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Toronto ne connaît pas la source de 65 % des cas de COVID-19 sur son territoire

À Ottawa, la santé publique ne trouve pas de lien épidémiologique dans près de la moitié des nouveaux cas.

Une travailleuse de la santé portant masque et visière pose des questions à des clients dans un centre de dépistage.

Des personnes font la file à un centre de dépistage de la COVID-19 à Toronto (archives).

Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

Nombre d'experts s'inquiètent d'un manque de traçage des cas de coronavirus dans la métropole ontarienne.

Pour environ deux nouveaux cas de COVID-19 sur trois en octobre, la santé publique de Toronto n'a pas trouvé de lien épidémiologique, selon de récentes données provinciales.

Le bureau de santé publique de Toronto explique que cette hausse des cas sans origine connue est le résultat de son changement d'approche en matière de traçage, en raison de l'augmentation rapide des cas de COVID dans la Ville Reine.

Ainsi, plutôt que de tenter de savoir où une personne a été infectée, les traceurs mettent dorénavant l'accent, lorsqu'ils contactent un individu qui vient de recevoir un diagnostic positif, sur ses symptômes, sur la date où ils sont apparus ainsi que sur la nécessité de s'isoler et d'informer ses contacts étroits du diagnostic.

Grâce à cette nouvelle approche, la santé publique de Toronto dit avoir réussi à contacter 92,6 % des personnes nouvellement infectées en moins de 24 heures du 26 au 28 octobre dernier.

Notre changement d'approche nous permet de nous assurer qu'on parle à la plupart des nouveaux cas confirmés en moins de 24 heures et qu'on leur fournit des instructions pour eux-mêmes et leurs contacts étroits.

La Dre Vinita Dubey, médecin hygiéniste adjointe de Toronto

Avant le changement d'approche, de 50 à 60 % des cas à Toronto avaient un lien épidémiologique avec un autre cas probable ou confirmé, comme un membre du foyer, ajoute la Dre Dubey. La plupart des autres cas étaient liés à la transmission communautaire.

À Ottawa, la santé publique ne connaissait pas la source de 48,8 % des nouveaux cas de COVID-19, en date du 24 octobre, selon les statistiques provinciales.

Les autorités ottaviennes notent toutefois qu'il s'agit de données provisoires. Santé publique Ottawa communique directement avec toute personne recevant un test de dépistage positif pour la COVID-19, afin de déterminer leur capacité à s’auto-isoler, si d’autres appuis sont nécessaires, et pour connaître leurs contacts étroits, affirme une porte-parole.

Le pourcentage des cas sans lien épidémiologique, par région

Le graphique illustre le pourcentage des cas sans lien épidémiologique. À Toronto, ce pourcentage est de 65 %. À Ottawa, il est de 48,8 %.

Le pourcentage des cas sans lien épidémiologique, selon les données provinciales du 29 octobre

Photo : Gouvernement de l'Ontario

Des 1050 nouveaux cas de COVID-19 recensés en Ontario mardi, 408 l'ont été à Toronto. Pour sa part, Ottawa comptait 34 nouveaux cas.

Des experts préoccupés

Le spécialiste des maladies infectieuses de l'Hôpital général de Toronto, le Dr Isaac Bogoch, qualifie de « préoccupant » le pourcentage élevé de cas sans lien épidémiologique dans la Ville Reine.

La fin du traçage [par la santé publique] n'aide pas, dit-il. Les personnes infectées ne sont peut-être pas non plus enclines à fournir des détails aux traceurs sur leurs allées et venues, ce qui réduit davantage notre compréhension des vecteurs de la pandémie.

Le virologue et clinicien à l'Hôpital Montfort d'Ottawa, Hugues Loemba, s'inquiète lui aussi.

Cela peut effectivement être un des facteurs qui explique pourquoi la COVID-19 continue de se propager.

Hugues Loemba, chercheur clinicien à l'Hôpital Montfort d'Ottawa
Le Dr Hugues Loemba en entrevue.

Le virologue Hugues Loemba pense que l'Ontario doit en faire plus en matière de traçage et de dépistage.

Photo : Radio-Canada

Il montre aussi du doigt les retards en octobre dans l'analyse des échantillons de tests de dépistage.

Par ailleurs, il est de plus en plus difficile de maîtriser la transmission communautaire liée aux regroupements privés et familiaux, ajoute-t-il.

Pour sa part, le professeur en épidémiologie David Fisman, de l'Université de Toronto, dit comprendre le changement d'approche du bureau torontois de santé publique.

Il est très difficile de suivre chaque rouge-gorge, comme dirait Leonard Cohen, lorsqu'il y a des centaines de nouveaux cas chaque jour, pas de codes à barres, des problèmes de dépistage et un nombre limité d'employés, note-t-il.

Davantage de traceurs

Le gouvernement de Doug Ford a promis le mois dernier d'embaucher 600 traceurs de plus dans la province, y compris 200 pour Toronto et 150 pour Ottawa.

À Toronto, la santé publique dit avoir commencé à former de nouveaux traceurs à la mi-octobre, un travail qui doit se poursuivre jusqu'à la fin de novembre. À l'heure actuelle, la Ville a plus de 700 employés qui s'affairent au traçage.

Le ministère ontarien de la Santé ajoute qu'il est en train d'intégrer Toronto dans son système de traçage, comme c'est déjà le cas pour les autres bureaux locaux de santé publique. Ça va permettre à la province d'offrir de façon rapide et efficace de l'appui additionnel, ajoute le porte-parole Christian Hasse.

Santé publique Ottawa affirme, de son côté, que les traceurs promis par la province sont déjà en poste.

Isaac Bogoch en entrevue dans son bureau.

Isaac Bogoch, infectiologue de l'Hôpital général de Toronto

Photo : Radio-Canada / Frédéric Lacelle

L'ajout de traceurs va certainement aider, selon le Dr Bogoch. Pour lui, il est aussi important de tenir compte de la langue et du contexte culturel en matière de traçage et de bonifier le dépistage en Ontario.

Mardi, la province avait effectué moins de 25 300 tests de dépistage au cours des dernières 24 heures, soit bien en deçà de son objectif de 50 000 tests par jour.

Il continue à y avoir des barrières en matière de dépistage, dit-il. La situation devrait s'améliorer plus tard cette année grâce à l'augmentation de la capacité d'analyse en laboratoire et à l'utilisation de tests rapides à certains endroits.

L'embauche de traceurs supplémentaires représente un pas dans la bonne direction, mais il est difficile de croire que cela va être suffisant, affirme le Dr Loemba.

Selon lui, il faut aussi bonifier le dépistage et utiliser des tests rapides dans certaines circonstances, en plus d'isoler rapidement les nouveaux cas.

De son côté, l'épidémiologiste et professeur à l'Université d'Ottawa Raywat Deonandan pense qu'il faut accorder plus de pouvoirs aux traceurs.

D'autres pays permettent aux traceurs d'éplucher les médias sociaux ainsi que les données de carte de crédit et de téléphone cellulaire des personnes infectées pour mieux cerner leurs allées et venues.

Raywat Deonandan, épidémiologiste

Il ajoute que nombre de pays asiatiques demandent à leurs résidents de s'identifier à l'entrée des commerces en apposant leur téléphone cellulaire contre une borne électronique, ce qui permet de retracer les contacts plus facilement en cas d'éclosions.

Notre incapacité à identifier et à isoler les cas probables constitue une véritable menace lorsque vient le temps de freiner la pandémie, soutient-il. Les pays qui le font bien, comme la Corée du Sud et Taiwan, ont une économie ouverte et des interactions sociales de niveau presque normal.

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