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Énergie Saguenay : le Québec pourrait se retrouver au coeur d’un conflit géopolitique

Deux travailleurs travaillent sur un forage gazier.

L'utilisation de la fracturation hydraulique pour extraire le gaz naturel soulève des questions.

Photo : La Presse canadienne

Le projet Énergie Saguenay pourrait entraîner le Québec et le Canada au cœur d’un conflit géopolitique mondial, croit l’ingénieur-chercheur de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) Romain Chesnaux.

Lors de la sixième journée des audiences du BAPE, toujours en mode virtuel, sur le projet de construction d’une usine de liquéfaction de gaz naturel à La Baie par GNL Québec, le scientifique a livré une présentation étoffée portant sur les avantages et les inconvénients de l’implantation d’un tel complexe.

GNL Québec souhaite utiliser du gaz naturel de l’Ouest acheminé par gazoduc, le liquéfier à Saguenay et en exporter 11 millions de tonnes annuellement par voie maritime vers l’Europe et l’Asie.

Un homme sur vidéoconférence.

Romain Chesnaux est professeur au département des Sciences appliquées à l'Université du Québec à Chicoutimi. Il se spécialise en génie de l’eau et de l’environnement.

Photo : Capture d'écran

Romain Chesnaux a expliqué qu’en raison du fait que de grandes puissances se disputent le marché européen, où le gaz naturel est présentement en demande, le Québec pourrait devenir un pion sur l’échiquier mondial .

De gros intérêts géopolitiques se trament bien loin du Québec : des conflits énergétiques entre les quatre plus grands producteurs mondiaux de gaz, soit les États-Unis, la Russie, l’Iran et la Chine. Le Québec et le Canada veulent-ils se retrouver au cœur de tels conflits mondiaux?, s’interroge Romain Chesnaux.

Il a ajouté que les États-Unis convoitent l’utilisation des structures de GNL Québec et l’autoroute qu’est le fleuve Saint-Laurent.

La vraie mission de GNL est de permettre aux États-Unis de vendre son gaz à l’Union européenne et de concurrencer les producteurs de gaz russes , a-t-il exposé, dans une allocution soutenue par une présentation visuelle.

Le chercheur a relevé plusieurs inconvénients et méfaits du projet, notamment au plan environnemental. Il y est allé de données puisées auprès d’organismes de régulation énergétique de l’Ouest pour faire valoir qu’au moins 11 % des puits de gaz naturel qui serviraient à alimenter l’usine d’Énergie Saguenay fuient, ce qui équivaut à l’émission de 75 000 tonnes de gaz à effet de serre.

On dit que le gaz naturel est plus propre que le charbon, mais ce n’est pas vrai en cas d’extraction. L'hydrofracturation le rend très coûteux à extraire, a-t-il indiqué, ajoutant à cela les effets néfastes des émissions fugitives de méthane provoquées par la fracturation hydraulique.

Il avance que les risques sanitaires d’Énergie Saguenay seraient élevés en raison des fuites et des risques d’explosion sur la ligne de transport de gaz naturel.

L’illusion des emplois payants

Selon le professeur, Énergie Saguenay offrirait un faible retour sur l’investissement en termes d’emplois. Ces emplois, croit-il, profiteraient seulement à un petit nombre de travailleurs qui gagneraient des salaires plus élevés. Romain Chesnaux cite aussi l’investissement de 9 milliards pour le projet d’une durée de vie de seulement 25 ans pour dire qu’il ne devrait pas être entériné.

Il en résulte que le meilleur investissement de demain sur le plan national et international est de miser sur ce patrimoine naturel [le fjord] et non une économie basée sur l’énergie fossile, laquelle est sur le point de s’effondrer, conclut celui qui demande au public de faire confiance à la science.

L’OBV dépose son mémoire

Marco Bondu, directeur général de l’Organisme du bassin versant du Saguenay, a invoqué, entre autres éléments, les impacts négatifs sur les milieux humides pour justifier le fait que son organisme le réfute.

Le directeur a aussi mis en relief le fait que la survie du béluga serait compromise et que les impacts sur la biodiversité se feraient sentir. L’eau de ballast, qui serait déversée à hauteur de 14 millions de mètres cubes dans les eaux du Saguenay chaque année par des méthaniers, suscite aussi l’inquiétude de l’OBV, en raison des dangers liés à l'intégration d'espèces indésirables.

Pierre Dostie, représentant de Québec solidaire et ex-candidat aux élections provinciales, s’est lui aussi présenté devant la commission indépendante pour discréditer le projet de GNL Québec. Il estime qu’il nuirait aux générations futures.

La jeunesse très présente

Comme c’est le cas depuis le début des audiences lundi dernier, les jeunes s’expriment en très grand nombre devant la commission. Ils sont majoritairement opposés au projet.

Plusieurs d’entre eux, dont une étudiante de l’Université Concordia et un étudiant de l’Université de Montréal, ont imploré les commissaires Denis Bergeron et Laurent Pilotto d’émettre un avis défavorable à Énergie Saguenay

Le projet GNL Québec ne doit jamais voir le jour. Ce projet n’est pas un projet vert et ne respecte pas ce que la science nous exige. Ce qui m’inquiète, c’est le refus de défendre la beauté du fjord. Ce qui m’inquiète le plus, c’est l’indifférence à l’égard des générations futures , a dit Ashley Torres.

Il faut appliquer le bon sens dans tout ce non-sens, a renchéri l’étudiante.

Favorable

L’entreprise régionale Groupe Gilbert faisait partie de la quinzaine d’auteurs de mémoires qui se sont exprimés, lundi après-midi. La compagnie est en faveur du projet. Elle souhaite que le promoteur morcèle les contrats en plus petits devis pour favoriser la création de consortiums.

Le Parti conservateur du Québec est lui aussi pour.

Retrait de la liste des aires protégées

L’organisme Nature Québec condamne à nouveau le retrait d'une portion du Saguenay de la liste des aires protégées du gouvernement du Québec, tel que révélé la semaine dernière par le journal La Presse.

Ce retrait se serait produit en raison de pressions de la part d'organismes comme la Chambre de commerce et d’industrie Saguenay-Le Fjord et l’Administration portuaire du Saguenay sur le ministre de l’Environnement, selon ce que rapportait le journal.

Ça nous inquiète particulièrement et on se questionne à savoir si GNL a utilisé ses nombreux lobbyistes pour convaincre le ministre d’abandonner le projet d’aire protégée. Pour l’instant, c’est impossible de le savoir, mais on pense que la population est en droit de le savoir , a martelé Alice-Anne Simard.

Marie Saint-Arnaud, du Collectif scientifique sur la question du gaz de schiste et les enjeux énergétiques au Québec, a porté la voix de 16 spécialistes de divers domaines jusqu’au BAPE. Ils ont cosigné le mémoire, dans lequel la position du regroupement est on ne peut plus claire : ce projet est superflu et injustifiable.

Gaz naturel renouvelable

Un groupe d’hommes d’affaires et d’ingénieurs à la retraite, dont des anciens du Centre de recherche et de développement Arvida de Rio Tinto, propose la création d'une usine de gaz naturel renouvelable à La Baie.

André Tremblay a déposé un mémoire au BAPE au nom de la Société GNL à Grande-Anse et a expliqué que l’usine, inspirée du modèle de la grappe industrielle en aluminium, pourrait servir d’exemple à l’échelle mondiale.

Le projet peut devenir un projet qui respecte la Loi sur le développement durable en développant la filière du gaz naturel renouvelable et en utilisant la chaleur pour d’autres applications industrielles dont l’acériculture. Il y aurait, ce faisant, des bénéfices pour toutes les parties. Le Québec et le Saguenay-Lac-Saint-Jean auraient des emplois durables bien au-delà des 300 qui seront proposés par GNL Québec , a-t-il dit.

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