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La douance, un cadeau empoisonné?

Nathalie Courcy et sa fille Alexane exposent les défis accompagnant la douance intellectuelle.

Illustration de deux filles debout entourées de symboles représentant des sujets scientifiques et musicaux.

Légende

Photo : Radio-Canada

« Vous devriez être contents, elle est intelligente » : Nathalie Courcy a trop souvent entendu cette douloureuse déduction lorsqu’elle appelait à l’aide, à bout de ressources pour réconforter sa fille Alexane. Pour la maman, la douance intellectuelle de ses quatre enfants est autant lumière qu’ombre… et parfois même abysses.

À deux jours de vie, Alexane Bellemare pouvait lever sa tête toute seule. À deux mois, elle filait des nuits de 13 heures. La fillette a parlé plus tôt que prévu et savait lire toute seule à quatre ans. Comme elle faisait de grosses crises à répétition (parfois jusqu’à 15 par jour), ses parents savaient que leur fille était hypersensible, sensoriellement et émotionnellement.Mais quelque chose leur échappait.

Les outils qu’on a habituellement comme parents ne fonctionnaient pas avec elle. C’était toujours à recommencer. On est allés chercher de l’aide, des ressources : travailleurs sociaux, psychologues et compagnie, se souvient Nathalie Courcy.

Personne n’avait toutefois de réponses à leur fournir. C’est à sept ans qu’Alexane a été évaluée en douance intellectuelle. La confirmation a changé la vie de toute sa famille.

Douance intellectuelle, ou haut potentiel, sont les termes officiels de l'expression populaire surdoué. Un enfant est dit doué quand il a un rythme de développement intellectuel très supérieur à celui normal de son âge, alors que son développement affectif et relationnel correspondent aux normes de son âge.

Source : Centre d’évaluation neuropsychologique et d’orientation pédagogique

Depuis, Nathalie Courcy a d’ailleurs appris qu’elle vit elle-même avec une douance, tout comme ses quatre enfants.

Il y a une grande part qui est héréditaire. Ça n’a rien à voir avec la classe sociale ou avec le fait qu’on lit à nos enfants ou qu’on les amène dans les musées. C’est vraiment le cerveau qui est construit de cette façon-là, explique-t-elle.

La fondatrice de la division outaouaise de l'Association Haut potentiel Québec et co-autrice du livre Zoé douée, Regards d'enfants sur le haut potentiel intellectuel avance que la douance est souvent liée à d’autres défis comme le troubles déficitaire de l’attention (TDAH) ou le trouble du spectre de l’autisme.

Mme Courcy ajoute que beaucoup d’enfants doués vivent de l’anxiété intensifiée par leur compréhension différente - et bien plus avancée - de la vie que celle de leurs camarades du même âge.

Oui c’est un cadeau! Je suis contente : mes enfants sont brillants et vont aller loin s’ils le veulent. Ils ont un beau potentiel, mais c’est un défi à plusieurs niveaux.

Une citation de :Nathalie Courcy

Ce drame que personne ne veut vivre

Alexane a vécu de l’intimidation à l’école primaire, mais se consolait, le nez dans les livres. Ses résultats académiques ne laissaient rien transparaître de la douleur qu’elle vivait.

Je me filtrais à l’école, ce qui faisait qu’en arrivant à la maison, ça explosait encore plus, révèle la Gatinoise de 16 ans.

Sur ces deux photos de Nathalie Courcy et sa fille Alexane, on voit le lien qui les unit.

Nathalie Courcy et sa fille Alexane.

Photo : Avec la gracieuseté de Nathalie Courcy

Ça faisait des années - plus de 10 ans - qu’on cherchait de l’aide, qu’on cognait à toutes les portes, qu’on criait à l’aide et qu’on se faisait dire qu’on exagérait, renchérit sa mère.

Au secondaire, la différence d’Alexane lui est devenue un fardeau trop lourd à porter.

Les gens me traitaient de folle, de "freak" ou de choses comme ça autour de la différence.

Une citation de :Alexane Bellemare

L’intimidation a décuplé et les difficultés scolaires se sont accumulées, si bien qu’elle a changé d’école au bout de deux ans.

En troisième année du secondaire, l’adolescente de 14 ans a décidé qu’elle n’en pouvait plus.

Pour Nathalie, la tentative de suicide de sa fille ne fut pas une surprise. Impuissante, elle s’y préparait depuis des mois en imaginant différents scénarios.

La question n’était pas si ça allait arriver… C’était quand et comment. Comment j’allais l’apprendre? Est-ce que j’allais arriver assez rapidement? Est-ce qu’on allait pouvoir la sauver?, relate la mère, la gorge nouée.

J’aurais voulu être entendue et que la souffrance de ma fille soit entendue à sa juste valeur… beaucoup plus tôt pour éliminer ce drame-là dans sa vie à elle, mais aussi dans notre vie familiale à nous.

Une citation de :Nathalie Courcy

C’est pourquoi le duo mère-fille, aujourd’hui plus complice que jamais, lance un cri du coeur pour faire entendre l’importance de parler de la différence.

Nathalie Courcy et sa fille Alexane sur le bord d'une piste à l'automne.

Alexane est aujourd'hui une grande ado.

Photo : Avec la gracieuseté de Nathalie Courcy

T’es donc bien autiste

Dans les corridors de son école secondaire, Alexane entend couramment ce genre de commentaire lancé à la blague par un élève pour en agacer un autre.

Elle réprime aussi une grimace chaque fois que ses copines de classe affirment avoir changé de coiffure avant de faire une dépression nerveuse.

Ou qu’un élève de son cours d’art plastique s’auto-détermine un trouble obsessionnel compulsif parce qu’il aime classer ses crayons par couleur.

Dans un article de blogue, l’adolescente a d’ailleurs exprimé son aversion pour l’utilisation inexacte et réductrice, selon elle, de mots désignant une série de troubles psychologiques visiblement incompris par ses pairs.

Ça stigmatise encore plus des troubles déjà très stigmatisés et ça banalise ces mots, déplore-t-elle. Les gens qui entendent ça et qui vivent avec ces difficultés-là, qui combattent ça chaque jour de leur vie, ils entendent ça [de façon] tellement banale que ça les fait sentir comme si leurs difficultés n’étaient pas valides.

Par son témoignage, Alexane Bellemare espère briser les tabous entourant la santé mentale. Elle continue également ses apprentissages pour mieux identifier ses propres défis et trouver des solutions. J’apprends à gérer tout ça, déclare la finissante, optimiste, qui espère entamer des études collégiales en haute couture l’automne prochain.

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