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Procès de Gilbert Rozon : la défense attaque la crédibilité de la plaignante

Arrivée de Gilbert Rozon sous les huées d’une trentaine de manifestants.

Gilbert Rozon est arrivé sous les huées d’une trentaine de manifestants.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Radio-Canada

Les avocats de Gilbert Rozon ont déclaré lors de la présentation des plaidoiries vendredi matin que la version des faits présentée par la plaignante dans cette affaire, qui remonte à une quarantaine d'années, n'est pas fiable et truffée d'incohérences.

Les avocats de Gilbert Rozon, qui ont plaidé devant la juge Mélanie Hébert de la Cour du Québec, estiment que le témoignage de la présumée victime contient trop de trous de mémoire.

Selon Me Isabel Schurman et Me Pierre Poupart, qui défendent l'homme d'affaires, l'impossibilité pour la plaignante de se rappeler les paroles échangées, de pouvoir dire comment Gilbert Rozon était habillé le soir des faits ou encore l'existence de contradictions entre ce qu'elle a affirmé aux policiers et ce qu'elle a raconté devant la Cour, laissent planer des doutes importants sur la cohérence de son récit.

La défense allègue qu’il serait par conséquent dangereux de condamner leur client sur la base d’un tel témoignage.

L'homme d'affaires montréalais de 65 ans nie en bloc les allégations de la victime, qui affirme qu'il l'a agressée sexuellement au début des années 1980 dans une maison des Laurentides, lorsqu'il avait 25 ans. Gilbert Rozon doit répondre à des accusations de viol et d'attentat à la pudeur dans cette affaire.

Comme le temps est venu à manquer vendredi, il faudra que le procureur de la Couronne, Me Bruno Ménard, présente sa plaidoirie à la juge Hébert le 19 novembre prochain.

L'accusation

Selon la plaignante, qui a livré sa version des faits au premier jour du procès, le 13 octobre dernier, tout a commencé par un rendez-vous galant auquel l'avait conviée l'accusé.

À l'époque, la femme, dont l'identité est protégée par une ordonnance de non-publication, avait 20 ans.

Après un certain temps passé dans une discothèque, l'accusé lui aurait offert de faire du necking, c'est-à-dire de l'embrasser, dans sa voiture, selon la femme, qui dit avoir refusé.

En chemin pour la reconduire chez elle, Rozon se serait arrêté à la maison de sa secrétaire pour aller chercher des documents. À l'intérieur, la femme a raconté que Gilbert Rozon s'est jeté sur elle pour l'embrasser, en lui mettant la main sur le décolleté, et qu'il a ensuite tenté de lui retirer ses sous-vêtements.

La plaignante affirme s'être débattue et l'avoir repoussé pour qu'il cesse. Disant n'avoir pas d'autres options pour rentrer chez elle, et jugeant qu'il avait bien compris son refus, elle a passé la nuit sur place, seule, dans une chambre.

Au petit matin, elle affirme s'être réveillée parce que Gilbert Rozon était sur elle, déterminé selon elle à avoir une relation sexuelle. Elle ne voulait pas, a-t-elle dit lors de son témoignage, insistant sur le fait qu'il n'y ait pas eu de consentement.

Des manifestantes regroupées devant le palais de justice de Montréal.

Le collectif Wake up calice a organisé une manifestation vendredi matin pour soutenir les présumées victimes de Gilbert Rozon et demander des reformes judiciaires.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Une toute autre version

L'accusé a quant à lui offert une autre version : il soutient qu'il n'y a pas eu de proposition de necking dans sa voiture, et qu'il a invité la jeune femme à prendre un dernier verre dans une maison louée par une de ses employées, et à laquelle il avait accès.

Après l'avoir caressée et embrassée, il dit avoir mis sa main sous sa jupe, mais avoir tout arrêté quand elle s'est raidie et lui a dit : Non. Il affirme être allé se coucher et s'être réveillé en voyant la plaignante à califourchon sur lui en train de se faire l'amour sur lui.

Le procès a duré à peine plus de deux jours. Seules trois personnes ont témoigné : la plaignante, l'accusé et une collègue de travail de la plaignante au moment des faits.

Un témoignage pas fiable, selon la défense

Me Schurman a dit trouver curieux que la plaignante n'ait pourtant pas prononcé les mots non consentement ou bien je n'ai pas consenti lors de sa déclaration aux policiers.

L'avocate a aussi remis en question le fait que la plaignante ait passé la nuit dans la même maison que Gilbert Rozon, plutôt que de quitter les lieux. On n'est pas dans un dossier de menaces, de voies de fait, de séquestration ou de contrainte, a-t-elle observé.

La juge Hébert lui a toutefois rappelé qu'elle ne comptait pas baser son raisonnement sur des préjugés et des stéréotypes sur les agressions sexuelles.

Ce qui n'a pas empêché Me Schurman de faire remarquer que les souvenirs de la soirée de la présumée agression semblent vifs dans l'esprit de la plaignante, tandis que ceux du matin ne sont pas clairs dans sa tête. Elle porte pourtant de graves accusations contre M. Rozon, a-t-elle souligné.

La preuve dans son ensemble démontre que son témoignage n'est pas fiable, a tranché Me Schurman.

À son arrivée au palais de justice de Montréal, en matinée, Gilbert Rozon a été accueilli par les huées de manifestants du collectif Wake up calice, qui scandaient notamment « Rozon, en prison!».

Pour rentrer dans la salle de cour, le fondateur de Juste pour Rire a ensuite dû franchir une colonne de femmes, positionnées de deux côtés du corridor, portant des masques « MeToo », et qui l'ont dévisagé alors qu'il se rendait à son procès criminel.

Le collectif est venu soutenir la plaignante, mais aussi les femmes qui accusent l'ex-producteur d'agressions sexuelles, selon les explications de sa porte-parole, l'humoriste Coralie LaPerriere.

C'est important pour nous d'être là et de montrer notre appui aux survivantes de Gilbert Rozon, mais également à toutes les survivantes d'agressions sexuelles et conjugales.

Coralie LaPerriere, collectif Wake up calice

Le groupe réclame des réformes judiciaires afin de mieux accompagner les victimes.

Avec les informations de La Presse canadienne

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