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Un pays divisé, une élection en suspens et Donald Trump qui s’autoproclame vainqueur

À l'image de quatre années qui ont mis en évidence les divisions du peuple américain et donné à la présidence des allures de téléréalité, la soirée électorale de mardi n'a pas permis de désigner un vainqueur. Et, déjà, des poursuites judiciaires se profilent.

Montage photo de Joe Biden et de Donald Trump.

Le candidat démocrate Joe Biden (à gauche) et le candidat républicain, Donald Trump (à droite).

Photo : AFP / ANGELA WEISS

Les deux candidats ont été fidèles à ce qu'on aurait pu attendre d'eux : le démocrate Joe Biden a appelé à compter toutes les voix et le président Donald Trump a crié victoire avant même la fin du dépouillement.

Après s'être prématurément déclaré vainqueur sur Twitter, le président Trump a martelé son message devant les caméras de télévision peu avant 2 h 30, utilisant une rhétorique défiant les normes démocratiques.

Annoncé de façon solennelle et faisant son entrée sur l'hymne présidentiel Hail to the Chief – le salut au chef –, il a dénoncé une fraude contre notre nation et a accusé ses adversaires de vouloir voler l'élection. Il s'est targué, sans pouvoir le savoir, d'avoir une avance qui ne pourrait être rattrapée, alors que des millions de voix restent à compter.

Des millions et des millions de personnes ont voté pour nous, a déclaré le président devant des centaines de personnes réunies pour célébrer dans la salle est de la Maison-Blanche. Un très triste groupe de personnes tente de priver ce groupe de ses droits.

Franchement, nous avons gagné cette élection. Nous voulons que le vote cesse.

Donald Trump

Se tenant devant plusieurs drapeaux américains, il a déclaré qu'il se tournerait vers la Cour suprême pour arrêter le dépouillement des votes qui n'ont pas encore été comptés.

Contrairement à ce qu'affirme le président Trump, les États poursuivent toujours leur dépouillement les jours qui suivent le vote. Les projections des médias traditionnellement annoncées en soirée lorsqu'une tendance claire se dessine ne sont que cela : des projections basées sur les résultats partiels en fonction du profil des États et des districts.

Tout inusitée qu'elle soit, la réaction du président était prévisible : sa campagne avait signalé ses intentions au cours des derniers jours.

À ses côtés, le vice-président Mike Pence s'est montré plus prudent. Alors que les votes continuent d'être comptés, nous allons rester vigilants, comme l'a dit le président. Le droit de vote est au centre de notre démocratie depuis la fondation de cette nation. Nous allons protéger l'intégrité du vote.

M. Biden prononce un discours.

Le candidat démocrate Joe Biden s’est adressé aux militants en compagnie de son épouse Jill Biden, à Philadelphie, le 4 novembre 2020.

Photo : AFP / ANGELA WEISS

Prenant brièvement la parole avant son adversaire, Joe Biden a appelé à la patience, rappelant que les résultats n'avaient pas été annoncés dans plusieurs États, notamment dans trois États de la région des Grands Lacs, le Wisconsin, le Michigan et la Pennsylvanie, qu'il est convaincu de remporter.

À 6 h 30 (HNE), il restait encore un nombre important de bulletins de vote à dépouiller et plusieurs grands électeurs d'États clés à attribuer.

Nous pensons être en bonne voie de remporter l'élection. [...] Ce ne sera pas fini jusqu'à ce que chaque bulletin de vote ait été compté.

Joe Biden, candidat démocrate à la Maison-Blanche

Ce n'est pas à moi ni à Donald Trump de décider qui gagne cette élection. C'est aux Américains de le faire, a lancé l'ancien vice-président, pressentant les intentions de son rival.

Après le discours de Donald Trump, la campagne de Joe Biden a d'ailleurs dénoncé une déclaration scandaleuse, sans précédent et incorrecte, répétant que le comptage dans les États se poursuivrait et que le droit constitutionnel des électeurs à voir leur vote pris en compte serait respecté, conformément à la loi.

Si le président va de l'avant avec ses menaces d'aller devant les tribunaux, nous avons des équipes d'avocats prêts à contrer ses efforts. Et ils l'emporteront, a-t-il assuré.

Les gouverneurs du Wisconsin et de la Pennsylvanie, tous deux démocrates, ont eux aussi assuré que toutes les voix seraient comptées. Même des alliés du président, comme l'ancien gouverneur républicain du New Jersey Chris Christie, ont pour leur part dit qu'il était trop tôt pour revendiquer la présidence.

Après que Donald Trump eut proclamé une grande victoire sur Twitter, accusant les démocrates de vouloir voler l'élection, le réseau social a d'ailleurs rapidement sévi. Il a accolé à son message un avertissement indiquant que le contenu était contesté et possiblement trompeur.

Chronique de poursuites annoncées

Donald Trump prononce un discours.

Le président des États-Unis et candidat républicain, Donald Trump, a prononcé un discours au petit matin, mercredi.

Photo : Reuters / CARLOS BARRIA

Au cours des derniers jours, le président Trump n'avait laissé planer aucun doute sur ses intentions. Il mentionnait que les avocats de sa campagne lanceraient les procédures dans la nuit, dès que cette élection sera terminée.

À l'origine d'une avalanche de poursuites entamées ces derniers mois pour limiter le vote postal dans plusieurs États, les républicains entendent poursuivre leur croisade dans plus d'un État, par exemple au Nevada et en Pennsylvanie.

Dans ce dernier, ils comptent revenir à la charge, après avoir été déboutés en Cour suprême, pour faire rejeter tous les bulletins de vote portant le cachet de la poste en date du 3 novembre qui arriveront avant vendredi.

L'espoir d'une vague bleue s'est envolé

Une victoire du démocrate Joe Biden dans des États traditionnellement républicains du Sud, qui semblaient à portée de main, aurait mis fin au suspense dès mardi soir, avant même la publication des résultats dans la région du Midwest. Mais le scénario d'un balayage espéré par les démocrates, et que les sondages n'excluaient pas, ne s'est pas concrétisé, pas plus que celui de la reconquête du Sénat.

La lutte dans la Sun Belt a cependant été plus âprement disputée qu'il y a quatre ans. Mais au bout du compte, cela s'est avéré insuffisant pour l'emporter.

Selon les projections des médias américains, le président conservera dans le giron républicain l'Ohio, qui fait historiquement figure de baromètre, ainsi que l'Iowa, la Floride et le Texas.

Misant sur la démographie changeante du Texas, les démocrates anticipent depuis longtemps le moment où ce poids lourd électoral, avec ses 38 grands électeurs, basculera dans leur camp, mais ce n'est pas cette année qu'ils auront décroché leur saint Graal.

Même la Floride, quintessence de l'État pivot, leur a échappé. L'avance républicaine semble attribuable à l'augmentation de ses appuis par rapport à 2016 au sein de la communauté hispanique de la région de Miami, particulièrement la communauté cubaine, qui s'est montrée sensible au message antisocialiste mis de l'avant par le président.

Joe Biden semble cependant en bonne position en Arizona, l'État de la Sun Belt traditionnellement républicain qui était d'ailleurs le plus susceptible de devenir bleu. À l'exception de 1996, les républicains ont remporté cet État depuis 1952.

Il est également en avance au Nevada, où le comptage a été suspendu jusqu'à jeudi matin. Dans cet État qui a automatiquement envoyé un bulletin de vote par la poste aux électeurs inscrits, les voix exprimées aux bureaux de vote ainsi que les bulletins de vote postaux ont tous été comptés à l'exception de celles arrivées après le 2 novembre.

Avec des résultats partiels, Donald Trump mène en outre en Caroline du Nord et en Georgie, selon l'Associated Press.

Plus au nord, Joe Biden a par ailleurs remporté le New Hampshire, le Minnesota ainsi que le deuxième district du Nebraska, un des deux seuls États à attribuer des grands électeurs au gagnant des districts. Le camp Trump croyait initialement être en mesure de gagner ces deux États qui, en 2016, avaient accordé à Hillary Clinton ses victoires les plus minces, mais les sondages montraient qu'ils semblaient hors d'atteinte.

Dans l'est du pays, il reste encore le deuxième district du Maine à octroyer.

Pour l'instant, selon les projections de Radio-Canada, le démocrate compte 238 grands électeurs et le républicain en a pour sa part 213.

D'après ABC News, Joe Biden recueille jusqu'ici plus de 68 millions de voix et Donald Trump, 2,5 millions de moins.

Les regards se tournent vers les Grands Lacs

Si la tendance se confirme dans les États de la Sun Belt, la bataille se déplace donc dans la région du Midwest, où plusieurs États continuent à compter leurs votes postaux.

Pour l'instant, Donald Trump mène en Pennsylvanie, et Joe Biden au Wisconsin et au Michigan.

Ironiquement, la balle est entre autres dans le camp de ce trio d'anciens bastions démocrates, qui ont offert la présidence à Donald Trump en 2016.

Dans ces États, l'avance de Donald Trump était prévisible car, contrairement à d'autres, comme la Floride ou l'Arizona, ils n'ont pas commencé à compter les votes postaux, dont le traitement est plus long, avant mardi matin et ont d'abord procédé au décompte des votes exprimés en personne.

Il était donc déjà établi que les résultats liés au vote postal viendraient plus tard.

D'emblée, les résultats dans le Wisconsin n'étaient pas attendus avant la matinée, et il était déjà prévu que le décompte des votes postaux au Michigan et en Pennsylvanie, entre autres, irait au lendemain de l'élection, voire aux jours suivants, tout comme au Nevada.

Les sondages et les données montrent que les démocrates, plus préoccupés par les risques de la COVID-19, ont été beaucoup plus nombreux que les républicains à poster leur bulletin de vote.

Ce n'est pas le suffrage populaire qui importe, car les électeurs ne votent pas directement pour le président, mais pour des intermédiaires, connus sous le nom de grands électeurs. Ces derniers forment le Collège électoral, composé de 538 grands électeurs répartis dans les États.

À cause de ce système, Hillary Clinton, en 2016, avait recueilli près de trois millions de voix de plus que son adversaire, mais avait mordu la poussière.

Les Américains avaient, à la surprise générale, envoyé à la Maison-Blanche le candidat républicain, vedette de téléréalité et magnat milliardaire de l'immobilier, provoquant une onde de choc dans les États-Unis et le monde.

Quatre ans plus tard, il pourrait de nouveau déjouer les pronostics. Mais les dés ne sont pas encore jetés.

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