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Comment QAnon a propulsé la désinformation électorale jusqu’au grand public

Une fausse nouvelle électorale, créée dans les bas-fonds du web, a été propulsée par le mouvement conspirationniste QAnon, atteignant des dizaines de milliers de personnes en quelques heures seulement. Voici comment.

Un tweet de Radio-Québec véhicule de fausses informations sur l'issue du vote aux États-Unis. Le mot FAUX est superposé sur la photo.

Cette fausse information relayée par Alexis Cossette-Trudel a été retweetée plus de 800 fois et a recueilli plus de 1300 mentions « J’aime ».

Photo :  Capture d’écran

Cet événement a pris forme quelques heures après que le président Donald Trump s’est attribué hâtivement la victoire en prétendant sans fondement que les démocrates tentaient de « voler l’élection ».

Comme il l’a fait plusieurs fois depuis le début de la campagne, le candidat républicain a semé le doute sur l’intégrité du système de vote par la poste dans un discours prononcé au petit matin.

Une lutte serrée se déroulait au Wisconsin, un État clé finalement remporté par le démocrate Joe Biden par une marge de moins de 1 %, selon des résultats officieux rapportés par des médias américains, mercredi. La campagne de Donald Trump a d’ailleurs annoncé qu’elle y demanderait un recomptage des voix.

La principale rumeur qui s’est répandue concernant la fraude électorale dans cet État du Midwest alléguait que le nombre de voix qui y ont été exprimées dépassait le nombre d’électeurs enregistrés. Cette fausse hypothèse a été émise pour la première fois sur un réseau social obscur par un partisan de QAnon avant de se rendre au grand public.

Il s’agit là d’un exemple de blanchiment d’information (Nouvelle fenêtre), un phénomène où la véritable source d’une information est masquée à mesure qu’elle fraie son chemin dans les réseaux sociaux.

7 h

Une capture d'écran de la publication « Parler » à l'origine de la rumeur dont il est question dans ce texte.

Cette publication sur le réseau social alternatif « Parler » est à l'origine des fausses informations.

Photo : Capture d'écran

Le matin du 4 novembre, un billet publié sur le réseau social alternatif Parler allègue qu’il y a eu fraude électorale dans l'État du Wisconsin. Un internaute nommé The All-in Anon prétend alors que le nombre de votes comptés dépasse le nombre d’électeurs inscrits, ce qui représenterait un taux de participation de 101 %. La publication, qui est accompagnée de la devise du mouvement QAnon, est vue plus de 97 000 fois.

Or, nos vérifications démontrent que ces statistiques sont erronées : sur le site de la Commission électorale du Wisconsin (Nouvelle fenêtre), il est écrit que le nombre réel d’électeurs inscrits en date du 1er novembre est de 3 684 726 et non de 3 129 000, comme indiqué sur cette publication.

On apprend sur ce même site que les résidents du Wisconsin ont la possibilité (Nouvelle fenêtre) de s’inscrire à la liste électorale directement au bureau de vote le jour même du scrutin. Il serait donc possible que le nombre réel d’électeurs inscrits soit supérieur à celui du 1er novembre.

Le chiffre publié sur Parler n’est pas tout fait une invention : il s’agit bel et bien du nombre d’électeurs inscrits au Wisconsin, mais en 2018 (Nouvelle fenêtre). Peu importe, la rumeur prend son envol et des dizaines de milliers de personnes voient la publication qui la contient.

8 h 04

Capture d'écran du tweet du premier Tweet relayant la fausse information.

La première publication Twitter rapportant ces fausses informations est presque passée inaperçue.

Photo : Capture d'écran

La fausse information apparaît pour la première fois sur Twitter. Un compte avec seulement 541 abonnés partage une capture d’écran de la publication Parler. Le tweet n’obtient que deux retweets et deux mentions J’aime.

8 h 19

Capture d'écran de la première publication Facebook relayant la fausse information.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La fausse information est apparue pour la première fois sur Facebook à 8 h 19.

Photo : Capture d'écran

Quelques minutes plus tard, cette fausse information fait le saut pour la première fois sur Facebook. Une utilisatrice reprend les statistiques erronées dans une publication où elle allègue, encore une fois, qu’il y a là preuve de fraude électorale. La publication n’atteint pas un large auditoire, mais dans les heures qui suivent, d’autres publications semblables commencent à apparaître.

9 h 57

Capture d'écran d'un tweet de @WarTimeGirl relayant la fausse information.

Ce tweet est rapidement devenu viral.

Photo : Capture d'écran

Premier succès viral de cette fausse nouvelle. Un compte affilié à QAnon avec plus de 33 000 abonnés partage les fausses statistiques en ne mentionnant pas d’où elles proviennent. Le tweet est rapidement relayé plus de 1000 fois.

C’est ce tweet qui deviendra le principal chaînon entre les bas-fonds du web et les réseaux sociaux à grand déploiement. De nombreuses personnes relaieront ce tweet ou en partageront des captures d’écran dans les heures à venir.

10 h 05

Capture d'écran d'une discussion au sujet de la fausse information dans une salle de clavardage.

Voici la première mention de la fausse information en français.

Photo : Capture d'écran

La fausse nouvelle apparaît pour la première fois en français, dans une salle de clavardage dédiée à QAnon sur l’application chiffrée Telegram. La personne relaie l’information en affirmant l’avoir vue sur Twitter.

10 h 10

Capture d'écran d'une publication rapportant la fausse information sur le forum 8kun.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La fausse information a été partagée sur 8kun, le site où le personnage central de la théorie du complot QAnon lance ses messages.

Photo : Capture d'écran

Qresearch, un forum dédié à QAnon sur le site 8kun, se joint à la fête. Un utilisateur anonyme partage le tweet de WarTimeGirl dans le même forum où Q le personnage central de cette conspiration, publie ses messages adressés à ses fidèles.

10 h 16

Capture d'écran du tweet d'Alexis Cossette-Trudel qui a relayé la fausse information.

Le tweet d'Alexis Cossette-Trudel a énormément circulé.

Photo : Capture d'écran

La rumeur est ensuite relayée par Alexis Cossette-Trudel, influenceur principal de QAnon dans la francophonie. Quelques heures plus tard, l’animateur de Radio-Québec efface discrètement son tweet sans fournir d’explication, mais le dommage est déjà fait : sa traduction de ces fausses informations a été retweetée plus de 800 fois et a recueilli plus de 1300 mentions J’aime.

La rumeur est également reprise par plusieurs internautes francophones qui copient-collent le Tweet d’Alexis Cossette-Trudel.

10 h 23

Capture d'écran d'une publication Facebook relayant une publication du réseau social « Parler ».Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La page Facebook du Parti républicain du comté de Madison County a également partagé la fausse information.

Photo : Capture d'écran

La page Facebook du Parti républicain du comté de Madison County, en Iowa, partage à son tour une capture d’écran de la publication à l’origine de cette fausse nouvelle.

10 h 25

Capture d'écran d'un tweet de Millie Weaver, une ancienne collaboratrice du site conspirationniste InfoWars.

Cette publication a été retweetée près de 16 000 fois.

Photo : Capture d'écran.

Quelques minutes plus tard, les propos sont repris par Millie Weaver, une ancienne collaboratrice du site conspirationniste InfoWars qui compte plus de 243 000 abonnés. Son tweet recueille plus de 30 000 mentions J’aime et génère près de 16 000 retweets, dont un provenant du Canadien Ezra Levant, fondateur du controversé média d’extrême droite The Rebel.

10 h 38

Capture d'écran d'une publication sur le site thedonald.win.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La fausse information a été partagée sur thedonald.win, un forum entièrement voué aux plus fervents partisans de Donald Trump.

Photo : Capture d'écran

Au tour du site thedonald.win, un forum entièrement voué aux plus fervents partisans de Donald Trump, de partager cette statistique. La capture d’écran qui accompagne la publication provient d’un document publié (Nouvelle fenêtre) sur le site d’un organisme universitaire en Floride. Malheureusement, ce document contient la statistique de 2018 sur le nombre d’électeurs enregistrés, ce qui porte à confusion.

En après-midi

Trois tweets relayant la fausse information en différentes langues étrangères.

La fausse rumeur est devenue internationale.

Photo :  Facebook (capture d'écran)

Nous pouvons désormais compter des milliers de tweets mettant de l’avant la fausse nouvelle.

C’est ainsi qu’en l’espace de quelques heures, une fausse information diffusée sur un réseau social peu connu a fait son chemin jusqu’en Suède, en Allemagne et en Grèce.

Avec la collaboration de Marc-André Argentino

Decrypteurs. Marie-Pier Élie, Jeff Yates, Nicholas De Rosa et Alexis De Lancer.

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