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Des professionnels en soins de l’Hôtel-Dieu de Lévis réclament des N95 en zones chaudes

L'Hôtel-Dieu de Lévis

L'Hôtel-Dieu de Lévis

Photo : Radio-Canada / Jean-François Nadeau

Appelés en renfort auprès des patients déclarés positifs à la COVID-19, des professionnels en santé de l’Hôtel-Dieu de Lévis se sont confiés à Radio-Canada pour dénoncer une directive les empêchant de porter des masques N95 dans les zones chaudes.

Selon le dernier bilan, 25 cas actifs sont recensés chez les usagers de l’hôpital et 35 parmi les travailleurs. Ce nombre a atteint 70, la semaine dernière.

Après avoir forcé l'annulation des chirurgies non urgentes, l’éclosion majeure a eu raison des rendez-vous en consultation externe. Les inhalothérapeutes, nutritionnistes, physiothérapeutes, ergothérapeutes et autres professionnels sont donc appelés à prêter main-forte sur les unités COVID-19.

Inquiets, trois d'entre eux se sont confiés à Radio-Canada. Ils ont demandé l'anonymat par peur de représailles. Appelons-les Stéphane, Raymond et Julie.

Peur chez les professionnels

Stéphane raconte que sans masques N95, ses collègues ont peur quand vient leur tour de travailler dans les unités COVID-19.

On y va de reculons. Il y a plusieurs collègues qui sont tombés au combat. On n’a pas le matériel de protection adéquat, témoigne-t-il.

masque N95

Utilisés correctement, les N95 ont une capacité de filtration minimale de 95 %, soit plus que les autres couvre-visage.

Photo : Radio-Canada

Selon les témoignages recueillis, la transmission chez les employés se concentre dans les unités de transition, c’est-à-dire, auprès des patients hospitalisés en raison de la COVID-19. La contamination chez les employés serait beaucoup moins importante aux soins intensifs.

Contrairement aux soins intensifs, où le personnel porte un masque N95 ou P100, une visière et des lunettes en tout temps, seul un masque de procédure bleu est nécessaire dans les unités de transition, selon l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ).

Le masque N95 est obligatoire aux soins intensifs puisque les traitements fournis, comme l'intubation, entraînent la production de gouttelettes.

Quand tu rentres aux soins intensifs, tu ne retires jamais ton masque N95 tant et aussi longtemps que tu es dans l'unité. Par contre, sur les unités de transition, il y a beaucoup plus de manipulations d’équipements, nous fait valoir Raymond.

La seule autre différence entre les deux zones est que les soins intensifs sont munis d’une ventilation négative qui élimine les particules de virus dans l’air.

Pas question d’élever le niveau de protection

Les travailleurs estiment que les équipements de protection individuelle (ÉPI) devraient être les mêmes lorsqu’on traite un patient déclaré positif à la COVID-19, peu importe qu’il soit aux soins intensifs ou non.

Le Centre intégré de Santé et de services sociaux (CISSS) de Chaudière-Appalaches répond qu’il doit se fier aux recommandations de l’INSPQ.

On applique les lignes directrices. C’est comme ça partout dans la province. On suit les directives des groupes d’experts, explique le directeur général adjoint, Marco Bélanger.

Mais pourquoi ne pas l'essayer pour voir? se demande Julie. L’ÉPI est plus facilement modifiable qu’un système de ventilation, juge-t-elle.

Je pense que ça pourrait améliorer notre sécurité. On dit toujours qu'on est mieux de mieux se protéger que moins. Si chacun de mes collègues va là et tombe malade, il a un problème, ajoute Julie.

C’est un peu comme nous envoyer à l’abattoir. C’est une mission suicide. On n’est pas des militaires. On ne s’est pas enrôlé pour y laisser notre peau.

Stéphane, professionnel en santé à l'Hôtel-Dieu de Lévis
Un préposé aux bénéficiaires s'apprête à mettre un masque de protection.

Un simple masque de procédure est nécessaire sur les unités COVID-19, selon l'INSPQ.

Photo : Radio-Canada / Martin Thibault

L’INSPQ dit poursuivre son travail de révision de l’évolution des connaissances et des recommandations des diverses sociétés savantes à travers le monde.

Si l’organisation entend continuer ce travail de mises à jour, rien n’indique pour le moment que le N95 sera inclus dans l’ÉPI de base utilisé auprès des patients déclarés positifs.

Éclosions sous contrôle

Le CISSS de Chaudière-Appalaches se réjouit d’ailleurs de l’amélioration de la situation à l’Hôtel-Dieu de Lévis. Au plus fort de la crise, quatre unités de soins étaient en éclosion. Il en reste trois.

De plus, l’arrivée de renfort de la part d’employés de la Ville de Lévis pourrait permettre de mettre fin au délestage. Les professionnels pourraient ainsi retourner à leurs tâches habituelles.

Si tout va bien on pense être en mesure de mettre fin à deux éclosions sur deux unités. Ça fait 14 jours qu’il n’y a pas eu de nouveaux cas. Pour la dernière, ça fait 7 jours qu’il n’y a pas eu de nouveaux cas , relate Marco Bélanger.

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L'Hôtel-Dieu de Lévis

Photo : Radio-Canada / Raymond Routhier

Stéphane admet que la situation s’améliore. Il prévient cependant que la majorité du personnel qui a travaillé dans les unités de transition a contracté la COVID-19 depuis le début de la deuxième vague.

Selon lui,  le même cirque  recommencera si la transmission devait repartir à la hausse d’ici la fin de la pandémie, particulièrement si le masque de procédure reste la norme.

Au final, il va y avoir des ruptures de services. Il y aura des choix à faire et se sont les patients qui vont écoper, critique-t-il.

L'Hôtel-Dieu de Lévis a été désigné en Chaudière-Appalaches pour accueillir les personnes déclarées positives à la COVID-19 qui nécessitent une hospitalisation.

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