, estime que l’industrie, au Québec, devrait profiter de cette pause forcée des salons du livre pour brasser les cartes et réfléchir à leur modèle d’affaires.

On a peut-être pris un peu de retard sur cette grande discussion qu’on se devait d’avoir dans l’industrie.

Tristan Demers, bédéiste et animateur

D’autres événements dans le monde ont délaissé les traditionnelles allées de kiosques pour créer des espaces thématiques, et mettre leurs efforts sur l’expérience de lecture, plus immersive, note celui qui voyage normalement dans plusieurs pays de la francophonie dans le cadre des salons du livre.

Tristan Demers.

Tristan Demers parcourt les salons du livre depuis ses 12 ans. On le voit ici au Salon du livre de Paris.

Photo : Tristan Demers

Un événement qui a pour but de célébrer le livre et la lecture devrait, selon Tristan Demers, s’adapter davantage pour rejoindre le lectorat, qui a beaucoup changé, alors que les salons du livre ont somme toute gardé semblablement le même modèle depuis leur création. Peut-être que le public est rendu ailleurs, aussi.

Si, finalement, auteurs, éditeurs et libraires composent relativement bien avec l’absence de Salon du livre à Rimouski cette année, tous espèrent de tout cœur que cet événement, qui leur est bien précieux, soit de retour pour ainsi dire en chair et en os, l’an prochain.

Avec la collaboration de Nadia Ross

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