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« On se moque de nous », clament des demandeurs d'asile

Malgré une annonce du gouvernement Trudeau en août, le programme de régularisation des demandeurs d’asile ayant travaillé au plus fort de la pandémie n’a toujours pas vu le jour.

Une préposée entre dans une zone qualifiée de chaude.

Les demandeurs d'asile qui ont pleinement travaillé durant cette pandémie réclament des nouvelles concernant le programme de régularisation promis par Ottawa.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Stéphanie Barthelmy est en colère. Triste. « Je suis complètement déçue », lâche cette demandeuse d’asile, arrivée en septembre 2019 au Québec.

Tout au long de la première vague, elle a enchaîné les établissements de santé, engagée par des agences de placement à titre de préposée aux bénéficiaires, pour venir en aide aux patients atteints de la COVID-19.

On a risqué notre vie. On a fait appel à nous pour aider les personnes vulnérables et on a dit qu’on allait nous aider. Mais il ne se passe rien. On est oubliés.

Stéphanie Berthelmy, demandeuse d’asile et préposée aux bénéficiaires

Il y a près de trois mois, à la mi-août, Ottawa avait dévoilé son programme pancanadien de régularisation de certains demandeurs d’asile, quelques semaines après avoir déjà soulevé cette idée. Par cette action, le gouvernement Trudeau souhaitait reconnaître la contribution extraordinaire de ces personnes au statut d’immigration précaire.

Mais depuis cette annonce, aucun programme n’a été lancé.

J'ai l'impression qu'on se moque de nous. C'est tellement long, ce n'est pas juste, reprend Stéphanie Berthelmy.

On est très inquiets, soupire Dumel Cassandre, une autre demandeuse d’asile, qui ne comprend pas ces délais et l’absence de nouvelles de la part du gouvernement fédéral.

Aide de service maintenant dans un CLSC du nord de Montréal, après avoir travaillé comme préposée aux bénéficiaires au printemps, elle déplore de faux espoirs.

On était très contents, mais maintenant, on n’a aucune réponse. Des gens sont morts devant nous, on a tout donné, mais on n’a rien en retour.

Dumel Cassandre, demandeuse d’asile et aide de service

Un programme réservé aux travailleurs de la santé

Selon les critères annoncés par Ottawa, seuls les demandeurs d’asile ayant travaillé dans le secteur des soins de santé pourront bénéficier de ce programme de régularisation et ainsi obtenir une résidence permanente. Ils doivent avoir œuvré au plus fort de la crise sanitaire, durant au moins 120 h entre le 13 mars et le 14 août à titre, notamment, de préposés aux bénéficiaires, infirmières, aides-infirmières, ou encore dans les soins à domicile. Une expérience, au total, de six mois dans l’une de ces professions est aussi exigée.

Le ministre fédéral de l'Immigration, Marco Mendicino.

Le ministre fédéral de l'Immigration, Marco Mendicino, a annoncé ce programme de régularisation le 14 août 2020.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

L’angoisse des organismes

Cette vague d’inquiétude est partagée par plusieurs organismes. Tous ceux qui ont été préposés aux bénéficiaires sont extrêmement anxieux, clame Frantz André, directeur du Comité d’action pour les personnes sans statut.

Les gens nous appellent, ils sont découragés, soutient Wilner Cayo, le président de Debout pour la dignité, un organisme qui a longuement fait pression pour la création de ce programme de régularisation.

C’est d’une tristesse inouïe. Ces gens ont l’impression que le gouvernement n’a aucun respect pour leur engagement, leurs sacrifices et leur dévouement.

Wilner Cayo, président de Debout pour la dignité

Le mois passé, lorsque la possibilité d’une nouvelle élection fédérale a été évoquée, Guillaume Cliche-Rivard a tremblé. Selon le président de l’Association québécoise des avocats en droit de l’immigration (AQAADI), malgré la promesse d’Ottawa, la prudence s’impose.

Avec ces rumeurs d’élection, il y a des inquiétudes quant au fait que ce programme pourrait finalement ne jamais voir le jour.

Guillaume Cliche-Rivard, président de l’AQAADI

Par ailleurs, rappelle-t-il, les audiences de Commission de l'immigration et du statut de réfugié (CISR) concernant les demandes d’asile ont repris. Si un dossier est rejeté, rien n’interdit à Ottawa d’émettre un avis d'expulsion.

Il y a même des commissaires qui demandent [aux avocats] quelle importance aura leur décision puisqu’un programme de régularisation est attendu. Même eux, les décideurs, sont perplexes quant aux délais, soutient-il.

Une femme tenant une pancarte sur laquelle il est inscrit : « Merci aux anges gardiens migrants ».

Plusieurs manifestations ont été organisées ces derniers mois pour demander la création d'un tel programme pour remercier ceux qui ont été qualifiés d'« anges gardiens ».

Photo : The Canadian Press / Graham Hughes

Aucun échéancier communiqué

Ni Québec ni Ottawa ne souhaitent évoquer un échéancier précis. Aucun gouvernement n’explique non plus, clairement, les raisons de ces délais.

Nous travaillons en étroite collaboration avec nos homologues provinciaux pour finaliser les détails de cette initiative spéciale, indique sobrement un porte-parole d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC).

En coulisses, on évoque néanmoins d'ultimes discussions qui avanceraient rondement, notamment sur la manière de cumuler les heures de travail des candidats à cette régularisation. L'optimisme serait ainsi de rigueur, en raison, à présent, d'une entente cordiale entre les deux gouvernements sur ce sujet.

Après avoir été un temps difficiles, les relations entre les deux ministères de l’immigration se seraient nettement apaisées depuis l’arrivée de Nadine Girault, à la place de Simon Jolin-Barrette, a-t-on glissé à Radio-Canada.

Du côté du gouvernement fédéral, on se veut également rassurant. Aucune procédure d'expulsion ne devrait être lancée, a-t-on mentionné à Radio-Canada, aux personnes dont la demande d’asile a été rejetée, si celles-ci remplissent les conditions d'admissibilité au programme de régularisation.

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