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Tous les athlètes de l'Atlantique ne sont pas égaux face à la pandémie

Deux athlètes aux parcours différents démontrent qu'il faut faire preuve de persévérance pour demeurer au sommet.

Deux jeunes femmes souriantes avec des médailles au cou.

Mahée Savoie, à gauche, et Danielle Dorris, à droite, ont des conditions très différentes de retour à l'entraînement.

Photo : Gouvernement du N.-B. / Natation Canada

François Le Blanc

Les restrictions imposées par la Santé publique du Nouveau-Brunswick ont fait mal aux athlètes amateurs. La pandémie de COVID-19 a gardé tout le monde au vestiaire pour éviter la propagation du virus. Mais, en même temps, cette pause forcée a aussi stoppé la progression d'athlètes prometteurs. Portraits de deux retours en action différents et inégaux.

Danielle Dorris et Mahée Savoie sont deux jeunes athlètes qui représentent le Nouveau-Brunswick sur la scène nationale.

Danielle Dorris, dans l'eau, nageant sur le dos.

Danielle Dorris compétitionne souvent dans la même catégorie que les autres nageuses. C'est une façon d'améliorer ses temps selon elle. On la voit ici lors de la Coupe du N.-B. en février 2019.

Photo : Radio-Canada / Paul Landry

La première est une nageuse paralympique qui veut conserver sa place parmi l'élite après avoir participé aux Jeux de Rio en 2016, la deuxième est une judoka au futur prometteur qui tente de percer sur la scène nationale après des médailles dans des compétitions importantes, dont les Jeux du Canada de 2019.

Jeune femme avec tuque et manteau. Elle sourit.

Mahée Savoie, lors de son passage à un camp de Judo Canada

Photo : Mahée Savoie

Deux jeunes femmes passionnées, mais avec deux parcours différents qui démontrent un écart entre les athlètes.

Danielle Dorris étudie à distance en éducation physique et en santé à l'Université McGill. Elle aimerait devenir professeure de gym.

Mahée Savoie est en 10e année. Son autre rêve, c'est de devenir médecin. Elle a encore du temps devant elle, mais pas question de négliger ses cours.

La pause du printemps

J'étais un peu agacée, dit Danielle Dorris. Membre de l'équipe nationale paralympique de natation, son entraînement demande une rigueur et une discipline pour rester au sommet de son art. Les piscines et les gymnases étant fermés, la nageuse de Moncton, âgée de 18 ans, s'est ajustée avec les moyens du bord. J'ai juste fait le même plan. J'ai été dans le Swim Spa et j'ai fait des choses dans le gym à la maison.

Un spa de nage n'est pas l'idéal, mais c'est mieux que rien. Elle a reçu un peu d'aide de Natation Canada pour un préparateur physique et pour payer les frais d'entrée dans les piscines locales.

Nous avons des réunions par Zoom pour parler des choses qui se produisent présentement, explique Danielle. Et, quand les piscines ont été ouvertes, ils ont mis en ligne une chose appelée #SwimAgain.

Danielle Dorris est debout au bord de la piscine, en position de départ.

Danielle Dorris au départ de sa course préliminaire au 200m 4 nages, lors de la Coupe du N.-B. en février 2019.

Photo : Radio-Canada / François Le Blanc

Ce programme #Nagerdenouveau, sur les médias sociaux, donne des défis à relever pour les athlètes.

Je pense que ça nous aide à avoir plus de motivation parce qu'on a une organisation qui est avec nous. Et ça nous aide à être plus fortes dans la piscine.

Elle est chanceuse, car elle peut compter sur Ryan Allen, son entraîneur du Club de natation Bleu et Or (CNBO) de Moncton.

Ryan Allen, Danielle Dorris et Jean-Pierre Dorris côte à côte

Danielle Dorris en compagnie de son entraîneur Ryan Allen (à gauche) et de son père Jean-Pierre Dorris.

Photo : Radio-Canada / Stéphan Bénard

Je pense que je vais rester au même niveau que je suis à cause de mon entraîneur. Je suis avec lui depuis 6 ans. Je suis vraiment fière de lui.

Danielle Dorris, nageuse

Autre sport, autre défi

La situation est différente pour les athlètes régionaux qui aspirent aux équipes nationales. Le soutien de la province est quasi-inexistant.

Femme en kimono est par-dessus une adversaire.

Mahée Savoie, avec le kimono bleu, met au sol une adversaire lors d'un combat aux championnats de l'est canadien en 2018.

Photo : Radio-Canada / Gilles Landry

Depuis 2017, Mahée Savoie connaît une progression fulgurante dans le monde du judo du Nouveau-Brunswick. Elle fait partie d'une cohorte de jeunes qui ont aidé les équipes féminines et masculines néo-brunswickoises à bien performer aux Jeux du Canada de 2019.

Entrevue donnée à Patrick Henri, de Radio-Canada Alberta, après sa performance aux Jeux du Canada, en 2019

L'arrêt complet des activités au printemps a privé la judoka de plusieurs occasions de grimper les échelons.

Déjà, au mois de mai, j'avais les championnats canadiens, mentionne Mahée, qui est âgée de 15 ans. Puis, il y avait un camp d'entraînement après ça. Cet été, j'aurais eu quelques semaines de camp à Montréal aussi.

Jeune femme de dos regardant le début d'un combat de judo.

La judoka Mahée Savoie est sur le radar de l'équipe nationale de judo depuis quelques temps.

Photo : Radio-Canada / François Le Blanc

Ces occasions, à son âge, de se mesurer au reste du pays et de se faire connaître auprès des entraîneurs de l'équipe nationale sont rares.

Ça me permet de me développer beaucoup puis d'améliorer ma technique, explique-t-elle. De pouvoir me battre avec des gens différents, c'est un atout et ça me permet d'avoir une rétroaction des entraîneurs de l'équipe nationale. Et c'est dur de ne pas en avoir aussi longtemps que ça.

Pendant la pause, elle a trouvé cette situation frustrante.

C'était vraiment difficile. Après un bout, j'avais vraiment le goût de me battre. Puis, je demandais à mon père pour me battre avec lui, Mais, il n'a pas voulu, dit-elle en riant.

Avec mon club, on a fait des entraînements sur Zoom. C'est sûr que ce n’est pas comme sur des tapis. Mais, au moins, on pouvait faire un peu de technique et tout ça. Et j'ai fait des poids chez moi.

Mahée Savoie, judoka

Contrairement à Danielle Dorris, Mahée Savoie a payé elle-même les services d'un entraîneur pour gagner du muscle. Elle ne reçoit aucune aide de la province.

Homme en kimono, jambe en l'air, s'apprête à faire basculer un adversaire.

Stéphane Bérubé fait une démonstration à ses élèves en février 2019.

Photo : Radio-Canada / Ian Bonnell

Les centres d'entraînement sont maintenant rouverts dans des conditions qui sont loin d'être idéales. Par exemple, au club Otoshi de Dieppe, où Mahée s'entraîne, les judokas sont regroupés en duo par période de 14 jours.

Des jeunes en kimonos sont regroupés dans une salle avec des tapis.

Le nouveau dojo du Club Otoshi: un local a été aménagé dans une église désacralisée. Habituellement, on accueille de 40 à 45 jeunes pour les cours. Maintenant, la limite est de 18 judokas.

Photo : Club de judo Otoshi

Il est donc difficile de progresser en pratiquant ses mouvements et ses prises avec la même partenaire.

Les défis sont de tailles pour les deux jeunes femmes qui gardent le moral en espérant de meilleurs jours à l'horizon.

Manque de compétition

Bien que les deux athlètes se soient ajustées pour le retour à l'entraînement, le monde du sport s'inquiète tout de même d'un manque de compétition.

Charles Babineau en entrevue.

Charles Babineau oeuvre dans le monde du sport néo-brunswickois depuis fort longtemps.

Photo : Radio-Canada

Charles Babineau, membre du conseil d'administration de Sports Nouveau-Brunswick, craint un manque de motivation à long terme.

C'est difficile parce que, les entraîneurs, probablement, ont toujours ajusté le plan d'entraînement annuel. On ne sait pas quand auront lieu les prochaines compétitions majeures.

Charles Babineau, membre du conseil d'administration de Sports N.-B.

Stéphane Bérubé, directeur technique du club Otoshi, explique que la forme physique, en judo, s'acquiert avec un entraînement spécifique à ce sport de combat. On ne peut simplement la combler par de la course, par exemple. Il y a des choses spéciales à faire. Il craint pour le développement à long terme.

Homme chauve accroupi regardant des matchs de judo.

Stéphane Bérubé, lors des championnats de l'est canadien à Edmundston en 2018. Le senseï, originaire du nord-ouest du N.-B., a amené sa passion dans le sud-est. Il a été aussi entraîneur de l'équipe provinciale aux Jeux du Canada, en 2019.

Photo : Radio-Canada / François Le Blanc

Et, dans notre région, on a de la difficulté à vraiment développer nos athlètes puis de les amener au même niveau qu'ailleurs. On sait que les autres athlètes, des autres provinces, comme l'Alberta, la Colombie-Britannique, s'entraînent au même rythme, presque, qu'auparavant.

Stéphane Bérubé, directeur technique, Club de judo Otoshi

Un fossé se creuse malgré la bonne volonté de tout le monde.

En Nouvelle-Écosse, il y a une lueur d'espoir pour certains groupes de sportifs. La province a annoncé, mardi, que les gymnases des écoles pourraient ouvrir à nouveau leurs portes à la communauté.

Une somme de 5,5 millions de dollars est investie pour s'assurer que l'accès soit sécuritaire.

Les frais de locations sont aussi éliminés pour le reste de l'année.

Zach Churchill, ministre de l'Éducation et du Développement de la petite enfance de la Nouvelle-Écosse rappelle, dans un communiqué, que l'activité physique et le sport sont essentiels à notre bien-être, particulièrement pendant cette période difficile. Le temps devient de plus en plus froid, et il est important pour les membres de la collectivité d'avoir un endroit sûr où pratiquer ces activités à l'intérieur.

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