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12 faits à savoir absolument pour bien suivre les élections américaines de ce soir

Un avertissement, toutefois : ne vous attendez pas à ce que cette soirée électorale mette un point final au processus ou au chaos.

Dans un bureau de vote, quatre citoyens votent à l'élection présidentielle américaine.

Tout près de 100 millions d'Américains, au minimum, ont déjà voté, soit par la poste soit par anticipation.

Photo : Getty Images / Joe Raedle

Après des mois d’une campagne souvent chaotique, les électeurs américains finiront dans quelques heures de livrer leur verdict. Voici notre guide pour savoir quoi surveiller et pour bien naviguer dans des résultats partiels qui pourraient être trompeurs.


1) Joe Biden devrait remporter le vote populaire. Et ça n’a aucune importance

Le candidat démocrate à la présidence devance le président Trump par 8,4 points de pourcentage à l’échelle nationale, selon la moyenne compilée par le site d’analyse de statistiques FiveThirtyEight.

Les experts s'entendent : l'écart pourrait baisser, mais l'ampleur de son avance laisse peu de doute sur l’identité du gagnant du vote populaire.

Ce n'est cependant pas le suffrage populaire qui importe, car les électeurs ne votent pas directement pour le président, mais pour des intermédiaires, connus sous le nom de grands électeurs. Ces derniers forment le Collège électoral, composé de 538 grands électeurs répartis dans les États.

La question est donc de savoir comment les appuis pour les deux candidats seront distribués dans les 50 États au sein du Collège électoral. Car ce qui importe, c'est la course aux 270 grands électeurs, le seuil que doit franchir un candidat pour l'emporter.

Comme le souligne le site FiveThirtyEight, l'épaisseur du coussin dont bénéficie Joe Biden aura un impact sur ses chances de l'emporter, puisque le Collège électoral accorde un poids disproportionné aux États moins populeux, davantage républicains.


2) Il y a 13 États à surveiller

Si on tient compte des sondages, mais aussi, en ratissant plus large, des résultats dans les États où se sont livrées les luttes les plus serrées en 2016, il faut porter le regard sur deux régions principales : le Midwest, avec la Pennsylvanie voisine, et la Sun Belt, dans le sud du pays, où Donald Trump défend une poignée d'États historiquement favorables aux républicains.

Joe Biden est favorisé pour conserver le Minnesota, le New Hampshire et le Nevada.

Ailleurs, le président risque de perdre les trois bastions démocrates qu'il avait arrachés de justesse il y a quatre ans. Joe Biden semble bien placé pour conquérir le Michigan et le Wisconsin, et il est en avance dans le troisième, la Pennsylvanie, où elle est toutefois plus modeste.

Donald Trump joue aussi en défensive en Ohio, en Iowa et en Floride – l'État pivot par excellence – et même en Arizona, en Caroline du Nord, en Georgie et, symbole fort, au Texas, acquis aux candidats républicains depuis quatre décennies.

L'Arizona semble favoriser Joe Biden, mais la lutte dans chacun des six autres États est jugée trop serrée par le site d'analyse Cool Political Report pour que ce dernier s'aventure à faire une prédiction.


3) Sauf exception, il suffit d'un seul vote dans un État pour faire basculer tous ses grands électeurs dans la colonne d'un candidat

Quarante-huit États ont adopté le système du winner takes all, le gagnant remporte tout. Lorsqu'un candidat gagne le vote populaire dans l’un d'eux, ne serait-ce qu'avec une voix de plus, il obtient automatiquement tous ses grands électeurs.

En 2016, par exemple, Donald Trump a devancé sa rivale Hillary Clinton par des marges variant entre 0,2 et 1,2 point de pourcentage au Michigan, au Wisconsin, en Pennsylvanie et en Floride. Ses quatre victoires à l'arraché ont été payantes, lui procurant 75 grands électeurs.


4) Ne restez pas surpris si vous ne connaissez pas l’identité du prochain président des États-Unis avant d’aller vous coucher : l'ampleur du vote postal va retarder l'annonce des résultats

Le suspense pourrait même se prolonger des jours, voire des semaines.

Cela s'explique par la pandémie, à l'origine de l'ampleur sans précédent du vote postal, plus long à traiter que le vote en personne, mais aussi par la géométrie extrêmement variable des États.

Certains États, comme l'Arizona, la Floride ou la Caroline du Nord, ont déja commencé à dépouiller les bulletins de vote ou à tout le moins à procéder à leur traitement. Mais plusieurs États, comme la Pennsylvanie, qui pourrait s’avérer déterminante, s'attaqueront d'abord aux voix exprimées en personne dans les bureaux de vote et dépouilleront seulement les votes postaux par la suite. Dans plusieurs endroits, il ne faut même pas s'attendre à ce que le dépouillement du vote postal commence ce soir.

Ajoutons à cela que, si des États refusent tout bulletin arrivé après ce soir, d'autres sont censés accorder un délai allant dans certains cas jusqu'à 7 ou 10 jours, du moment que les enveloppes portent la date du 3 novembre sur le cachet de la poste.

Indépendamment du vote postal, les courses qui seront chaudement disputées dans des comtés, peu importe l'État, pourront retarder l'annonce des résultats finaux.


5) Corollaire no 1 : si Trump est en avance ce soir, ça ne signifie pas qu’il va gagner (même s’il crie victoire)

Selon des sources du site Axios, le président Trump pourrait prématurément déclarer victoire ce soir. Ne le croyez pas sur parole : il ne serait pas surprenant que lui et son parti soient en avance à la fin de la soirée, mais que cela change dans les jours qui suivent.

Pourquoi? Les sondages et les données montrent que les démocrates, davantage préoccupés par les risques de la COVID-19, ont été beaucoup plus nombreux que les républicains à poster leur bulletin de vote.

Le président Trump a, sans preuve, assimilé à répétition le vote par correspondance à une fraude sans précédent, contredisant les études sur le sujet. De toute évidence, ses critiques ont porté auprès de ses partisans, qui s'annoncent plus nombreux à voter en personne.

Comme plusieurs États comptabiliseront leurs votes postaux plus tardivement, les résultats de ce soir pourraient donc présenter un portrait plus avantageux pour le camp républicain. Les médias américains ont préventivement appelé ce phénomène le mirage rouge, en référence à la couleur emblématique des républicains.

Ce n'est pas un hasard si Donald Trump, invoquant erronément les précédents, répète que les votes devraient tous être comptés ce soir. Un des porte-parole de sa campagne a même dit que les démocrates tenteraient de voler l'élection s'il gagnait dès ce soir.

Or les États poursuivent toujours leur dépouillement les jours suivants. Les projections des médias traditionnellement annoncées en soirée lorsqu'une tendance claire se dessine ne sont que cela : des projections basées sur les résultats partiels en fonction du profil des États et des districts.

Et notons qu'en fait, si Joe Biden menait déjà ce soir, il prendrait une option sérieuse sur la victoire, parce que les votes qui seront comptabilisés au cours des prochains jours devraient lui être majoritairement favorables.


6) Corollaire no 2 : si Biden mène en début de soirée, ça ne veut pas dire qu'il va remporter la présidence

Il faudra aussi se méfier du mirage bleu de certains États en début de soirée.

Des États comme la Floride et l'Arizona, déjà avancés dans le décompte des voix arrivées par la poste, dévoileront pour leur part ces résultats en premier. Cela pourrait donc créer cette fois une distorsion initiale en faveur des démocrates, mais qui devrait se dissiper dans les heures qui suivent lorsque les données sur le vote en personne entreront.


7) La Floride pourrait tuer les espoirs de Donald Trump

Quintessence de l'État pivot, la Floride départage souvent le gagnant et le perdant par plus ou moins un point de pourcentage.

Ironiquement, la Floride, qui a tenu les Américains en haleine lors de la présidentielle de 2000 avec des résultats en suspens pendant des semaines, a cette fois-ci le pouvoir de dénouer le suspense ou de le prolonger... en allant plus vite que les autres États.

L'État a une longueur d'avance sur plusieurs autres pour son dépouillement, et les résultats pourraient tomber en quelques heures.

En raison du profil des autres États et de la répartition des grands électeurs, une victoire de Donald Trump sans la Floride, poids lourd du Collège électoral avec 29 grands électeurs, est quasi impossible.

FiveThirtyEight évalue à plus de 99 % les probabilités que Joe Biden remporte l'élection présidentielle s'il gagne la Floride. Mais si les Floridiens choisissent à nouveau Donald Trump, les chances de ce dernier d'obtenir un deuxième mandat montent à une sur trois.

La victoire du candidat républicain serait difficile à envisager sans l'Iowa, l'Ohio, la Caroline du Nord, la Georgie et le Texas. Et si jamais le Texas vire au bleu – ce qui n'est cependant pas le scénario le plus privilégié par les experts –, le lendemain de veille sera pénible pour les républicains.


8) La Pennsylvanie pourrait livrer la présidence à l'un des candidats

Si le suspense persiste, l’attention se tournera assurément vers la Pennsylvanie, qui continuera à compter ses votes postaux et qui, pour l'instant, peut les accepter jusqu'à vendredi. (Sautez tout de suite à la prochaine section si vous voulez en savoir plus...)

Selon FiveThirtyEight, c'est l'État, avec ses 20 grands électeurs, qui est le plus susceptible de livrer à l'un ou l'autre des candidats les derniers dont il a besoin pour franchir le seuil des 270.

L'avance de Joe Biden y est moins importante qu'au Michigan et au Wisconsin.

Comme si les enjeux n'étaient déjà pas assez élevés, d'autres éléments, dont le nombre de bulletins de vote par correspondance qui seront rejetés, pourraient jouer un rôle déterminant.

Sur décision de l'Assemblée législative, à majorité républicaine, ceux qui ne seront pas cachés dans une enveloppe secrète devant être insérée dans l’enveloppe postale ne seront pas dépouillés, ce qui pourrait entraîner le rejet de milliers de voix.


9) Là où il y aura des luttes serrées, des contestations judiciaires sont à prévoir

Le message est limpide : le président Trump a déjà annoncé que les avocats de sa campagne entameraient les procédures dans la nuit, dès que cette élection va être terminée.

À l'origine d'une avalanche de poursuites pour limiter le vote postal dans plusieurs États, ces derniers mois, les républicains entendent poursuivre leur croisade.

Quelques exemples :

  • La Cour suprême s'est déjà penchée sur le délai consenti pour l'arrivée des bulletins de vote postaux en Pennsylvanie, mais le camp républicain veut revenir à la charge. Trois des juges conservateurs se sont déjà montrés ouverts à réexaminer la question après l'élection. Et c'était avant l'arrivée de la juge Amy Coney Barrett, sixième juge sur neuf nommé par un président républicain.
  • Au Nevada, l'équipe Trump a entamé les démarches cette semaine pour obtenir des images de la signature de chaque électeur inscrit dans le comté de Clark, à tendance démocrate pour vérifier si les signatures liées aux bulletins de vote correspondent à celles figurant dans les dossiers.

Les deux partis ont déjà des armées d’avocats sur le pied de guerre dans plusieurs États.

Évoquant une répétition de la saga politico-judiciaire présidentielle de 2000, quand la victoire a été remportée à l’arraché en Floride avec l’intervention des tribunaux, certains redoutent cette fois-ci un scénario gonflé aux stéroïdes, se déroulant dans plus d'un État dont les grands électeurs seraient déterminants. Et se soldant devant une Cour suprême désormais résolument campée à droite.

L'espoir des démocrates : une victoire si décisive qu'elle ferait avorter tous leurs scénarios catastrophes.


10) Il y a 14 courses à surveiller pour le Sénat

Défavorisés cette année par le cycle électoral, qui met en jeu le tiers du Sénat tous les deux ans, les républicains représentent 23 des 35 États en jeu, contre 12 pour les démocrates.

Puisque la plupart des États semblent déjà acquis à l’une ou l’autre des deux formations, le contrôle de la Chambre haute se jouera tout au plus dans 13 États, où se livreront 14 courses sénatoriales cruciales.

Douze des sièges les plus disputés sont occupés par les républicains.

Pour devenir majoritaires, les démocrates doivent augmenter leur représentation de quatre sièges – ou de trois s’ils remportent la présidence –, car le vice-président a un rôle prépondérant en cas d’égalité. Les sondages les favorisent plus nettement au Michigan, en Arizona et au Colorado.

En contrepartie, les républicains peuvent se permettre de perdre tout au plus trois sièges si Donald Trump s’assure un deuxième mandat et deux si les électeurs le congédient. Ils sont pour leur part davantage favorisés au Texas, en Caroline du Sud, en Alaska, au Kansas et au Montana.

À en croire les probabilités mises de l'avant par FiveThirtyEight, le contrôle du Sénat pourrait se départager en Caroline du Nord, dans le Maine et dans l'Iowa.


11) Deux luttes sénatoriales vont fort probablement être déterminées en janvier

Deux courses, toutes deux en Georgie, pourraient toutefois se régler en période supplémentaire. En vertu des règles de l'État, un candidat doit obtenir 50 % du vote pour l’emporter, ce qui rend probable la tenue d’un deuxième tour, en janvier, entre les deux candidats les plus populaires.

L'une de ces élections est par ailleurs une élection spéciale qui vise à remplacer un sénateur républicain ayant quitté son poste avant la fin de son mandat. Elle oppose tous les candidats de tous les partis, une vingtaine en tout.


12) À moins d'un revirement spectaculaire, les démocrates vont conserver le contrôle de la Chambre

Les démocrates, qui ont une trentaine de sièges de plus que leurs adversaires, sont nettement favoris. Selon FiveThirtyEight, la probabilité d'une victoire démocrate est de 98 %, la plus élevée des trois organes gouvernementaux en jeu.

Ils pourraient même ravir quelques sièges à leurs rivaux.

De la Californie à l'Alaska en passant par le Michigan et l'Ohio, les luttes les plus serrées se dessinent dans 60 districts situés dans 29 États, selon Cook Political Report. Deux districts républicains figurent en outre déjà dans la colonne des victoires démocrates probables.

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