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Deux vétérans acadiens de la Seconde Guerre mondiale reçoivent la Légion d'honneur

La Légion d’honneur est la plus haute distinction accordée par la France. Cette distinction a pour but de rendre hommage aux vétérans canadiens encore en vie qui ont pris part à la campagne de libération de la France.

Un gros plan sur la médaille, accrochée sur le veston noir d'un vétéran.

Deux vétérans de la Péninsule acadienne se sont vu offrir la médaille de la Légion d'honneur française.

Photo : Radio-Canada / Alix Villeneuve

Il ne reste plus beaucoup de témoins de la Seconde Guerre mondiale. Alexandre Mallet de Haut-Shippagan et Réginald Basque de Tracadie sont deux rares vétérans de cette guerre. La France leur a remis cet automne la croix de la Légion d’honneur.

Les combats ont cessé il y a 75 ans. Mais le temps ne suffit pas à effacer la douleur subie lors de cette guerre impitoyable.

Une blessure encore vive

Le vétéran Alexandre Mallet, aujourd’hui âgé de 99 ans, est encore plein d’énergie. En faisant visiter sa maison, il souligne avec fierté qu’il a construit lui-même les murs qui la soutiennent ainsi que de nombreux meubles.

Le vétéran, blagueur, compare à un arbre de Noël son veston rempli de médailles, où s’est ajouté récemment le nouvel insigne français.

Alexandre Mallet présente à la caméra des cadres avec des photos prises lors de la guerre.

Alexandre Mallet a combattu en Europe en 1944 et 1945. Il a participé à la bataille de Cologne, ville allemande.

Photo : Radio-Canada / Alix Villeneuve

Toutefois, lorsqu'il se remémore la guerre, son ton change brusquement. Son sourire s’efface et une peine douloureuse le submerge.

C’est de quoi que je n'oublierai jamais, parvient-il à dire, le visage défiguré sous les larmes.

Ça me vient tout le temps derrière la tête… j’y pense tout le temps à ça, lance-t-il en cherchant un mouchoir.

Alexandre Mallet, en entrevue, pleure avec un mouchoir dans les mains.

Une vive émotion submerge Alexandre Mallet lorsqu'il replonge dans ses souvenirs de la 2e guerre mondiale.

Photo : Radio-Canada / Alix Villeneuve

Alexandre Mallet était encore dans la jeune vingtaine lorsqu'il a été catapulté sur le champ de bataille contre les nazis.

Son combat le plus difficile fut celui pour la libération de Cologne, une ville en Allemagne. Je n’avais jamais pensé à ma mort… Mais à Cologne, j’y ai pensé.

J’ai dit à mon chum, dans n’importe quelle seconde, on peut mourir.

Il faut que tu y penses…il faut que tu y penses.

Une photo d'époque. Des dizaines de jeunes militaires prennent une photo, en rang.

Alexandre Mallet faisait partie de ce corps de l'armée canadienne.

Photo : courtoisie / Alexandre Mallet

Au nom des frères d'armes

Réginald Basque de Tracadie est plus affaibli par les années que son compatriote de Haut-Shippagan. Assis confortablement sur son divan, où il aime faire des mots croisés, il montre une photo de ses jeunes années dans l'armée.

Il est indiqué, Réginald Basque, 1943. Le jeune homme est en uniforme des Forces canadiennes. C’était un photographe qui était là. Pour un paquet de cigarettes, il nous prenait des photos!

Une photo d'époque où le jeune Réginald Basque est en uniforme de l'armée canadienne.

Réginald Basque était jeune lors de la guerre.

Photo : Radio-Canada / Alix Villeneuve

En uniforme protocolaire, Réginald Basque est encore ému. Je suis fier d'avoir participé à la libération de la Normandie et de la France, dit-il.

Il montre du doigt la médaille de la Légion d’honneur, dotée d'un ruban rouge symbolique, bien accrochée sur son veston. Un représentant du gouvernement français la lui a remise en main propre le mois dernier.

Cette distinction le replonge dans des souvenirs difficiles.

Un gros plan de la médaille, dans son coffret.

La Légion d'honneur est la plus haute distinction française pour souligner le service de citoyens.

Photo : Radio-Canada / Alix Villeneuve

Le 5 mai 1945. Le char que j’étais dessus a été frappé par un obus, raconte-t-il, les yeux rouges.

J’étais le seul survivant. J’ai perdu des amis. J’y pense encore à eux autres aujourd’hui.

Une citation de :Réginald Basque, vétéran

J’accepte cette médaille au nom de toutes les personnes qui ont combattu avec moi, à mes côtés, confie-t-il péniblement, le souffle entrecoupé par l’émotion et la vieillesse.

Se souvenir

En combattant les nazis sur le vieux continent au nom de la liberté et la démocratie, ces deux nonagénaires ont vécu l’horreur de cette guerre d’autrefois.

Ils en gardent de douloureux souvenirs. Ces deux hommes sont parmi les derniers monuments vivants pouvant raconter cette époque trouble.

Un insigne en forme de coquelicot est attaché sur le veston de Réginald Basque. Il est écrit : "Nous nous souvenons".

Le coquelicot est le symbole canadien du jour du Souvenir, où l'on rend hommage aux anciens combattants.

Photo : Radio-Canada / Alix Villeneuve

Selon eux, ce serait une grave erreur historique si les générations plus jeunes en venaient à oublier leur sacrifice et la barbarie de cette guerre.

Il y a du monde aujourd’hui qui est têtu. Ils n’y croient pas, lance Alexandre Mallet avec frustration. Il y a un gars à Shippagan qui m’a dit : "Ces médailles-là, ce ne sont pas des médailles que tu as gagnées, on te les a donnés!"

C’est l’armée qui me les a données pour les services que j’ai rendus, lance-t-il. Des fois, le monde ignore ce que je raconte, ils ne le réalisent pas en parlant comme ça.

Aujourd’hui, grâce à nous [...], le monde est encore libre.

Une citation de :Réginald Basque, vétéran
Réginald Basque se tient debout dans son salon, une main sur une marchette. Il porte son veston protocolaire orné de plusieurs médailles.

Réginald Basque, de Tracadie, a vécu plusieurs batailles en sol européen, dont celle de la Poche de Falaise, une victoire stratégique pour les alliés en Normandie.

Photo : Radio-Canada / Alix Villeneuve

Réginald Basque se préoccupe aussi des anciens combattants des autres guerres qui ont suivi le conflit mondial de 1939 - 1945.

On les oublie. Ceux qui ont été en Afghanistan, combien y a-t-il de monde qui pense à ce monde-là? Je les remercie. Cette médaille, je l'accepte en leur nom aussi. Ils méritent beaucoup plus que ce qu’on leur fait, pense Réginald Basque.

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