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Montréal réglemente la construction de logements sociaux, familiaux et abordables

Valérie Plante et Robert Beaudry descendent les escaliers de l'hôtel de ville de Montréal.

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, et le responsable de l'habitation au comité exécutif, Robert Beaudry, dévoilent la nouvelle mouture du Règlement pour une métropole mixte, qui doit permettre d'améliorer l'accès à des logements familiaux, sociaux et abordables à Montréal.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, a présenté jeudi la deuxième mouture d'un règlement de la Ville qui couvre à la fois le logement abordable, destiné à la classe moyenne, et le logement social pour les plus démunis. Mais, sitôt annoncé, sitôt critiqué : le Front d'action pour le réaménagement urbain (FRAPRU) juge qu'il manque d'ambition, tandis que la Chambre de commerce du Montréal métropolitain estime qu'il découragera les promoteurs de construire à Montréal.

Ce règlement encadrera l'émission des permis de construction pour les projets immobiliers de cinq logements et plus.

La première version de ce règlement avait été présentée en juin 2019. L'administration Plante maintient son intention de le faire entrer en vigueur dès 2021. Sauf qu'au lieu d'être le 1er janvier, ce sera le premier avril.

La Ville affirme avoir modifié le volet du logement abordable dans cette nouvelle version. L'administration montréalaise a voulu répondre à la critique selon laquelle un logement abordable lors de sa construction ne l'était plus par la suite, du fait qu'il se retrouvait dans un marché spéculatif, comme l'a expliqué Robert Beaudry, en entrevue à l'émission Le 15-18 jeudi.

M. Beaudry est responsable de la gestion et planification immobilière ainsi que de l'habitation au comité exécutif de la Ville, et il affirme qu'un logement abordable doit correspondre aux moyens financiers de la classe moyenne.

Le projet de règlement initial définissait un logement abordable par une grille de prix. Ce n'est plus le cas; la Ville s'appuie désormais sur la valeur de départ d'une habitation.

C'est un loyer ou un condo qui sera fixé à 90 % de sa valeur marchande dans le secteur où il est développé, a précisé M. Beaudry. On va s'assurer que ''l'abordabilité'' sera maintenue sur au moins trente ans.

Deux projets particuliers d'urbanisme (PPU) seront traités en premier en vertu de ce nouveau règlement, l'un dans l'arrondissement de Saint-Laurent et l'autre à l'Île-des-Sœurs. Lachine-Est et les Faubourgs, à proximité de Radio-Canada, sont les secteurs envisagés par la suite.

Au fur et à mesure que des changements seront faits au plan d'urbanisme, beaucoup de secteurs s'ajouteront, a déclaré M. Beaudry.

Ce règlement, qui a fait l'objet de trois ans de consultation, vise entre autres à freiner l'exode des Montréalais vers la banlieue. Valérie Plante souligne que les familles de la classe moyenne peinent à trouver un logement correspondant à leurs moyens, que les plus vulnérables sont de plus en plus nombreux et que le développement du télétravail vient aussi influencer les besoins de la population.

L'habitation est la priorité numéro un de la population montréalaise, affirme la mairesse, qui ajoute que la pandémie de coronavirus n'a fait qu'empirer la situation des ménages.

Mme Plante a expliqué en substance que le règlement a été conçu de manière à contrôler l'impact financier pour le promoteur et pour le marché immobilier. Ainsi, le promoteur devra inclure entre 10 et 20 % de logements abordables dans son projet, et ce, en échange d'une augmentation de densité, ou de capacité de construire sur un site.

Plus de densité, cela signifie plus d'argent pour les promoteurs, donc plus d'occasions de créer plus d'unités d'habitation, a précisé la mairesse de Montréal.

Et le logement social?

Des logements sociaux verront le jour partout sur l'île, a assuré Robert Beaudry.

Et en les construisant, les promoteurs obtiendront plus qu'avant, assure de son côté la mairesse Plante. Car les sommes accordées par la Ville aux promoteurs pour la création de logements sociaux n'avaient pas été revues depuis 2002, dit-elle. C'était 12 000 $ par porte, et c'est augmenté à 50 000 $ par porte. De plus, ça sera indexé chaque année de 5 %; c'est majeur, précise-t-elle.

La Ville évalue à 600 le nombre de logements sociaux qui seront créés annuellement en vertu de ce plan.

Les insatisfactions fusent

Aux yeux du FRAPRU, ce n'est pas assez ambitieux. Il faudrait créer 22 500 logements sociaux sur cinq ans, écrit Catherine Lussier, responsable des dossiers montréalais au FRAPRU, sur le site Internet de l'organisme.

[...] 20 % d’inclusion de logements sociaux, c’est vraiment trop peu.

Si l’administration Plante a revu ses calculs suite au rapport de l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM), ce qu’elle propose n’est toujours pas abordable pour les ménages à modeste et faible revenu, écrit encore Mme Lussier.

Par communiqué, mercredi, la Chambre de commerce du Montréal métropolitain avait réagi avant même que l'annonce du règlement ne soit faite. Son PDG, Michel Leblanc, a dénoncé d'éventuels impacts négatifs qui pourraient diminuer l’intérêt des promoteurs de réaliser des projets sur le territoire de Montréal.

M. Leblanc critique le fait que le règlement soit assorti d'exigences de construction ou de contributions financières forcées et coûteuses pour tout projet de construction de cinq logements. Selon lui, cette contrainte compliquera la tâche des promoteurs et entraînera des coûts qui se répercuteront sur le prix des autres logements.

En temps de pandémie, vu l'incertitude à laquelle font face les promoteurs et les changements dans la demande d'habitations, la Ville doit faire une pause, déclare Michel Leblanc.

De son côté, l'Association des professionnels de la construction et de l'habitation du Québec (APCHQ) déplore que la Ville ne s'accorde pas un délai pour explorer d'autres avenues.

L’Institut de développement urbain (IDU) se dit pour sa part « déçu » et réclame de la Ville qu'elle mette de côté cette mécanique pénalisante.

Jean-Marc Fournier, PDG de l’IDU, affirme qu'au lieu de réclamer à Québec une véritable politique nationale d’habitation accompagnée des investissements publics, la Ville demande aux nouveaux acquéreurs ou locataires de logements neufs de payer les coûts de sa réglementation.

La mairesse réplique

La mairesse, portant un masque, se lave les mains.

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, affirme qu'elle n'est pas surprise des critiques que suscite le projet de « Règlement pour une métropole mixte », mais elle estime qu'il faut aller de l'avant.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Je trouve ça triste d'être déconnecté comme ça de la classe moyenne, a rétorqué la mairesse Plante lorsqu'elle a été questionnée en point de presse sur la réaction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.

Mme Plante a poursuivi en citant la réalité de Montréalais qui vivent dans des tentes, rue Notre-Dame, ou encore celle des quelque 20 000 familles qui attendent un logement social.

L'inaction n'est pas envisageable, affirme-t-elle. Ces cinq dernières années, le prix moyen des condos et des "plex" dans la métropole a augmenté de 43 %. Pour moi, c'est inacceptable, affirme-t-elle.

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