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Sentiment de méfiance accrue dans les rues du Vieux-Québec

L'ancien bureau de poste de Québec en arrière-plan, près de la terrasse Dufferin. Une dame marche dans la rue, quelques voitures circulent.

Les marcheurs, bien que peu nombreux, sont de retour dans le Vieux-Québec trois jours après l'attaque à l'arme blanche.

Photo : Radio-Canada

Plus de 72 heures après les violentes attaques de l’Halloween, le Vieux-Québec reprend tranquillement vie. Même si les traces de violence sont effacées, les marcheurs rencontrés avouent néanmoins qu'ils sont plus alertes et qu’ils regardent derrière eux plus souvent qu'avant.

Je me trouvais sur la Citadelle et je voyais ce scénario où une personne malveillante pourrait vouloir en pousser une autre de l'autre côté de la falaise. Je n’avais jamais regardé le Vieux-Québec de cette façon, avec ce genre de pensées en tête, confie Guy Beaulieu, résident de Sainte-Foy.

Tuque chaude sur la tête et grosses mitaines aux mains, il revient dans le Vieux-Québec pour la première fois depuis les attaques au sabre qui ont fait deux morts et cinq blessés, le soir de l'Halloween.

Je ne suis pas plus inquiet, mais ma réflexion c'est que maintenant, on est paré à toutes éventualités, poursuit-il.

Des fleurs déposées sur le lieu du meurtre de François Duchesne.

Les citoyens ont aménagé un mémorial improvisé près de la première attaque de l'assaillant déguisé, samedi soir.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

M. Beaulieu a décidé de prendre une pause de son quotidien pour revoir le Vieux-Québec qu’il chérit et se recueillir près des fleurs déposées sur une statue, en hommage à la première victime des attaques, François Duchesne.

Entourez-vous d’amour, lance-t-il comme formule d’au revoir.

Des yeux tout le tour de la tête

À quelques mètres de là, un autre marcheur attend une amie devant l’hôtel de ville. Disons qu’autour de 23 h, je suis à la maison, je ne sors pas. Ce n’est pas que j’ai peur, mais je suis à la maison, répond Georges Freve pour expliquer ce qui a changé depuis les attaques.

Ce résident du quartier Saint-Jean-Baptiste a même proposé à sa partenaire de marche, un peu à la blague, qu’ils devraient se faire poser des yeux tout le tour de la tête, maintenant, pour pouvoir se protéger.

On dit ça un peu entre guillemets, qu’il y a un danger. Je ne suis pas insécure, mais c’est certain qu’on y pense.

Un homme assis sur un banc de parc, dans le Vieux-Québec.

Georges Freve n'a pas hésité à vernir se promener dans le Vieux-Québec mardi après-midi. Il admet cependant qu'il ne sort plus le soir depuis les attaques.

Photo : Radio-Canada

Au moment où le duo reprend sa route, deux policiers circulent à pied sur la rue Saint-Jean.

Une présence des forces de l'ordre qui rassure une autre citoyenne, Guylaine Morin. C’est certain que je ne suis plus pareille, je regarde partout, je suis méfiante. Avant, c’était bondé de touristes, aujourd’hui, on voit beaucoup de policiers.

Cette résidente du Vieux-Québec explique ressentir une grande lourdeur dans l’air et beaucoup de tristesse. Elle préfère reprendre sa route. Les émotions semblent encore bien vives.

Une méfiance qu’il faut déjouer

Il est normal de vivre ce genre de craintes après des événements stressants comme les attaques du 31 octobre, précise la professeure Marie-France Marin du département de psychologie de l’UQÀM. Le niveau de stress et de peur peut augmenter au sein de la population élargie.

Lorsqu'on voit ce qu’il se passe aux nouvelles, ça peut causer un stress et générer une association de peur avec le Vieux-Québec, dit-elle.

Quand ce sentiment survient, le corps se retrouve en mobilisation d’énergie. Un des meilleurs moyens pour évacuer cette énergie est de la dépenser. Aller prendre une marche, faire du sport. On peut aussi jouer des tours à notre cerveau et regarder une vidéo drôle. En riant, on montre à notre cerveau que nous ne sommes pas réellement en danger, explique la professeure.

La situation est cependant différente pour les témoins des attaques, leurs proches ou encore des marcheurs qui se trouvaient à proximité du Vieux-Québec samedi soir. Les répercussions seront plus intenses.

À la suite d’un événement où on sent que notre vie a été en danger, il est normal dans les jours et les semaines qui suivent d’avoir des réactions de peur, d’être en hypervigilance, d’avoir des sursauts, ajoute la professeure.

Marie-France Marin souligne que dans la majorité des cas, ces symptômes vont s’estomper un mois après l’événement. S’ils persistent, c’est à ce moment que les experts effectuent des évaluations pour déterminer si une personne a développé le trouble de stress post-traumatique.

Briser le lien entre la peur et le Vieux-Québec

En retournant se promener dans les rues du centre-ville, les citoyens pourront tranquillement atténuer le sentiment de peur associé aux événements de samedi soir.

La Dre Karine Gauthier, psychologue et porte-parole de la Coalition des psychologues du réseau public québécois, indique que c'est une étape importante pour recommencer à voir la ville de Québec comme un endroit sécuritaire.

Mais, ce n'est pas pour tout le monde, il faut s'écouter. Une personne pourrait préférer attendre avant de revenir sur les lieux d'un événement troublant pour ne pas augmenter le niveau de stress indûment.

Elle recommande donc aux résidents du Vieux-Québec de ne pas se comparer et de vivre leurs craintes à leur façon. Tout le monde agit de façons différentes. C'est normal de ressentir du stress, de moins bien dormir, de peut-être même faire des cauchemars si on a vraiment senti qu'on était en danger, souligne la Dre Gauthier.

Il existe différents niveaux d'hypervigilance, poursuit-elle. Les témoins des attaques auront des symptômes plus prononcés. Regarder autour de [soi] à tous moments, ne pas être capable de se sentir en sécurité... on pourrait voir aussi des gens qui développent plus d'anxiété.

Pour les citoyens qui ont pris connaissance du danger, sans le vivre de près, les réactions sont plutôt de l'ordre de la méfiance accrue.

Un autobus du RTC stationné dans une rue, avec le paysage du Vieux-Québec en arrière-plan.

Un autobus du RTC sert de poste de commandement pour l'équipe de soutien psychosocial du CIUSSS de la Capitale-Nationale. Plus loin sur la rue, un petit groupe de personnes se recueille devant un mémorial improvisé en l'honneur d'une des victimes, Suzanne Clermont.

Photo : Radio-Canada

De l’aide sur le terrain

Pour accueillir les résidents qui auraient besoin de soutien psychosocial, le CIUSSS de la Capitale-Nationale a installé un autobus sur la rue des Remparts.

Les personnes qui désirent obtenir des services d’aide avec des experts peuvent s’y rendre pour discuter et poser des questions. Cette équipe se situe à quelques mètres seulement de l’endroit où Suzanne Clermont, la deuxième victime assassinée, résidait.

Jusqu’à maintenant, 31 personnes ont utilisé les services offerts par le CIUSSS sur le terrain. L’autobus sera accessible pour répondre aux besoins de la population tant qu’il y en aura. Le porte-parole du CIUSSS, Mathieu Boivin, précise que cette équipe prévoit rester sur place au moins jusqu’à dimanche, 20 h.

Avec la collaboration d'André-Pier Bérubé

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