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Quand l’industrie pétrolière accouche d’une énergie verte

La toute première centrale électrique au Canada alimentée par la géothermie est sur le point de naître dans le sud de la Saskatchewan, une province connue pour ses champs à perte de vue et ses puits de pétrole. Et les travailleurs du pétrole sont aux premières loges de ce projet, comme l’a constaté Découverte.

Une tour de forage.

Un coucher de soleil (lors d’un forage) sur le site du projet DEEP.

Photo : Deep Earth Energy Production (DEEP)

La géothermie se développe en général près des volcans, là où les plaques tectoniques entrent en collision, ce qui permet à la chaleur de la Terre de remonter à la surface.

Mais en Saskatchewan, il faut creuser à des profondeurs records, soit plus de 3,5 km, pour atteindre les zones dont la chaleur permet de produire de l’électricité. Et c’est exactement ce que fait le projet DEEP (Deep Earth Energy Production) mené par la géologue Kirsten Marcia, qui a passé sa carrière à développer les ressources traditionnelles de l’Ouest – pétrole, charbon, or, diamant et uranium – avant de se tourner vers la géothermie.

Ce qui est unique avec la géothermie, c’est que tant que le centre de la Terre sera chaud, on aura une source d’énergie verte inépuisable et qui fonctionne jour et nuit.

Kirsten Marcia, géologue et PDG de DEEP
Kirsten Marcia porte un casque de sécurité.

Kirsten Marcia est géologue et diplômée de l'Université de la Saskatchewan.

Photo : Radio-Canada

Contrairement à l’énergie solaire ou éolienne, la géothermie fonctionne quelles que soient les conditions météorologiques. Et une fois les forages effectués et l’usine construite, il n’y a presque aucune émission de gaz à effet de serre.

Mais il y a un hic : le principal frein a toujours été le coût énorme d’exploration et les nombreux tests à faire avant même de savoir s’il y a une ressource à exploiter. Or, ici, cette facture a été en grande partie payée, sans le savoir et au fil des décennies, par l’industrie pétrolière de la Saskatchewan.

Car la province conserve des échantillons de tous les forages réalisés sur son territoire, mais aussi des données géotechniques, et notamment la température. Toutes ces informations deviennent publiques et constituent une mine d'informations pour des géologues comme Kirsten Marcia.

En analysant ces données, elle a trouvé une zone où l’eau souterraine atteint 125 degrés Celsius. Cette eau salée se trouve dans une couche de roches sédimentaires très poreuses; et ces roches, parfaites pour la géothermie, se trouvent précisément là où elle a grandi, dans la région d’Estevan.

Une ressource exploitable à l’infini

Des réservoirs alignés.

Des réservoirs installés lors des tests recueillent l’eau chaude.

Photo : Deep Earth Energy Production (DEEP)

Une fois en marche, la première centrale devra pomper chaque heure l’équivalent d’une trentaine de ces réservoirs, installés sur le site pendant les tests. La géothermie utilise d’énormes quantités d'eau, explique Kirsten Marcia. Les gens dans l’industrie pétrolière ont toujours l’impression qu’on s’est trompés dans nos calculs et qu’on a ajouté un zéro de trop!

Mais il n'y a aucun risque d’épuiser la ressource; ce qui intéresse DEEP, ce n’est pas l’eau en elle-même, mais la chaleur qu’elle contient. Le principe est le même qu’un échangeur de chaleur résidentiel : une partie de l’énergie contenue dans l’eau est transférée à un deuxième fluide, qui évapore plus facilement. C’est ce gaz qui fera tourner les turbines pour produire de l’électricité.

Le gaz est ensuite refroidi, compressé et réutilisé en boucle fermée. Pour la première centrale, on vise une production de 20 mégawatts, qui permettrait d'alimenter 20 000 foyers.

La température de l’eau utilisée, elle, chute aux environs de 65 degrés. Cette eau froide est réinjectée dans la même couche de roches qu’à l’origine. En se diffusant dans les pores de la roche, elle se réchauffe peu à peu avant d’être captée à nouveau.

Animation en image du parcours de l'eau sous terre.

L’eau refroidie lors de la production d’électricité est réinjectée entre les puits de pompage.

Photo : Radio-Canada / Christian Goupil

Un virage vert qui préserve des emplois

La transition vers des énergies renouvelables se traduit souvent par des pertes d’emplois dans les industries polluantes et la création d’emplois spécialisés dans les industries vertes, comme le solaire et l’éolien. Mais le projet de Kirsten Marcia mise précisément sur les mêmes entreprises, les mêmes technologies et surtout les mêmes travailleurs que ceux de l’industrie pétrolière.

Il n’y a pas un endroit au Canada aussi bien outillé pour forer ces puits, qui sont vraiment élaborés; c’est vraiment parfait! Les travailleurs du pétrole vont pouvoir appliquer directement leurs compétences à un projet d’énergie renouvelable et ça, c’est vraiment une première!

Kirsten Marcia, géologue et PDG de DEEP

Mieux encore, l’eau utilisée pour produire de l’électricité est encore relativement chaude. Ailleurs dans le monde, avant de la réinjecter dans le sol, cette eau est utilisée pour chauffer des piscines et des bâtiments publics, et même des trottoirs pour éviter d’avoir à les déneiger!

Kirsten Marcia, elle, espère surtout attirer autour de sa première centrale des serres ou des fermes d’aquaculture, qui pourraient profiter d’une source de chaleur continuelle. De quoi diversifier l’économie d’une région qui en a bien besoin.

Kirsten Marcia sur le site de la centrale de géothermie.

Pour Kirsten Marcia, le projet DEEP aura des retombées pour la Saskatchewan à plusieurs niveaux.

Photo : Radio-Canada

Le reportage de Tobie Lebel et d’Éric Lemyre sera diffusé dans Découverte le dimanche à 18 h 30 à ICI Télé. Il le sera aussi le dimanche à 22 h, le mercredi à 8 h et 23 h, le vendredi à 16 h, le samedi à 3 h et 15 h à ICI Explora. À ICI RDI, ce sera le samedi à 18 h 30.

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