•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Kim Thúy : raconter ce qu'il y a d'humain dans la guerre

Plan rapproché de Mme Thuy.

L’auteure Kim Thúy (archives)

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Plusieurs millions de morts. Ainsi pourrait-on faire le triste bilan de la guerre du Vietnam. Que ce soit en temps de pandémie ou de guerre, on parle souvent des tragédies en faisant état du nombre de blessés, de morts, de malades. Mais au-delà des statistiques, il y a des humains, rappelle l'autrice Kim Thúy dans son dernier roman, Em, paru chez Libre Expression.

Em raconte l'histoire de Tâm, une jeune femme née de l'union entre un ingénieur américain et une révolutionnaire vietnamienne, mais relate aussi celle des orphelins qui se sont fait voler leur enfance en raison de la guerre, et qui ne font pas partie des statistiques.

Elle est passée des rires spontanés au silence des adultes aux langues coupées. En quatre heures, ses longues tresses de gamine se sont défaites devant des crânes scalpés.

Extrait du roman Em, de Kim Thúy

Invitée au micro de Même fréquence dans le cadre du Salon du livre de Rimouski, Kim Thúy affirme que derrière les horreurs de la guerre, il y a des relations complexes, des partages remplis d'humanité. C'est ce qu'elle a voulu mettre en lumière.

Il y a toujours des histoires derrière les chiffres. Les chiffres n'ont pas de sens s'il n'y a pas une histoire derrière, dit l'écrivaine.

Un soldat lance un panier en osier dans une maison en flamme pendant la guerre du Vietnam.

Un soldat américain attise le feu d'une maison en flamme lors du massacre de My Lai, en mars 1968.

Photo : Armée américaine / Ronald L. Haeberle

Kim Thúy a passé des nuits blanches à lire des ouvrages et à écouter des documentaires pour raconter ces histoires, notamment celle d'un soldat américain qui défie les ordres pour sauver une femme vietnamienne ou encore celle d'un orphelin dont l'âge varie selon la mémoire intermittente des mendiants du quartier .

À l'instar des personnages qu'elle a mis en scène, Kim Thúy ne s'en est pas sortie indemne.

Ce n'est pas un cauchemar, c'est plus lourd que ça, ça vient nous chercher dans les trippes. On ne peut pas s'imaginer que les humains, entre nous, on soit capables de gestes aussi complexes, dit-elle.

Et si les comportements humains sont souvent difficiles à cerner, il est aussi ardu d'en décrire toutes les subtilités dans un roman, raconte l'autrice.

L'atrocité vient avec la beauté, la beauté est entremêlée avec l'horreur, l'horreur est dans l'héroïsme. [...] Il m'a fallu beaucoup de temps pour que je puisse décanter tous ces sentiments.

Kim Thúy, écrivaine

Qui va compter les orphelins? Qui va compter les cœurs brisés? se questionne l'autrice. Quand on parle d'une guerre, on parle de lieux qu'on va bombarder, mais on ne se pose pas la question : quel genre de vies on est en train d'enlever?

Au moment où la guerre éclate cependant, les balles ne font pas la distinction entre celui qui sèche à la fumée le caoutchouc et celle qui suit des leçons de piano. Celui qui tire un rouleau de cent kilogrammes de latex compressé et celui qui n'utilise plus ses mains que pour l'amour reçoivent le même traitement avant de rendre leur dernier souffle, relate l'écrivaine.

Et si, en lisant Em, les histoires racontées par Kim Thúy nous vont droit au cœur, c'est que l'autrice remplit indéniablement son pari et réussit à nous rappeler qu'avant d'être des soldats, des victimes, des ennemis ou une simple statistique, ceux qui font et subissent la guerre sont, d'abord et avant tout, des humains.

Avec la collaboration de Maude Rivard

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !