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Des milliers de produits chinois dans Le Panier Bleu

« On veut s'assurer que, le plus possible, les Québécois achètent des produits québécois », a pourtant dit François Legault lors du lancement du site Internet.

Le Panier Bleu a été lancé le 5 avril par le gouvernement du Québec.

Le Panier Bleu a été lancé le 5 avril par le gouvernement du Québec pour réagir aux effets économiques de la COVID-19.

Photo : Logo du Panier Bleu

Prenez note que cet article publié en 2020 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Des fabricants québécois se sentent noyés dans un flot de produits manufacturés à l'étranger sur le nouveau site marchand du Panier Bleu. Ce n'est plus la vitrine que le gouvernement du Québec leur avait promise.

À la base, j’ai trouvé que l'initiative était très bonne, explique l'entrepreneur Richard Marier, qui fabrique à Montréal des enregistreurs de kilométrage pour les gens d'affaires. Quand on s’est enregistré au Panier Bleu, notre impression c'était que c'était vraiment, en premier lieu, pour faire la promotion des produits et services québécois.

Mais depuis quelques jours, le patron de TripLogik déchante.

« On se retrouve avec des centaines et des centaines de produits qui viennent de la Chine et d’un peu partout sur la planète et notre produit est mélangé à tout ça. »

— Une citation de  Richard Marier, fabricant québécois, propriétaire de l'entreprise TripLogik

Près d'un million de produits sont affichés sur le catalogue en ligne du Panier Bleu, qui permet de finaliser l'achat directement sur le site du commerçant.

Des produits vendus sur Le Panier Bleu.

Des produits vendus sur Le Panier Bleu.

Photo : Radio-Canada / Capture d'écran

On remarque des instruments de musique Yamaha, des ordinateurs Dell, des boîtes de jeux Lego, des chaussures Vans ou Converse, du matériel de vélo Shimano, des lunettes Oakley... Toutes des marques qui ont des sites de production en Chine.

Richard Marier n'est pas contre la présence de ces produits d'ailleurs sur le site, mais il aimerait que les visiteurs puissent trouver une façon d'isoler les produits fabriqués et vendus au Québec. Je souhaite que Le Panier Bleu retourne à sa mission de base, dit-il.

Un mandat qui a évolué

Le Dr Richard Massé, François Legault et Pierre Fitzgibbon en conférence de presse devant des drapeaux du Québec.

Le premier ministre François Legault, entouré du ministre de l'Économie et de l'Innovation Pierre Fitzgibbon (à dr.), du Dr Richard Massé, conseiller médical stratégique à la direction de la santé publique (à g.), le 5 avril, au moment de l'annonce du lancement du Panier Bleu.

Photo : Radio-Canada

Le 5 avril, quand le premier ministre François Legault annonce la création de l'organisme à but non lucratif Le Panier Bleu, il explique avoir pour objectif de regrouper, sur la même plateforme numérique, les produits québécois. Le gouvernement y a injecté quatre millions de dollars.

On veut s'assurer que, le plus possible, les Québécois achètent des produits québécois, et donc Le Panier bleu, c'est ça que ça va viser, avait ajouté M. Legault, ce que son ministre de l'Économie Pierre Fitzgibbon avait appuyé.

« Nous voulons que Le Panier Bleu soit un dépôt pour tous les produits québécois qui sont offerts par les entreprises du Québec. »

— Une citation de  Pierre Fitzgibbon, ministre de l'Économie du Québec, le 5 avril, lors du lancement du Panier Bleu

En réalité, Le Panier Bleu est aujourd'hui devenu la vitrine des commerçants québécois, quels que soient les produits qu'ils vendent.

Tous les commerçants québécois sont les bienvenus sur Le Panier Bleu, explique l'attaché de presse du ministre de l'Économie, Mathieu St-Amand, en réponse à nos questions.

Il n'a pas été possible d'obtenir une entrevue avec le directeur du Panier Bleu, Alain Dumas. La chargée de communications pour l'organisme, Malika Paradis, explique que les produits en vitrine sur le catalogue sont tous vendus par des commerçants d'ici, et sont disponibles en ligne ou dans leur commerce.

Notre objectif est de permettre au tissu économique et social du commerce de détail de traverser la crise, rappelle-t-elle.

« À l'exception d'Aliments du Québec, il n’existe aucune information sur la fabrication des produits. Nous avons justement lancé un chantier de travail au début de l’été sur l'origine des produits et des commerces qui se penche exactement sur cette épineuse question. [...] En attendant, nous croyons qu’il vaut mieux acheter un produit étranger chez un commerçant d'ici que chez un commerçant étranger. C’est déjà un début. »

— Une citation de  Communication du Panier bleu, à la suite de la publication de cet article

Selon l'entrepreneur Richard Marier, il serait inconcevable de retrouver sur Le Panier Bleu des fraises de Californie, même si elles sont vendues par une épicerie québécoise.

Un magasin Walmart du Québec pourrait-il afficher ses produits sur le site? Impossible explique Le Panier Bleu. Entre autres critères d'acceptation, le siège social principal du commerce doit être québécois ou bien le commerce doit appartenir à un(e) propriétaire indépendant(e) ou à un(e) affilié(e) québécois(e). Les magasins franchisés et corporatifs dont le siège social principal n’est pas québécois ne sont pas admissibles.

« C'était incontournable », estime un expert

Jacques Nantel, expert du comportement des consommateurs et professeur émérite à HEC Montréal.

Jacques Nantel, expert du comportement des consommateurs et professeur émérite à HEC Montréal.

Photo : Radio-Canada

La question de Walmart ne se pose pas, selon Jacques Nantel, professeur émérite à HEC Montréal et spécialiste du commerce de détail.

La compagnie Walmart est extrêmement efficace sur le web, elle n'a pas besoin du Panier Bleu, dit-il.

Selon lui, l'organisme n'avait pas le choix d'orienter sa stratégie sur les vendeurs québécois plutôt qu'uniquement sur les fabricants d'ici.

« Il y a peu de produits manufacturés québécois, sauf dans l'alimentaire, par contre il y a beaucoup de détaillants québécois. »

— Une citation de  Jacques Nantel, professeur émérite à HEC Montréal et spécialiste du commerce de détail

Le professeur rappelle que les commerces québécois avaient pris un solide retard dans leur présence sur le web et qu'il faut freiner l'exode des acheteurs québécois vers des plateformes étrangères comme Amazon, qui ne paient pas toujours des taxes ici.

L'expert regrette, en revanche, que l'objectif n'ait pas été clarifié dès le départ et il comprend que les producteurs québécois se sentent noyés au milieu des produits étrangers.

Des produits affichés et vendus en anglais

De nombreux produits ne sont décrits qu'en anglais sur le site du Panier Bleu. Quand on clique dessus, il n'est pas rare d'être renvoyé vers des sites marchands en anglais.

Le Panier Bleu précise que la mise en ligne des produits n'en est qu'à ses débuts et que les informations fournies sur les produits sont le reflet de ce que les commerçant(e)s ont indiqué dans leurs propres boutiques en ligne.

Vives réactions de l'opposition à Québec

Un autre gaspillage de fonds publics, a déclaré le porte-parole du Parti libéral du Québec en matière de PME, Monsef Derraji.

« Finalement, c'est un gros catalogue de produits qu'on peut retrouver chez Walmart. »

— Une citation de  Vincent Marissal, porte-parole de Québec solidaire en matière d'économie

Plutôt que de continuer à y investir, pourquoi ne pas aider directement les PME du Québec dans leur virage vers le commerce en ligne?, a écrit le Parti québécois sur Twitter.

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